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La Sûreté du Québec déclenche l'opération SharQc
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Au Québec, conduire un véhicule avec des facultés affaiblies est considéré comme un crime. Une personne commet une infraction criminelle si elle conduit avec un taux d'alcool égal ou supérieur à 80 mg d'alcool par 100 ml de sang (0,08).
En 1921, l'infraction « conduite en état d'ivresse » a été intégrée au Code criminel canadien. Au fil des ans, les dispositions législatives ont évolué, s’ajustant aux continuels changements sociétaux. Plus récemment, dans la foulée de la légalisation du cannabis, de nouvelles dispositions législatives du Code criminel ont été votées en 2018 (C-46). Celles-ci confirment notamment le fait que les policiers peuvent exiger un échantillon d'haleine préliminaire pour vérifier s'il y a présence d'alcool dans l'organisme du conducteur.
Dès l’origine, la question de la détection d’une conduite altérée par l’alcool s’est posée. Deux grandes catégories d’appareils seront approuvées par le législateur, soit l’éthylomètre, dont le rôle est de mesurer précisément le taux d’alcool dans le sang, et les « appareils de détection approuvés », dont le rôle est strictement de déceler la présence d’alcool dans le sang sans toutefois préciser le niveau d’alcoolémie.
Dès 1965, une réflexion sur l’usage d’un éthylomètre est engagée par la Sûreté provinciale, laquelle réflexion débouche en 1969 sur l’introduction progressive du premier analyseur d’alcool, le Breathalyzer Borkenstein, modèle 900. Inventé par Robert Frank Borkenstein, un ancien capitaine de police de l’Indiana State Police, et produit par Smith & Wesson, ce modèle et son successeur, le 900A, seront utilisés pendant près de 35 ans par les forces policières. Cet appareil mesure l’alcool à l’aide d’un procédé d’oxydation chimique. La décoloration produite par l’oxydation est par la suite mesurée par un colorimètre qui donnera un taux d’alcoolémie dans le sang. À compter de 2001, ces dispositifs, décrits comme des « appareils dépisteurs d’intoxication alcoolique », seront remplacés par des équipements électroniques.
En 1976, un deuxième instrument, l’Intoximeter Mark IV, est introduit au sein de la Sûreté du Québec. Cet appareil, complètement automatisé, fonctionne sur le principe de la chromatographie, méthode de séparation des composantes qui élimine toute possibilité d’interférence par d’autres produits présents dans l’haleine.
Pour leur part, les appareils de détection actuellement utilisés par la Sûreté du Québec sont les appareils ALERT J3A (Alcohol Level Evaluation Road Tester) et Alco-Sûr. Le premier appareil est approuvé en 1976 et fonctionne grâce à des semi-conducteurs qui réagissent selon le degré d’alcool contenu dans l’haleine. L’appareil Alco-Sûr est pour sa part introduit en 1988. L’appareil fonctionne à l’aide d’une pile combustible qui est une cellule électrochimique constituée de deux électrodes de platine. L’une d’elles est exposée à l’oxygène atmosphérique, tandis que l’autre est dans un compartiment où sera introduit l’échantillon d’haleine. L’alcool contenu dans l’haleine est absorbé par le platine et oxydé électrochimiquement. Cette oxydation produit un voltage qui allume un des voyants et révèle la présence d’alcool dans l’haleine.
Que ce soit à l’aide d’un éthylomètre ou d’un appareil de détection, le policier possède, depuis les années 1960, des appareils scientifiquement éprouvés l’aidant lors de l’application des lois relatives à la conduite d’un véhicule avec des capacités affaiblies. Ces appareils ont eu une grande incidence sur le travail des policiers puisque ceux-ci peuvent dorénavant compter sur la science pour les appuyer devant les tribunaux.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
En 1925, en raison de l’accroissement du nombre de véhicules automobiles sur les routes du Québec, la Police de la circulation, rattachée au département de la voirie provinciale, est créée. Dès 1938, cette police est prise en charge par la Sûreté provinciale, aujourd’hui la Sûreté du Québec.
À cette époque, les appareils de radiocommunication dans les véhicules n’existent pas. Pour joindre les patrouilleurs, les postes doivent compter sur la collaboration de citoyens qui allument une ampoule, habituellement à l’extérieur de leur maison. Cela notifie le patrouilleur qu’il doit s’arrêter pour prendre un message, parfois urgent. La notion de gestion du temps de réponse est alors inexistante.
L’entrée en opération, en 1946, d’un premier système de communication radio constitue une innovation technique sans précédent. Les négociations avec la Northern Electric Company aboutissent d’abord à l’installation d’un poste central à Montréal, soit une tour de transmission avec antenne sur le mont Royal, et de postes secondaires dans la région environnante. Cette première phase s’étant avérée concluante, le district de Québec est équipé du nouveau système de communication radio en 1948.
En 1964, la Sûreté provinciale procède à l’installation d’un réseau provincial de radiotéléphone. Avec ce système, chacun des postes est relié à ses voitures de patrouille qui sont elles-mêmes reliées entre elles, sans risque d’interférences avec les autres postes. Contrairement au précédent système, le réseau de radiotéléphones permet aux divers postes et voitures de patrouille de communiquer entre eux via le quartier général de la division. Ce nouveau système est considéré à l’époque comme le plus perfectionné au monde.
Au début des années 1970, on procède à la modification des systèmes de communication déjà existants. Les systèmes de radio, précédemment autonomes, sont regroupés à des blocs radio reliés à des centres de raccordement. Les consoles dans ces centres permettent plusieurs nouvelles possibilités dans le domaine de la télécommunication. Les communications entre les services policiers deviennent plus rapides et, étant donné l’établissement de systèmes centralisés, plus efficaces. Ces modifications permettent également de rejoindre les hélicoptères, les embarcations de l’escouade de plongée sous-marine et les membres de l’unité de recherche et de sauvetage en forêt ou en montagne lors d’opérations.
À partir de 1973, la Sûreté du Québec commence une nouvelle modernisation des appareils radiophoniques dans ses voitures de patrouille. En effet, dès le mois de mai, l’organisation acquiert de nouveaux radiotéléphones qu’elle installe dans l’ensemble de ses véhicules de patrouille. Les nouveaux appareils ont des mécanismes tout inclus connectés à la voiture elle-même. En plus de servir de système de communication, le radiotéléphone permet la diffusion à l’extérieur de l’autopatrouille par des haut-parleurs et, lorsque le policier veut se faire entendre, des sons de sirène électroniques sont incorporés dans le système.
En 1994, la Sûreté du Québec met en service un nouveau réseau de communication pour ses voitures de patrouille. Le Réseau intégré de télécommunications policières apporte de grands changements dans la télécommunication à la Sûreté du Québec. Avec ce nouveau système, les appels des citoyens, à l’extérieur des heures de travail régulières, ne se retrouvent plus sur les ondes radio. Ces appels restent dans le réseau téléphonique et sont dirigés vers un des 13 centres de télécommunications qui répartissent par la suite les demandes d’interventions policières. Cette mesure permet une plus grande confidentialité des appels des citoyens ainsi qu’une diminution de l’achalandage des ondes radio. Le réseau permet également un contact constant des policiers avec la centrale, même lorsqu’ils se trouvent à l’extérieur de la voiture.
L’apparition et l’implantation dans les voitures de patrouille de radios de communication ont grandement changé la façon de travailler des policiers. Elle a permis une réponse policière plus efficace aux demandes des citoyens ainsi qu’une meilleure coordination des efforts policiers pour combattre le crime.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
L’intégration des femmes dans les forces policières au Québec marque un tournant historique, à la fois pour les institutions de sécurité publique et pour la société québécoise. Avec leur arrivée progressive dans les rangs policiers, les femmes ont contribué non seulement à diversifier les effectifs, mais également à modifier la culture organisationnelle des corps policiers. Cette transformation a remodelé un domaine autrefois perçu comme exclusivement masculin.
Au-delà de leur présence, les policières ont joué un rôle déterminant d’innovatrices, notamment dans les domaines du service à la communauté, de la prévention du crime, de l’aide aux victimes de violences sexuelles et conjugales, de la communication active et de la désescalade de la tension dans la gestion de crises. Elles ont aussi progressivement fait leur place dans des postes de cadres intermédiaires et de direction, souvent contre vents et marées, en redéfinissant les standards du leadership dans un environnement encore marqué par des résistances culturelles.
Intégration progressive des femmes dans la sécurité publique
Au Québec, les femmes civiles intègrent la Police provinciale dès 1920, mais leur rôle se limite au travail de bureau. En 1925, la Police provinciale embauche des matrones, surnommées également femmes de peine, pour assurer la fouille, l’escorte et la garde des prisonnières. Toutefois, elles ne disposent d’aucun pouvoir d’arrestation ni du droit de porter une arme à feu. Elles travaillent dans les établissements de détention pour femmes de Montréal et de Québec et sont payées à la journée. À partir de 1962, leur poste devient permanent. Elles reçoivent alors le même uniforme que les autres membres de l’organisation, à l’exception de l’écusson d’épaule distinctif les identifiant comme matrones.
Le 17 juin 1975, durant l’Année internationale de la femme et dans un moment charnière du féminisme québécois, Nicole Juteau devient la première policière embauchée par la Sûreté du Québec. Pourtant, le règlement no 7 de la Commission de police du Québec sur les normes d’embauche des policiers ne prévoit pas l’embauche de femmes, exigeant qu’un policier soit un homme d’au moins 5 pieds 8 pouces et de 140 livres. Ce règlement la prive d’exercer pleinement ses fonctions jusqu’à ce qu’il soit modifié, le 21 août 1975. En attendant, elle est cantonnée au travail de bureau jusqu’à son assermentation le 11 septembre 1975, devenant alors la première policière québécoise investie des mêmes devoirs et pouvoirs que les policiers masculins.
Ailleurs au Québec, le Service de police de Gatineau-Métro est le premier à suivre la Sûreté du Québec en embauchant une policière le 22 octobre 1975, suivi du Service de police de la Communauté urbaine de Montréal le 11 juin 1979, puis du corps de police de la Ville de Québec, qui accueille ses deux premières policières en 1980. Par effet domino, ces embauches favorisent progressivement l’intégration des femmes dans les corps policiers municipaux du Québec.
Au Canada, la Police provinciale de l’Ontario assermente ses premières policières le 21 juin 1974. La Gendarmerie royale du Canada assermente 32 femmes à travers le Canada le 16 septembre 1974, et la Force constabulaire royale de Terre-Neuve fait de même le 15 décembre 1980.
Nicole Juteau : une pionnière dans la police québécoise
En 1972, Nicole Juteau amorce un parcours hors du commun en s’inscrivant en techniques correctionnelles au collège Ahuntsic, faute de pouvoir accéder directement au programme de techniques policières, alors interdit aux femmes. L’année suivante, elle intègre finalement le cursus policier, malgré les avertissements sur son avenir professionnel limité. On l’informe qu’aucun poste ne lui sera offert comme policière à la fin de sa formation et on lui fait signer un document de désengagement d’embauche.
En janvier 1975, Nicole Juteau ainsi que deux autres femmes sont admises à l’Institut de police du Québec. Malgré les inévitables ajustements d’intégration, elle se démarque durant sa formation, notamment dans les épreuves de tir, où elle obtient quatre étoiles, soit le niveau le plus élevé. Elle se révèle également aussi performante que ses collègues masculins dans les tests physiques, obtenant globalement la troisième position de sa cohorte.
Diplômée le 9 mai 1975 de l’Institut de police du Québec à Nicolet, elle assiste aux rencontres d’embauche des organisations policières. C’est la Sûreté du Québec qui la rappelle en juin 1975, tandis que ses deux collègues trouvent un poste comme agentes de la paix à la Baie-James, sans toutefois obtenir les pleins pouvoirs policiers.
Dès son arrivée à la Sûreté du Québec, Nicole Juteau fait face à des défis d’adaptation. Durant sa première année, elle doit prouver à la Sûreté du Québec que l’embauche d’une policière était le bon choix. Elle est d’ailleurs la seule femme à être embauchée cette année-là.
Envoyée au poste de Shawinigan après son assermentation, elle y travaille six ans comme patrouilleuse. À ses débuts, elle est accueillie froidement : peu de collègues veulent faire équipe avec elle, sauf le patrouilleur-enquêteur du poste, et certaines épouses de policiers s’opposent à sa présence. Toutefois, auprès de la population, l’accueil est plutôt favorable et les mentalités évoluent progressivement.
L’uniforme lui-même est inadapté aux femmes : chemise trop large qu’elle doit épingler au niveau de la poitrine, pantalon trop grand et cravate trop longue. Progressivement, les uniformes seront ajustés à leurs besoins.
Pionnière malgré elle, Nicole Juteau ne s’est jamais perçue ainsi. Son amour du métier a surpassé les défis rencontrés et elle n’aurait rien changé à son parcours. En 1999, lors du Colloque sur la femme policière « S’unir pour grandir ensemble » à l’Institut de police du Québec, elle a déclaré : « Malgré tout, j’avais choisi le plus beau métier du monde. Ma carrière a été toute ma vie; j’en suis sortie très gagnante et très forte. » Son parcours illustre sa passion pour son métier et sa détermination à surmonter les défis qui se dressaient devant elle.
L’embauche de Nicole Juteau a marqué un tournant en ouvrant la voie à des centaines de femmes policières, toutes animées par la passion de leur métier.
Une avancée sociale majeure : quand la police ouvre la voie
Il peut sembler paradoxal qu’un milieu historiquement marqué par des valeurs masculines ait été l’un des premiers à embaucher une femme dans une profession traditionnellement réservée aux hommes. Pourtant, cette initiative a contribué à convaincre la population québécoise que la mixité professionnelle était non seulement possible, mais souhaitable. Lors de l’assermentation de Nicole Juteau, le 11 septembre 1975, le directeur général de la Sûreté du Québec, Jacques Beaudoin, a souligné l’importance historique de cet événement, affirmant que l’organisation ouvrait un nouveau chapitre de son histoire. Malgré les défis qu’elle doit affronter, son arrivée est perçue comme une avancée nécessaire et bénéfique.
L’arrivée des femmes dans les forces policières a contribué à l’évolution de la profession et à un changement profond dans les attitudes et les mentalités, tant chez les policiers que dans la société. Leur présence a favorisé une meilleure acceptation sociale de leur rôle et a transformé le service à la communauté en intégrant des approches plus diversifiées.
Le Colloque sur la femme policière de 1999 met en lumière l’apport indéniable des femmes : elles favorisent le dialogue dans les interventions, réduisent les tensions et modèrent l’usage de la force, contribuant ainsi à l’évolution des pratiques et des mentalités au sein des corps policiers.
Au fil des années, plusieurs femmes ont été des pionnières dans diverses fonctions policières, notamment au sein des services spécialisés. Elles ont également accédé aux grades d’officier, de lieutenante jusqu’à celui de directrice générale, brisant ainsi plusieurs plafonds de verre.
Leur cheval de bataille : ne bénéficier d’aucun traitement de faveur et être considérées comme les égales de leurs collègues masculins.
La représentativité des policières
En 1986, soit 11 ans après l’embauche de la première policière, le Québec compte, selon Statistique Canada, 336 policières, qui forment 2,5 % des effectifs. Les débuts sont donc modestes. À partir de 1990, on observe en moyenne une progression annuelle de 1 % de l’effectif féminin dans les services de police du Québec.
En 1988, un protocole d’entente est signé entre le ministère de la Sécurité publique, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Science ainsi que l’Institut de police du Québec, afin de créer une attestation d’études collégiales en techniques policières. Ce diplôme ouvre une voie d’accès plus rapide au métier et facilite l’intégration d’un plus grand nombre de femmes.
Le 1er avril 2001 entre en vigueur la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans des organismes publics (RLRQ, c. A-2.01), qui oblige les organismes publics à offrir un programme d’accès à l’égalité en emploi à leur personnel. Les femmes font partie des groupes visés, aux côtés des Autochtones ainsi que des minorités visibles et ethniques. Cette mesure permet donc de recueillir des données probantes pour orienter les décisions. Depuis 2002, la Sûreté du Québec publie ainsi dans ses rapports annuels de gestion la progression de la représentativité des femmes au sein de l’organisation ainsi que leur évolution de carrière à travers leurs promotions en grade.
Selon les rapports annuels de gestion, entre 2002 et 2024, le taux moyen d’embauche des policières à la Sûreté du Québec s’établit à 30,7 %, soit en moyenne près de 71 nouvelles recrues féminines chaque année. En 2024, ce taux atteint 33,3 %. Sur la même période, la part des femmes au sein des effectifs globaux passe de 11 % à 28,2 %. En 2024, la répartition par catégories d’emploi montre que les officières représentent 14,6 % de l’ensemble des officiers, les sous-officières 29 % et les agentes 29,1 %. Ces progrès reflètent l’effet combiné des mesures de formation, des programmes d’accès à l’égalité et d’une volonté institutionnelle affirmée de suivre de près leur ascension dans l’organisation.
En somme, ce chemin, tracé par des pionnières comme Nicole Juteau, a non seulement modifié la composition des effectifs, mais a aussi contribué à faire évoluer la culture organisationnelle et la perception sociale du métier. Par leur passion, leur compétence et leur leadership, les policières ont enrichi les pratiques policières, notamment en matière de prévention, de communication active, d’aide aux victimes et de gestion des tensions. Il est vrai que certains défis subsistent, notamment des enjeux transversaux d’équité, tels que le plafond de verre, la conciliation travail-famille ou la prévention de la discrimination. Néanmoins, l’augmentation de leur représentativité s’accompagne d’un enrichissement des perspectives, contribuant à façonner une police plus inclusive, au bénéfice de toute la société.
Aujourd’hui, la reconnaissance de la place des femmes dans la police se poursuit. Lors des cérémonies d’assermentation, la directrice générale de la Sûreté du Québec, Johanne Beausoleil, rappelle avec fierté l’importance de la représentativité des femmes et réitère son engagement envers leur présence active.
L’embauche de la première policière au Québec est un événement historique inscrit au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.
Marie-Claude Blais, bibliothécaire archiviste, 2025
L’identification visuelle des policiers a toujours été un élément important de l’uniforme de ceux-ci. Pour ce faire, tout au long de son histoire, la Sûreté du Québec a utilisé plusieurs types d’ornements sur son uniforme. Au fil des différentes époques, ces ornements sont devenus des marqueurs historiques de l’évolution de l’organisation et de son image ainsi qu’un symbole du professionnalisme des policiers les portant. Afin de bien s’orienter, il est plus pratique de séparer en deux grandes familles ces éléments bien distinctifs : les identifications d’épaule et les insignes, couramment nommés badges, de l’anglais.
Identifications d’épaule
Les identifications métalliques d’épaule portent habituellement l’acronyme de l’organisation qu’elles représentent. C’est ainsi que les lettres PPQ renvoient à la « Police provinciale de Québec » et que les lettres CLQ renvoient à la « Commission des liqueurs du Québec ». Plusieurs variantes de ces identifications métalliques seront produites et utilisées par l’organisation. L’usage généralisé de ce type d’insigne se termine vers 1960 avec les grandes réformes de la Révolution tranquille.
À partir de ce moment, les écussons en demi-lune apparaissent sur les uniformes de l’organisation. Initialement fabriqués en caoutchouc, une matière se dégradant facilement, ils sont rapidement remplacés en 1962 par des modèles en tissu, beaucoup plus résistants. Pour ce grand changement, l’écusson en demi-lune arbore les nouvelles couleurs de l’organisation, soit le vert et le jaune. La forme de demi-lune est en utilisation jusqu’en 1994 où la forme du blason (bouclier) est adoptée. Ce nouvel écusson est beige et inclut l’emblème de 1983, jumelé à la devise de l’organisation : Service, Intégrité, Justice. Il est utilisé jusqu’en 2016, lors de l’arrivée du nouvel uniforme introduisant une nouvelle couleur organisationnelle pour la première fois depuis 50 ans : le noir. De 1962 à 2020, une succession de sept différents écussons d’épaule apparaissent sur l’uniforme de l’organisation.
Insignes
Encore une fois, une multitude de variantes existent selon l’époque ou la fonction du détenteur de l’insigne. De façon générale, ils sont de petite dimension et ils sont fabriqués en métal. On peut souvent y remarquer le matricule ou le grade du policier ainsi que les armoiries du Québec et le nom ou l’emblème de l’organisation. En fonction de l’époque, plusieurs types d’insignes sont utilisés sur les uniformes, tels que les insignes de képi, les insignes de poitrine ou encore les insignes de collet.
Dans tous les cas, les identifications d’épaule et surtout les insignes représentent l’autorité dont le policier est investi et permettent une grande visibilité de celui-ci au sein du public. La visibilité des forces policières est souvent le premier pas vers la sécurité du public et la prévention de la criminalité.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
Au début du 20e siècle, la prohibition s’installe partout en Amérique du Nord. Seul le Québec fait exception à la règle. En effet, la Belle Province se dote, en 1921, d’une loi créant un monopole d’État sur l’alcool, la « Loi concernant les liqueurs alcooliques ». Pour respecter la nouvelle législation, on met sur pied une nouvelle organisation étatique, la Commission des liqueurs. En plus de gérer le monopole de l’alcool, l’ancêtre de la Société des alcools du Québec doit mettre en application et faire respecter la loi en matière d’alcool. Pour s’aider dans cette tâche, elle se dote d’une police gouvernementale possédant des pouvoirs d’enquête, de perquisition, d’arrestation et d’imposition d’amendes dans les domaines de la distribution, de la fabrication et de la vente d’alcool.
À ses débuts, cette police provinciale, dont les policiers sont rapidement surnommés « les liqueurs », se compose de 35 agents, sous-inspecteurs et inspecteurs. D’abord nommée « Service de surveillance » de la Commission des liqueurs, elle devient définitivement la Police des liqueurs en 1934. Les policiers sont embauchés grâce à leurs relations avec le parti politique au pouvoir et ils ne reçoivent que peu de formation. À l’époque, le travail s’apprend « sur le tas ». À la création de ce corps policier, ce sont généralement des vétérans de la Première Guerre mondiale, des détectives privés ou même des anciens agents de la Police provinciale qui composent ses rangs.
Dans les années 1920-1930 au Québec, la demande d’alcool illégal vient surtout des réseaux du crime organisé étatsunien. Les Américains sont subitement assoiffés de whisky canadien, de vin St-Georges ou d’alcool frelaté québécois. Pour répondre à la demande, des contrebandiers, aussi connus sous le nom de bootleggers, commencent à apparaître très rapidement sur tout le territoire québécois. La plupart des grandes villes sont affectées, mais les régions frontalières sont touchées plus sérieusement en raison de leur proximité avec les États-Unis.
Devant l’ampleur du phénomène, la Police des liqueurs s’adapte pour répondre à cette criminalité en croissance. Le corps se développe rapidement : d’à peine 35 hommes en 1921, elle triple ses effectifs en l’espace de cinq ans d’existence. L’ampleur des réseaux force aussi ses policiers à développer les premières méthodes d’enquête modernes, notamment la collecte et l’échange de renseignements, l’utilisation d’agents doubles ou de délateurs et la filature en véhicule. L’automobile devient l’outil privilégié des bootleggers puisqu’elle fait son apparition au Québec à l’époque. Malgré sa modestie, la Police des liqueurs mène des opérations partout dans la province.
La contrebande d’alcool du temps s’accroît de plus en plus dans les années 1920 et elle devient même incontrôlable. Ce trafic entraîne d’autres crimes plus graves comme des vols, des agressions armées, des meurtres, des enlèvements et de la prostitution dans toute la province. Ainsi, le mandat limité d’application de la « Loi sur les boissons alcooliques » mène la Police des liqueurs à mettre en place des projets de collaboration avec les policiers québécois, canadiens et étatsuniens. Ce sont donc les premières opérations conjointes de l’histoire policière québécoise.
Avec la fin de la prohibition américaine en 1933, la Police des liqueurs redirige ses opérations principalement vers les grandes villes du Québec. Le crime organisé s’y est résolument implanté. Les villes de Québec, Montréal et Hull sont fortement touchées. De grandes opérations policières sont déclenchées dont des arrestations massives de centaines d’individus à la fois, des saisies d’alcool, la destruction publique d'appareils de jeu ainsi que des perquisitions de bars. C’est l’époque du « Red Light » de Montréal et du « Petit Chicago » de Hull.
Dans le Québec des années 1940 et 1950, le rôle de la Police des liqueurs demeure fortement critiqué. Le comportement de certains de ses membres à l’occasion d’élections favorables à l’Union nationale de Duplessis, des procès retentissants, des allégations de corruption et le favoritisme lors de perquisitions font couler beaucoup d’encre et ternissent fortement l’image de ce corps policier provincial. Également, au tournant des années 1950, la législation entourant la vente et la consommation d’alcool au Québec est vue comme trop restrictive, voire dépassée.
La mort de Duplessis en 1959 et l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage en 1960 jettent les bases de la Révolution tranquille. Un des projets du nouveau premier ministre est d’ailleurs de transformer la Police des liqueurs et la Sûreté provinciale de l’époque en les réformant de fond en comble. Au début des années 1960, la Police des liqueurs appartient donc à une époque révolue. La Commission des liqueurs et sa police sont abolies, laissant la place à la fameuse Régie des alcools. Par ailleurs, les lois deviennent moins strictes, et la lutte à la contrebande d’alcool et aux débits clandestins perd de son importance. À cette époque, le crime organisé au Québec et ailleurs commence à délaisser graduellement ce secteur au profit de celui des drogues et stupéfiants.
Avec les réformes policières de la Révolution tranquille, la plupart des membres de la Police des liqueurs sont intégrés à la Sûreté provinciale et deviennent « l’escouade des alcools » en 1961-1962. Près de 60 ans après son intégration à la Sûreté du Québec, force est de constater que la Police des liqueurs a marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le perfectionnement des techniques d’enquête et la création des unités conjointes et des « équipes volantes » se traduisent par le succès de la lutte aux premières formes de crime organisé, soulignant par le fait même l’importance de la collaboration policière au Québec.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
En 2008, l’ancien directeur général Normand Proulx a dit à l’Assemblée nationale du Québec : « Ce qui fait la force de la Sûreté du Québec […] dans les faits, ce n’est pas le nombre d’effectifs, c’est les réseaux qu’elle a développés à travers le monde. » Ainsi, il souligne l’importance des relations internationales établies par l’organisation depuis presque 80 ans.
Les États-Unis
Pendant la prohibition de l’alcool aux États-Unis, dans les années 1920, les State Police du Vermont, du Maine, du New Hampshire et de l’État de New York éprouvent de plus en plus de difficultés à gérer les entrées des bootleggers (contrebandiers) dans leur pays et leurs sorties. La Police provinciale, présente depuis la fin du 19e siècle, vient renforcer la surveillance frontalière en Estrie, en Montérégie, dans la Chaudière-Appalaches et dans le Bas-Saint-Laurent. Une communication régulière s’établit alors entre la province et les quatre États voisins concernés. Cette relation transfrontalière, née d’un contexte bien particulier dans le temps, va se poursuivre et s’amplifier jusqu’à aujourd’hui.
La France
Durant les années 1970, la Sûreté du Québec envoie régulièrement deux de ses représentants à Paris pour établir une liaison diplomatique. Ce processus est interrompu dans les années 1980 dans le contexte de la crise économique de l’époque. Le caractère francophone de l’organisation est ce qui lui permet de développer des affinités avec la francophonie mondiale et de se distinguer des autres corps de police canadiens (hors Québec).
C’est en 2001 que la Sûreté du Québec détache un policier à la Délégation générale du Québec à Paris et, deux ans plus tard, un premier conseiller stratégique en sécurité publique, l’inspecteur Christian Chalin, est mis en poste dans la capitale française. C’est cette même année qu’est créé le Service des relations internationales et du protocole. Le caractère francophone permet de renforcer le réseau de coopération technique avec l’Europe, et particulièrement la France et la Belgique, avec qui la Sûreté du Québec va développer son concept de police de proximité.
Les missions de paix
La consolidation de la paix et le maintien d’un climat de sécurité représentent un mandat plus difficile à accomplir pour des militaires. C’est pourquoi des UNPOL (United Nations Police, policiers des Nations unies) sont appelés à jouer un rôle d’agent de la paix. Dans la majorité des cas, les policiers des Nations unies ne peuvent pas mettre directement en application les lois, mais travaillent plutôt en assistance aux policiers locaux sur le terrain et dans la reconstruction des services de sécurité publique.
Depuis 1995, la Sûreté du Québec participe à des missions de paix à l’international sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU) et participe à la stabilisation de pays ébranlés, à la tenue d’élections libres, à la reconstruction des institutions civiles dans un climat de sécurité ou encore à la surveillance de cessez-le-feu. Depuis le début de ces missions de paix, la Sûreté du Québec a déjà envoyé plus de 380 policiers dans une dizaine de missions.
La Catalogne
La Catalogne et le Québec partagent des éléments communs particulièrement en ce qui a trait au combat linguistique et à l’autonomie face à un État fédéral. C’est au Québec en 1998 qu’a eu lieu la première rencontre entre les autorités policières québécoises et catalanes pour discuter, entre autres, de police de proximité et de formation continue. Des élus et des fonctionnaires catalans se sont inspirés de la structure de la Sûreté du Québec et d’un système policier hollandais pour bâtir leur corps de police, la Mossos d’Esquadra, qui signifie « Escouade de jeunes » en catalan. Cette organisation policière s’est graduellement mise sur pied, en lieu et place de la Guarda Civilian (garde civile), particulièrement à partir de 1994, lorsque les statuts du système policier ont été clairement définis. Depuis, le nombre de policiers a plus que doublé et leurs responsabilités se sont accrues.
La Belgique
Les premières rencontres entre la police belge et la Sûreté du Québec remontent à 1999 et 2000. En 1999, des représentants de la Sûreté du Québec rencontrent des représentants belges lors d’un forum international sur la sécurité et la démocratie tenu à Naples. Cette même année, des experts en polygraphie et en techniques d’entrevue sont appelés à intervenir auprès de la police judiciaire belge dans une affaire de meurtres en série. En 2000, la préparation du Sommet des Amériques à Québec incite la Sûreté du Québec à aller chercher de l’expertise internationale en matière de maintien de l’ordre, notamment auprès des policiers belges rencontrés un an plus tôt lors du forum de Naples. Ces rencontres permettent aux deux organisations de découvrir qu’elles possèdent de nombreuses similitudes. Toutes deux engagées dans des processus de réforme, elles ont la volonté d’implanter le modèle de police de proximité et de rechercher l’excellence dans la fonction policière. Ces objectifs communs les amènent à conclure des ententes formelles dans ces deux domaines à partir de 2004, et ce, jusqu’à aujourd’hui.
Le réseau FRANCOPOL
En 2008, le Réseau international francophone de formation policière (FRANCOPOL) est créé par l’initiative de la Sûreté du Québec, de la Police nationale française et de l’École nationale de police du Québec. En bref, cet organisme veut faciliter la mise en commun des meilleures pratiques policières à travers les organisations de sécurité publique internationales francophones. Le secrétariat général est d’ailleurs installé au Grand quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal.
D’autres relations importantes entre la Sûreté du Québec et la communauté internationale incluent le Sénégal, le Cameroun, l’Italie et la Bavière (Allemagne). Au retour de leurs différents mandats et missions, ces membres font profiter toute l’organisation de leur expérience et de leur ouverture sur le monde, en plus de faire preuve d’un dévouement remarquable.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
La création de la Confédération canadienne en 1867 bouleverse le partage des pouvoirs existant au Canada-Uni. Le premier texte constitutionnel du Dominion du Canada, « l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, 1867 », précise notamment que les provinces sont responsables de l’application des lois et du maintien de l’ordre sur leur territoire. Fort de ce nouveau pouvoir provincial, le premier ministre conservateur du Québec, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, présente, en novembre 1869, un projet de loi afin de créer un corps de police provincial. Inspirée par la proposition de loi de 1856 faite par John A. Macdonald, cette initiative de Chauveau a pour but de doter le gouvernement provincial d’une police pour appliquer les lois ainsi que pour contrôler les émeutes et les soulèvements sur l’ensemble de son territoire, la province du Québec.
« L’Acte pour établir un système général de police en cette province » est donc sanctionné par le gouvernement le 1er février 1870. À ses débuts, la Police provinciale est non seulement une police gouvernementale, mais également une police municipale. La nouvelle loi ouvre effectivement la porte à l’établissement de détachements de la Police provinciale dans les municipalités. Une seule cité se voit dans l’obligation d’avoir recours à la nouvelle force de police : la ville de Québec. Au cours de ses premières années d’existence, la Police provinciale fait donc office de police municipale à Québec et déploie quelques détachements dans les municipalités de Sherbrooke, Hull, Lévis et Oka. En plus de ses devoirs municipaux, le corps de police provincial se voit attribuer des mandats gouvernementaux sur l’ensemble du territoire de la province. Malgré le déploiement de quelques détachements dans certaines municipalités, le gros de la force policière est stationné dans la ville de Québec, puisque Montréal n’accepte pas d’en faire sa police municipale.
En 1877, un conflit éclate entre la ville de Québec et le gouvernement provincial. En réponse à la hausse des frais d’entretien de sa police, le gouvernement demande à la ville de Québec d’augmenter sa contribution pour celle-ci. Devant le refus de la ville, le gouvernement abolit le service municipal de la Police provinciale, ce qui oblige Québec à reformer son corps de police municipal. Incapable de régler les problèmes de frais d’entretien de sa police, le gouvernement du Québec se décide à abolir la Police provinciale un an plus tard. De 1878 à 1883, le gouvernement provincial contracte une entente avec la ville de Québec pour l’utilisation de policiers municipaux, au besoin.
En 1884, l’inefficacité de l’entente avec la ville de Québec et la prise de possession des nouveaux édifices parlementaires poussent le gouvernement à remettre sur pied la Police provinciale. Plus modeste et avec des devoirs différents, cette nouvelle mouture s’établit à Québec, tout en conservant sa compétence sur l’ensemble de la province. À ce moment, le but avoué n’est plus d’avoir un système de police uniforme dans la province, mais de mettre sur pied une police gouvernementale qui peut répondre aux besoins spécifiques du gouvernement. Sous la ferrure du nouveau commissaire, Alexandre Chauveau, la nouvelle force de police provinciale se positionne comme un élément essentiel dans le paysage policier de la fin du 19e siècle.
Depuis le début du 20e siècle, le Bureau des détectives provinciaux de Montréal, entité indépendante de la Police provinciale, se charge des problèmes aigus de criminalité, principalement dans la région de Montréal. Mais, en 1920, l’affaire Blanche Garneau vient bouleverser l’ordre policier établi depuis une vingtaine d’années au Québec. Menée par les détectives provinciaux, l’enquête s’enlise et s’attire l’ire du public et de l’opposition politique. En réponse au courroux populaire, le gouvernement apporte, en 1922, des changements dans le domaine policier en intégrant le Bureau des détectives provinciaux de Montréal à la Police provinciale et en mettant sur pied une commission royale d’enquête sur l’administration de la justice.
Plusieurs changements s’opèrent alors au sein de la Police provinciale. L’intégration du Bureau des détectives provinciaux crée une nouvelle branche dans l’organigramme de la Police provinciale. Maintenant, en plus de la gendarmerie, l’organisation comprend la Police judiciaire, des policiers spécialisés en enquête. On établit également une nouvelle division à Montréal pour augmenter la présence du corps de police provincial dans l’ouest du Québec. Chacune des divisions a son État-major et relève directement du procureur général. C’est donc dire qu’à cette époque, la Police provinciale possède une direction conjointe entre les chefs des divisions de Montréal et de Québec. Cette direction conjointe est en vigueur jusqu’en 1932, à la mort du chef de la Division de Québec, Augustin McCarthy. À partir de ce moment, une seule personne assume officiellement la direction de l’organisation, mais officieusement, la Division de Québec conserve une importante autonomie jusqu’en 1961.
Durant les mêmes années, le paysage des corps de police provinciaux commence à se complexifier. À cette époque, on crée plusieurs corps de police indépendants pour surveiller l’application de différentes lois spécifiques. Dès 1914, des constables à motocyclette sillonnent les routes du Québec pour surveiller la circulation et appréhender les conducteurs en infraction. À partir de 1921, la Commission des liqueurs crée son Service de surveillance, qui deviendra plus tard la Police des liqueurs, pour faire appliquer la loi concernant la distribution, la fabrication et la vente d’alcool au Québec. Pour pallier la multiplication de polices gouvernementales, le gouvernement sanctionne en 1938 la « Loi relative à la Sûreté provinciale ». Cette nouvelle loi intègre la Police de la circulation et le Service de surveillance de la Commission des liqueurs à la Sûreté provinciale, qui deviennent les troisième et quatrième branches du corps de police provincial. Le Service de surveillance de la Commission des liqueurs est cependant défusionné en 1940 et restera indépendant jusqu’en 1961.
Parallèlement aux changements structurels vécus par la Police provinciale, une région nordique entame un boum minier qui aura une incidence fondamentale sur l’organisation. La découverte d’importants gisements d’or et de cuivre par Edmund Horne sur les rives du lac Osisko en 1921 provoque la ruée vers l’or en Abitibi. Caractérisé par l’apparition subite de villages et l’arrivée massive d’aventuriers ainsi que de prospecteurs dans la région, ce « Klondike » québécois est à l’origine d’une colonisation minière hétéroclite propice à la prolifération des conflits ouvriers, de la criminalité, de l’alcool illégal et de la prostitution. L’augmentation incontrôlable de cette « débauche » pousse la Police provinciale à mettre en place un détachement temporaire dès 1925. En 1932, ce dernier devient le premier détachement permanent à l’extérieur de Montréal et de Québec. Nommé « Patrouille de l’Abitibi », ce poste situé à Noranda est alors dirigé par le sergent d’état-major Kenneth Turnbull.
Forte de son succès en Abitibi, l’organisation entreprend, à partir de 1937, la création de plusieurs postes dans les différentes régions de la province. En 1940, un poste de pesée de la Police de la route est également ouvert aux abords de chacun des huit ponts qui ceinturent l’île de Montréal. Cette vague de création de postes permet à l’organisation d’occuper tous les comtés de la province pour la première fois de son histoire.
Au début des années 1960, l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage apporte un vent de changement sur le Québec. La société est en pleine ébullition, et la Sûreté provinciale ne fait pas exception. Le nouveau directeur général, Josaphat Brunet, entreprend une réorganisation majeure de la Sûreté provinciale, allant même jusqu’à changer les uniformes utilisés depuis des décennies en introduisant un uniforme unique de couleur verte pour l’ensemble des policiers.
La structure de l’organisation est également modifiée. Les quatre grandes branches de l’organisation (gendarmerie, police de la route, police des liqueurs et police judiciaire) sont éliminées pour faire place à un corps de police unique. Le pouvoir est centralisé officiellement et officieusement entre les mains du directeur général. Le territoire desservi par la Sûreté provinciale est divisé en deux divisions (Montréal et Québec), qui sont elles-mêmes découpées en subdivisions, puis en sections et, finalement, en postes. Le but derrière cette réorganisation structurelle est de centraliser l’administration de l’organisation au Grand quartier général à Montréal et de décentraliser les activités policières dans les régions.
En 1968, une étude administrative d’envergure est confiée à la firme Raymond Ducharme et associés. Le mandat : proposer la mise en place d’une expertise administrative moderne à la Sûreté du Québec et façonner une « force policière à caractère professionnel ».
Le rapport principal est publié le 17 juillet 1968. Celui-ci souligne une trop grande autonomie des deux divisions (Montréal et Québec), une confusion en raison des multiples niveaux hiérarchiques, le morcellement des fonctions, le caractère nébuleux des politiques administratives et le fait que les fonctionnaires sont écrasés sous une structure complexe.
Le rapport recommande la création de trois niveaux hiérarchiques. Le niveau d’administration centrale déterminerait les grands objectifs de la Sûreté du Québec et approuverait les politiques élaborées par ses services spécialisés. Le niveau régional, appelé district, jouirait d’une grande autonomie de gestion opérationnelle et administrative, en plus de disposer de ressources suffisantes pour répondre rapidement et adéquatement aux besoins régionaux. Enfin, à l’échelle locale, le poste, qui deviendrait le premier niveau d’intervention où seraient concentrés les services de première ligne, serait chargé d’assurer la protection du territoire et de répondre aux besoins de la population.
Le rapport recommande également la création de plusieurs services spécialisés pour alléger la structure organisationnelle. Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec crée notamment le Service du personnel, le Service des méthodes pour la rédaction des directives, le Service de la bibliothèque et le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ).
Finalement, concernant la professionnalisation du travail policier, le rapport Ducharme propose la création de postes de conseillers spécialisés dans divers domaines, soit la « détection », qui devient les Enquêtes criminelles, la circulation, les alcools et la moralité ainsi que les mesures d’urgence. Les quatre premiers postes de conseillers sont créés en 1970, alors que celui des mesures d’urgence est mis en place en 1972.
Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec s’emploie donc à mettre en œuvre les recommandations du rapport Ducharme. En plus des différents services et conseillers mentionnés précédemment, l’organisation crée deux districts pilotes : ceux du Bas-Saint-Laurent et de l’Estrie. Ces deux districts permettent de tester les recommandations du rapport de la firme Raymond Ducharme et associés. Ce n’est que vers 1973 qu’on observe la mise en place des huit districts couvrant l’entièreté de la desserte provinciale. Deux autres districts seront ajoutés au fil du temps : celui de la Côte-Nord en 1977 et celui de la Montérégie en 1998.
À la fin du 20e siècle et au tournant du 21e siècle, la Sûreté du Québec connaît de nouveaux changements. En 1980, les 111 policiers de la Police des autoroutes, qui patrouillaient sur les autoroutes à péage de la région de Montréal, intègrent la Sûreté du Québec. Cet ajout permet à l’organisation d’uniformiser les pratiques de surveillance et d’intervention sur les autoroutes et d’être présente partout sur l’ensemble du réseau autoroutier québécois.
Les années 1980 apportent également leur lot de changements structurels de haut niveau pour l’organisation. Sous l’autorité du procureur général depuis 1899, la Sûreté du Québec passe sous celle du Solliciteur général en 1986, puis du ministre de la Sécurité publique en 1988.
Au début des années 2000, l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » par le gouvernement du Québec modifie la desserte policière de la Sûreté du Québec. Les nouvelles mesures présentes dans cette loi, qui obligent les corps de police municipaux à offrir des services policiers d’un niveau requis par la population qu’ils desservent, poussent plusieurs municipalités à se tourner vers la Sûreté du Québec pour assurer une présence policière sur leur territoire. Près de 80 corps de police et plus de 1 500 policiers seront d’ailleurs intégrés à la Sûreté du Québec entre 1997 et 2012.
En 2016, une nouvelle réorganisation des districts est entreprise. L’organisation territoriale de la Sûreté du Québec passe de dix districts et quinze régions à quatre districts et huit régions. Cette nouvelle structure permet l’optimisation des processus et l’élimination de la gestion en silos qui étaient devenus l’apanage de l’ancien régime. Ces changements se veulent une façon d’offrir à la population une organisation plus performante, tournée vers l’avenir et mieux adaptée aux nouvelles réalités de la police d’aujourd’hui.
Tout au long de son histoire, la Sûreté du Québec a su réagir et s’adapter aux époques qu’elle a traversées. L’organisation est passée d’un corps de police pratiquement confiné à la ville de Québec à un corps de police provincial ayant une réelle présence dans l’ensemble des régions de la province. Elle a également su se moderniser et se professionnaliser au travers de tous ces changements structurels et organisationnels.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2024
C’est bien connu, le Québec est l’un des endroits au monde où l’on retrouve le plus grand nombre de lacs et de plans d’eau douce. Cette grande accessibilité en voies navigables a permis le développement de la navigation de plaisance dans la province. Ce type de navigation est régi par la « Loi sur la marine marchande du Canada » qui est appliquée par Transport Canada et par la Garde côtière canadienne.
Le mandat général de la Sûreté du Québec consiste à maintenir la paix et la sécurité publique sur l’ensemble du territoire québécois, ce qui inclut également les eaux intérieures. C’est pourquoi l’application de ce mandat, dès 1971, devient la pierre angulaire de la présence de la Sûreté du Québec sur les plans d’eau de la province. Néanmoins, pendant plusieurs années, cette surveillance est discontinue et non prioritaire en raison, surtout, de ressources humaines restreintes et de l’absence d’équipement adéquat, performant et sécuritaire. Ces patrouilles sporadiques s’effectuent tout de même lors de rencontres sportives telles que des régates et des courses de canots, ou encore, lors d’événements plus importants, comme les Jeux du Québec. À cela s’ajoute également la présence locale des agents en réponse à des plaintes de cambriolage de chalets plus isolés ou à des vols de moteur hors-bord, un domaine connexe.
Avec une moyenne d’environ 35 % des noyades en lien avec la navigation de plaisance et les activités nautiques à la fin des années 1970, la Sûreté du Québec constate l’importance de la prévention en sécurité nautique. Consciente de son manque de ressources, l’organisation cherche alors un moyen d’action approprié pour rejoindre les plaisanciers. Pour atteindre ce nouvel objectif, la Sûreté du Québec conclut qu’une augmentation de la présence policière en milieu nautique et des interventions appropriées s’avèrent essentielles.
Les premières initiatives de l’organisation en ce sens datent de la fin des années 1970 avec la mise en place des « patrouilles de quai ». Ces dernières permettent, avec peu de moyens, d’intervenir directement au quai, soit au départ et à l’arrivée des bateaux et des plaisanciers. Adopté par l’organisation, ce type de patrouille est alors combiné à la patrouille nautique à partir de l’été 1978.
Après une année de jumelage avec la Garde côtière canadienne et la Gendarmerie royale du Canada, la Sûreté du Québec décide de former ses premiers préposés à la sécurité nautique en 1979. Trente-deux policiers sont donc choisis parmi les pelotons d’unités d’urgence en province (deux par peloton) ainsi que les sections de plongée sous-marine. L’année suivante, en mars 1980, les 32 nouveaux préposés suivent une formation de sécurité nautique d’une semaine, à Duchesnay.
Au fil des années, l’organisation améliore son offre de service en sécurité nautique en augmentant le nombre de patrouilleurs et de bateaux disponibles. En effet, à l’été 1992, on ne compte pas moins de 65 policiers formés à la patrouille nautique et 16 embarcations réparties sur le territoire desservi par la Sûreté du Québec, le tout, coordonné par le Service des mesures d’urgence.
À la suite de l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » en 2001, la Sûreté du Québec oriente ses activités en fonction des niveaux de service à assurer. Pour livrer les services requis à la population, l’organisation se tourne vers l’acquisition de nouveaux équipements et la formation de nouveaux policiers. Rapidement, en 2002, la Sûreté du Québec accroît sa flotte, passant de 22 à 65 embarcations. La flotte est répartie entre les unités de sécurité routière ou d’urgence, mais également dans certaines municipalités régionales de comté (MRC) stratégiques. Cette même année, la Sûreté du Québec fait également grimper ses effectifs de patrouilleurs nautiques à 150, triplant ainsi le nombre de policiers affectés à cette fonction. La saison suivante, 250 patrouilleurs nautiques sont déployés sur les plans d’eau par l’organisation.
De nos jours, les patrouilleurs nautiques œuvrent principalement dans la prévention et la sensibilisation aux lois et aux règlements en vigueur dans le domaine, s’inscrivant ainsi dans le concept de police de proximité valorisé par l’organisation depuis plusieurs décennies.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021
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Cette section illustre la carrière de différents personnages clés qui ont marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le cadre d’emploi du personnage n’est pas un facteur déterminant de son importance; ce sont plutôt les réussites, les réformes ainsi que les événements majeurs auxquels celui-ci a participé qui importent.
Cette section regroupe l’histoire de crimes ayant marqué l’imaginaire québécois. Pour que ces événements soient pris en compte, ils doivent avoir été fortement médiatisés, avoir eu un impact sur la société québécoise et avoir fait l’objet d’une enquête de la Sûreté du Québec.
Chaque texte présente l’implication de la Sûreté du Québec au travers d’une contextualisation historique, au cœur de l’enquête et des démarches judiciaires.
Cette section plonge dans l’histoire, dans l’évolution et dans le quotidien des différentes unités ayant jalonné l’histoire de la Sûreté du Québec, bien souvent à partir de leurs débuts.
Nous y présentons les changements qu’a vécus chacune de ces unités, ainsi que la création de celles-ci et l’impact qu’elles ont eu sur l’organisation et le travail policier au Québec.
Cette section se penche sur les événements majeurs ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.
Dans ces textes, la Sûreté du Québec est en mode réaction face à des événements soudains, tels que des catastrophes naturelles, des crises ou des décès de masse. L’implication de la Sûreté du Québec dans ces moments d’urgence est cruciale pour sauver des vies et aider les citoyens en danger.
Cette section examine certaines des opérations majeures ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.
Les opérations de sécurité planifiées par la Sûreté du Québec y sont présentées sous différentes facettes. On peut donc y retrouver des événements tels que la visite de dignitaires, la tenue de sommets et la présentation de grandes manifestations sociales ou sportives. Le rôle et l’implication de la Sûreté du Québec dans ces événements de grande envergure sont au centre de ces textes.
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Josaphat Brunet devient directeur de la Sûreté provinciale
15 août 1960
Josaphat Brunet est le dirigeant de la Sûreté provinciale de 1960 à 1965. Il porte le titre de directeur de la Sûreté provinciale jusqu’en 1961, puis directeur général de la Sûreté provinciale jusqu’en 1965.
Nommé à l’âge de 58 ans, monsieur Brunet assume le poste durant un peu plus de cinq ans. Il est secondé par le directeur général adjoint Léopold Trottier, à Montréal, et par les directeurs adjoints Jean-Paul Dessureau, à Montréal, et Lucien Descent, à Québec. Policier retraité de la Gendarmerie royale du Canada, il devient chef de la sécurité à la Banque canadienne nationale avant d’être nommé à la Sûreté provinciale, en août 1960. Il décède le 6 juillet 1974 à l’âge de 71 ans.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021
Joseph-Adrien Robert devient directeur général de la Sûreté provinciale
1er novembre 1965
Joseph-Adrien Robert est directeur général de la Sûreté provinciale de 1965 à 1968.
Âgé de 59 ans lors de sa nomination, monsieur Robert reste en poste pendant trois ans. Il est assisté par les directeurs généraux adjoints Roméo Courtemanche de 1966 à 1968 et Maurice St-Pierre en 1968, ainsi que par les directeurs adjoints Jean-Paul Dessureau à Montréal et Lucien Descent à Québec. Policier de carrière, il est d’abord constable à la Police provinciale en 1930 puis détective en 1934. Il quitte cet emploi en 1936. Il occupe le poste de chef de la police municipale de Hull pendant 25 ans, puis celui de directeur de la police de Montréal de 1961 à 1965. Il décède à l’âge de 63 ans le 26 mai 1970.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Affaire Blanche Garneau
28 juillet 1920
À la fin du mois de juillet 1920, des enfants font une découverte macabre dans le parc Victoria à Québec : un cadavre gît sur le sol, partiellement recouvert d'un morceau de tissu. La victime est Blanche Garneau, une jeune fille d'un quartier ouvrier qui a disparu depuis six jours. La mort violente de cette Québécoise, vraisemblablement violée et étranglée, soulève l'horreur générale.
La tâche des enquêteurs s’annonce difficile. Il n’y a pas de témoins directs, quelques objets ont été retrouvés et l’emplacement du meurtre a été piétiné par les curieux. Malgré les efforts concertés de la police municipale de Québec, des détectives provinciaux et une enquête du coroner, l’investigation s’enlise. Les indices et les témoignages sont minces et les fausses pistes abondent.
Ce qui devient « l’affaire Blanche Garneau » prend une tournure inattendue et remet en cause les pratiques de la Police provinciale et du Bureau des détectives provinciaux. L’incapacité des policiers et de la justice à retracer les meurtriers et l’échec du procès de deux suspects alimentent la rumeur publique. L’impasse judiciaire devient une véritable bombe politique. L'opposition parlementaire brandit l'affaire Garneau en chambre au début de l'année 1922. L'inefficacité de la justice à contrer une vague de meurtres que connaît la province est dénoncée.
Les rumeurs et les ragots, fondés ou non, imprègnent l'opinion publique, et l’affaire devient un débat de société. La rumeur accuse en outre le gouvernement de paralyser l’enquête pour protéger des députés et des amis du régime prétendument mêlés à l’affaire. Le gouvernement prend les grands moyens. Quelques mois avant les élections, le premier ministre d’alors, Louis-Alexandre Taschereau, annonce le 10 novembre 1922 la mise sur pied d’une commission royale d'enquête chargée d’étudier l’ensemble de l'administration de la justice dans l'affaire Blanche Garneau.
La Commission tient ses audiences du 21 novembre au 31 décembre 1922. Elle doit établir si les autorités ont tout fait pour découvrir les auteurs du meurtre, et si elles ont tenté de soustraire des informations aux tribunaux. Enfin, elle doit en découvrir les auteurs. Pendant des semaines, tout le personnel du Bureau des détectives, dont le chef Lorrain, et même le procureur général et premier ministre Alexandre Taschereau et son assistant Charles Lanctôt défilent devant la Commission, révélant le fonctionnement du Bureau des détectives provinciaux. Les observations de la Commission mettent en évidence les problèmes de transmission des informations sur les enquêtes, l’absence de formation des détectives et des lacunes dans la collaboration des milieux délinquants avec la police. Dans leur rapport, les commissaires réfutent les allégations de négligence et de partialité lancées contre les autorités provinciales et la police.
Quelques mois avant le dépôt des travaux de la Commission d’enquête, alors que l’indignation publique est à son comble, le gouvernement propose, en février 1922, une nouvelle « Loi de police » destinée à réformer la Police provinciale. Ce faisant, le gouvernement cherche surtout à corriger les faiblesses du Bureau des détectives provinciaux, avec son chef Lorrain, en l’intégrant complètement à la Police provinciale. C’est la fin du règne des détectives privés. Par ailleurs, la Police provinciale en profite pour corriger certaines des lacunes révélées par l’affaire Garneau. Un dossier du personnel est créé pour chaque membre de l’organisation. Le détail des causes et des enquêtes est consigné dans un registre.
Malgré que l’affaire Blanche Garneau ne soit toujours pas résolue de nos jours, elle a mené au changement de certaines pratiques policières et judiciaires.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Sommet des Amériques de Québec
20 avril 2001
Le Sommet des Amériques se déroule dans la ville de Québec les 20, 21 et 22 avril 2001. Cette rencontre, qui réunit 34 chefs d’État, a pour objectif de faciliter les politiques de mondialisation et de libre-échange. Le mouvement altermondialiste est très actif et d’importantes manifestations sont attendues.
Pour la Sûreté du Québec, le mandat est majeur. Il s’agit de la plus importante opération de contrôle de foule de l'histoire de l’organisation et, vraisemblablement, de l'histoire du Québec.
C’est à la Sûreté du Québec que revient le rôle de coordonner le travail des corps policiers lors de la rencontre. L’organisation se met au travail près de 16 mois à l’avance afin de bien préparer les troupes. Elle étudie avec une attention particulière les sommets précédents et certains événements similaires, et elle octroie une formation élaborée aux policiers qui doivent être présents sur le terrain.
Tous les policiers mobilisés reçoivent une formation technique, une formation juridique, une formation psychologique sur le comportement des foules ainsi qu’une formation générale sur les enjeux du Sommet des Amériques et les idéologies en présence afin qu'ils soient à même de comprendre les manifestants devant eux. L’équipement est également revu et corrigé en fonction des lacunes identifiées à l’étranger par la Sûreté du Québec.
Des mesures de sécurité sans précédent sont mises en place dans la ville de Québec. Elles coûtent près de 160 millions de dollars au gouvernement fédéral et nécessitent un important travail de coordination entre les différentes organisations policières. La Sûreté du Québec travaille en collaboration avec la Gendarmerie royale du Canada et le Service de police de la Ville de Québec. Une clôture de sécurité de trois mètres de haut et de 3,8 kilomètres de long est mise en place afin de créer un périmètre de sécurité dans la zone où se trouvent les chefs d’État. Cette clôture est constituée de murets de béton surmontés d’un grillage et de 37 caméras de surveillance.
Alors que certaines grandes manifestations se déroulent de façon pacifique dans la Basse-Ville à l’occasion du Sommet des Peuples, un sommet alternatif au Sommet des Amériques, certains groupes de manifestants adoptent une stratégie de confrontation avec les forces policières près des lieux où se trouvent les chefs d’État. Au cours des manifestations, des vitres sont fracassées et plusieurs incendies sont allumés. Un groupe de manifestants réussit même à créer une brèche dans la clôture de sécurité.
Dans son ensemble, l’opération policière lors du Sommet des Amériques est le fruit d’une planification et d’une collaboration entre de nombreux intervenants exceptionnelles. À elle seule, la Sûreté du Québec a déployé près de 55 % de ses effectifs policier et civil, soit environ 2 760 employés. Avec un tel déploiement et une planification minutieuse de la part des intervenants, l’opération est un grand succès.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Création d’une équipe de techniciens en explosifs
1er janvier 1973
Avant les années 1960, la gestion ou le désamorçage des explosifs à la Sûreté provinciale, et au Canada en général, se fait soit à l’improviste, soit et surtout par les Forces armées canadiennes. Avec la montée en importance du Front de libération du Québec, le Service de police de la Ville de Montréal est le premier à former un service responsable des explosifs et de leur neutralisation.
En juin 1963, la Combined Antiterrorist Squad est mise sur pied par la Gendarmerie royale du Canada, le Service de police de la Ville de Montréal et la Police militaire. Cette escouade possède un laboratoire mobile où des policiers sont chargés de la manipulation des bombes et des explosifs.
Toutefois, l’intérêt pour un tel service à la Sûreté du Québec apparaît au début des années 1970. Lors de la conférence des chefs de police de Fredericton, le ministère fédéral de la Défense fait part de son intention de retirer de son mandat et de celui de ses escouades le domaine des explosifs de fabrication domestique.
Le 17 juillet 1970, la « Loi concernant les explosifs » est sanctionnée. Celle-ci, aujourd’hui connue comme la « Loi sur les explosifs », identifie la Sûreté du Québec comme responsable de l’application de la loi au Québec. Cette modification légale incite l’Institut de police du Québec à mettre sur pied une formation adaptée à cette nouvelle réalité.
En 1973, un premier groupe de policiers de la Sûreté du Québec reçoit cette formation de technicien en explosifs, appelé à l’époque « désamorçeur de bombes ». Leurs objectifs sont d’enlever et neutraliser les engins explosifs artisanaux placés dans un dessein criminel, de neutraliser et détruire les matières explosives abandonnées et d’agir en tant que personnes-ressources pour l’élaboration de plans d’urgence lors de catastrophes ou d’alertes à la bombe ou lorsqu’il y a un danger d’explosion.
Entre 1973 et 1979, trois groupes de policiers sont formés à l’Institut de police du Québec. Au total, il est évalué que la province nécessite quatre techniciens à Montréal, quatre à Québec ainsi que deux dans chacun des autres districts pour assurer la sécurité du public.
Durant les années 1980, une crise économique affecte, notamment, le budget alloué à la Sûreté du Québec. En 1986, selon un principe de rationalisation des ressources, l’organisation décide de réduire de moitié le nombre de techniciens en explosifs sur son territoire. La province est alors divisée en deux, et les effectifs sont particulièrement concentrés à Montréal et à Québec, à raison de six techniciens assignés à chacun des deux districts.
Malgré les compressions budgétaires et les bouleversements organisationnels vécus durant les années 1980, la Sûreté du Québec s’investit dans la formation de spécialistes connexes pouvant aider les techniciens en explosifs permanents. Dès 1981, des chiens policiers sont alors formés pour détecter les explosifs. Vers la fin des années 1980, on forme également les premiers plongeurs spécialisés en matière d’explosifs sous-marins.
De nos jours, les techniciens en explosifs, qui relèvent du Service de la criminalistique depuis 2019, ont beaucoup plus de responsabilités. Ils doivent bien évidemment désamorcer des engins explosifs, mais aussi intervenir lorsqu’il y a une menace chimique, biologique, radiologique ou nucléaire (CBRN), lors de la découverte d’un laboratoire clandestin de drogue de synthèse et lors d’entrées forcées aux explosifs.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021
Yves Morency devient directeur général par intérim de la Sûreté du Québec
6 décembre 2017
Yves Morency est directeur général par intérim de la Sûreté du Québec de décembre 2017 à décembre 2018.
Policier de carrière, Yves Morency débute comme patrouilleur en 1977 au service de police de la ville de Longueuil. En 21 ans de service au sein de cette organisation, Yves Morency y exerce plusieurs fonctions et grades dont sergent aux opérations stratégiques, sergent aux enquêtes criminelles, lieutenant, inspecteur et inspecteur administratif (assistant directeur). En 1998, il quitte la ville de Longueuil pour accepter le poste de directeur du Service de la sécurité publique de Saint-Eustache, qu’il occupe jusqu’en 2011. Approché par le ministère de la Sécurité publique du Québec en 2011, Yves Morency accepte le poste de sous-ministre associé à la Direction générale des affaires policières où il mène de main de maître d’importants dossiers stratégiques, dont plusieurs associés au domaine des enquêtes criminelles.
En novembre 2014, il quitte son poste de sous-ministre pour se joindre à l’État-major de la Sûreté du Québec en tant que directeur général adjoint de la Grande fonction de l’administration. Il est par la suite nommé directeur général adjoint de la Grande fonction des enquêtes criminelles, fonction qu’il assure de 2015 à 2017. À ce titre, il a notamment été responsable des enquêtes sur le crime organisé et sur les crimes contre la personne. En 2017, il devient directeur général adjoint exécutif avec comme principale responsabilité la négociation du contrat de travail des policiers. Mandaté pour remplacer le directeur général, Martin Prud’homme, prêté au Service de police de la Ville de Montréal, Yves Morency devient donc directeur général par intérim de décembre 2017 à décembre 2018. Au retour de Martin Prud’homme, Yves Morency est reconduit dans ses fonctions de directeur général adjoint exécutif, et ce jusqu’à sa retraite en avril 2021.
Détenteur d’un diplôme d’études supérieures en administration policière supérieure du Collège canadien de la police (1986) et d’un certificat en gestion des ressources humaines de l’Université du Québec à Montréal (1993), Yves Morency est également officier de l’Ordre du mérite des corps policiers depuis le 4 janvier 2018 ainsi que récipiendaire de la deuxième barrette (40 ans de service) de la Médaille de la police pour services distingués depuis le 17 juillet 2020.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2021
Florent Gagné devient directeur général de la Sûreté du Québec
5 novembre 1998
Florent Gagné est directeur général de la Sûreté du Québec de 1998 à 2003.
Sociologue de formation, monsieur Gagné est sous-ministre de la Sécurité publique du Québec depuis 1994 lorsqu’il prend la direction de la Sûreté du Québec le 5 novembre 1998, à l’âge de 53 ans. Il demeure en poste durant cinq ans. Auparavant, il est sous-ministre des Affaires municipales (Québec) à partir de 1989, où il était sous-ministre adjoint depuis 1983. Il a commencé sa carrière comme fonctionnaire fédéral et est entré dans la fonction publique du Québec en 1973. Il demeure directeur général de la Sûreté du Québec jusqu’en juin 2003 et poursuit sa carrière au gouvernement du Québec, où il est nommé sous-ministre des Transports le 6 octobre 2003.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Jacques Beaudoin devient directeur général de la Sûreté du Québec
1er octobre 1974
Jacques Beaudoin est directeur général de la Sûreté du Québec de 1974 à 1988.
Nommé directeur général en octobre 1974 à l’âge de 39 ans, monsieur Beaudoin reste en poste pendant 14 ans, le plus long directorat de l’histoire de la Sûreté du Québec contemporaine. Policier de carrière à la Sûreté du Québec, il entre comme gendarme en 1958 et occupe diverses fonctions policières à Québec, à Sept-Îles et en Gaspésie. Il est ensuite instructeur à l’Institut de police du Québec, puis responsable du Service de la formation et du perfectionnement, qu’il contribue à mettre sur pied. Il est nommé directeur général adjoint en 1973. Il prend sa retraite en octobre 1988 et occupe le poste de sous-ministre au ministère de la Sécurité publique jusqu’en novembre 1991.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
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