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Saisie de la Police des liqueurs, 1955
Grand quartier général à Montréal, 1968
Assermentation de contingent, 1963
Jeton OPS Bourdon, 2013
Garcette, 1920
Poste de police à Rouyn, 1926
Contrôle de foule, 2001
Bible, 1994

Louise Pagé est la première femme civile de l’histoire de la Sûreté du Québec à accéder à l’État-major général

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Autopatrouilles de la Sûreté du Québec

Avant l'acquisition par la Sûreté provinciale d'une véritable flotte de véhicules identifiés, la patrouille des routes du Québec s'effectue essentiellement en motocyclette. Néanmoins, entre les années 1930 et 1945, quelques voitures de modèles différents non identifiés sont de plus en plus utilisées.

En mars 1945, la Sûreté provinciale se dote d'une flotte de véhicules de patrouille identifiés. Le modèle acquis à l'époque est une Plymouth Special De Luxe. Ces voitures sont dotées d'un phare fixe sur le toit et d’un premier système radio d’envergure régionale.

Ces voitures se retrouvent en périphérie des grands centres tels que Montréal et Québec, puis ensuite Trois-Rivières et Sherbrooke. Pour sa part, la motocyclette continue d'être largement utilisée dans les régions.

Ce n’est véritablement qu’à partir du milieu des années 1950 que l’automobile détrône la motocyclette en tant que principal outil de travail des policiers de la route. C’est aussi dans ces mêmes années que les premières lumières clignotantes rouges sont installées en remplacement du phare fixe sur le toit du véhicule, une innovation améliorant la visibilité de la voiture de patrouille en situation d’urgence.

Bien que le nom officiel de l’organisation soit la Sûreté provinciale du Québec depuis 1938, les voitures de l'époque portent l'emblème bilingue de la Sûreté provinciale, indiquant « Provincial Police » sur la portière de gauche et « Police provinciale » sur la portière de droite.

La Révolution tranquille, au début des années 1960, apporte son lot de changements, y compris à la Sûreté provinciale. S'amorce alors une vague de réformes dans la formation des policiers, l'embauche et les façons de faire au sein de l’organisation.

Durant cette décennie, la présence policière s'accroît et les effectifs également, ce qui impose une augmentation importante du parc de véhicules : celui-ci passe de 582 véhicules en 1962 à 928 en 1968.

Un des changements majeurs des années 1960 pour l’organisation est l'adoption de nouvelles couleurs. Les uniformes et les véhicules passent au vert, couleur qui devient emblématique pour la Sûreté du Québec.

Les nouvelles autopatrouilles sont vertes avec des portières jaunes, et sont dotées des premiers gyrophares rotatifs ainsi que du phare « police stop » sur le coin de l’aile avant droite. Comme les phares intermittents n’existent pas, cette lumière clignotante permet au policier de se placer à égalité du véhicule qu’il veut intercepter et d’indiquer au conducteur qu’il doit s’immobiliser.

C’est aussi dans les années 1960 qu’un numéro d’identification est octroyé à chacun des véhicules identifiés de la flotte. Les premiers numéros d’identification se retrouvent uniquement à l’intérieur de l’automobile, sur le tableau de bord. Composé de caractères alphanumériques, le numéro se lit comme suit, par exemple pour
M143MR : Montréal; voiture 143; marquée; pourvue d’une radio de communication.

Au début des années 1970, les véhicules à deux portes sont abandonnés au profit de modèles à quatre portes, beaucoup plus pratiques. Les véhicules commencent également à être identifiés par une numérotation sur les côtés et sur le toit.

Un premier système de lumières plus élaboré sur le toit des véhicules fait son apparition. Ce système est composé d’un gyrophare au centre et de deux feux clignotants aux extrémités. Il est familièrement appelé « Mickey Mouse » dans le jargon policier.

Ce n’est que vers la fin des années 1970 qu’apparaissent les premières lumières bleues sur les gyrophares. Avec le temps, les gyrophares bleus deviennent exclusifs aux véhicules de police, alors que les gyrophares rouges sont utilisés par tous les types de véhicules d’urgence.

En 1980, la Sûreté du Québec intègre la Police des autoroutes dans ses rangs. Ce corps policier travaille alors exclusivement sur les autoroutes à péage du Québec. Lors de l'intégration de la Police des autoroutes, la Sûreté du Québec fait également l'acquisition de sa flotte de véhicules. Ceux-ci gardent leurs anciennes couleurs, mais avec l'ajout de l’identification de la Sûreté du Québec.

Au début des années 1980, le Québec est secoué par une grave crise pétrolière. La Sûreté du Québec doit revoir ses choix de véhicules, abandonnant les grosses cylindrées (V8) pour des modèles plus économiques (V6).

La Chevrolet Malibu 1980 est la dernière grosse cylindrée acquise par la Sûreté du Québec avant ce changement de cap. Ce modèle est doté de gyrophares bleus et rouges positionnés aux extrémités du toit de l’automobile, éliminant par le fait même les feux clignotants latéraux des modèles précédents.

En temps de compressions budgétaires et de réduction de la taille des véhicules de la Sûreté du Québec, la Plymouth Caravelle 1982 s'avère le meilleur compromis entre les modèles intermédiaires. C’est une voiture qui semble appréciée de l’ensemble des policiers.

En 1983, la récession force la Sûreté du Québec à acheter des véhicules plus compacts et économiques. Cependant, ils sont aussi moins performants. Au cours de ces années, la Sûreté du Québec doit mettre en place plusieurs autres mesures afin de limiter ses coûts, telles que la patrouille statique obligatoire, la limite de kilométrage et un gel d'embauche de sept ans.

Pour desservir les réserves autochtones du Grand Nord québécois, la Sûreté du Québec se dote de véhicules 4 x 4, plus adaptés aux conditions difficiles. Ces véhicules sont identifiés aux couleurs et à l’emblème de l’organisation jusqu’à ce que les communautés autochtones assurent la prise en charge totale de leur police. Elles apposent alors leur propre emblème sur les véhicules aux couleurs de la Sûreté du Québec pour ensuite y ajouter leurs couleurs.

Appuyée par des études américaines concluant que le blanc est la couleur qui réfléchit le mieux la lumière, la Sûreté du Québec fait l’acquisition de ses premières voitures blanche après 23 ans de voitures vertes et jaunes. Le blanc devient alors progressivement la couleur officielle de base de toute la flotte automobile. La transformation de la flotte de voitures de patrouille se fait sur une période de trois ans.

À partir de 1991, les véhicules sont munis de gyrophares plats beaucoup plus puissants, d’un système de contrôle des équipements lumineux et de sirènes fabriquées par l’entreprise Signaflex à Victoriaville. La sirène est maintenant indépendante de la radio et possède un répertoire de sons beaucoup plus vaste et varié. Le système manuel de gestion de la sirène, fabriqué par la compagnie Bell et ses sous-traitants, est remplacé par un système de boutons-pressions.

Au cours des années 1992 à 1996, la Sûreté du Québec fait uniquement l'acquisition de voitures de marque Chevrolet Caprice. Seule différence significative : elle abandonnera en 1993 les Chevrolet Caprice V8 pour les V6, qui sont plus économiques.

Avec la fin de la production du modèle Caprice de Chevrolet en 1996, la Sûreté du Québec est contrainte de changer de modèle d’automobile. Avec son moteur 4,6 litres, le modèle Crown Victoria de Ford, acheté à partir de 1998, mais appelé
Police Interceptor dès 1999, fait partie des véhicules les plus fiables et robustes utilisés par les corps de police nord-américains.

Dans le but de pouvoir intervenir efficacement auprès de l’ensemble des usagers de la route, la Sûreté du Québec fait l’acquisition de ses toutes premières voitures semi-identifiées et semi-banalisées. Pour ce type de véhicule, les gyrophares sont remplacés par des feux alternatifs bleus et rouges ainsi qu’un stroboscope placé dans le pare-brise. La Sûreté du Québec se les procure entre 2000 et 2003.

Le 3 mai 2005, la Sûreté du Québec fait le lancement officiel de la nouvelle identité visuelle de ses véhicules identifiés. Celle-ci affiche des éléments des armoiries de l’organisation tels que l’écu échiqueté or et vert sur les côtés, l’avant et l’arrière ainsi que l’écu de la grande fonction sur le montant arrière.

En 2008, la hausse du prix de l’essence et la pression sociale pour réduire les émissions de gaz à effet de serre incitent les organisations publiques et privées à prendre un virage vert. La Sûreté du Québec se tourne alors vers des voitures moins énergivores, comme la Dodge Charger, une voiture munie d'un moteur V6, mais étonnamment puissante. Ce modèle devient prédominant dans la flotte au cours des années suivantes.

Durant les années 2010, les Dodge Charger et les Ford Taurus sont toujours présentes sur nos routes. Celles-ci sont équipées de
protège-calandre (push bars) ou de flèches directionnelles. Dans le cadre de leur travail, elles sont également appuyées par des véhicules munis d'un système de reconnaissance de plaques.

Quelques mois après avoir présenté ses nouveaux uniformes, la Sûreté du Québec dévoile, en juillet 2017, la nouvelle apparence de ses véhicules identifiés. Les uniformes et les véhicules arborent maintenant la couleur noire de façon prédominante tout en conservant le vert comme couleur caractéristique.

Le déploiement des nouvelles voitures est amorcé à partir de l'automne 2017. Le renouvellement complet du parc de véhicules de première ligne est prévu se faire en trois ans à un coût nul. Les véhicules en fin de vie sont graduellement remplacés par les nouvelles autopatrouilles noires.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Uniformes et équipement policier à la Sûreté du Québec

Au cours de son histoire, l’uniforme de la Sûreté du Québec a connu plusieurs transformations. Différents facteurs tels que des réformes, un souci de confort et de sécurité ou encore la volonté de se différencier ont contribué à cette évolution. Pendant tout près d’un siècle, soit de 1870 à 1961, l’uniforme reste relativement stable, tant dans le modèle que dans le choix des couleurs. Durant les années 1960, l’uniforme est complètement révisé pour qu’y soient introduites les nouvelles couleurs organisationnelles, le vert et le jaune. En 2016, on assiste au grand retour du noir parmi les couleurs officielles de l’organisation. Ce grand retour est marqué par une nouvelle révision de l’uniforme utilisant la nouvelle couleur.

Lors de la création de la Police provinciale en 1870, les premiers gendarmes portent une tunique longue à col haut mi-fermé, un pantalon foncé, ainsi qu’un long paletot d’hiver noir. À cela s’ajoute la coiffure régulière, soit le casque
Bobby noir d’influence britannique, le ceinturon de cuir avec une arme à feu à gauche et une matraque en bois.

Au début du 20
e siècle, la tendance de la mode policière s’oriente davantage vers un képi cylindrique haut, appelé shako. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le port de ce képi est toujours de rigueur. Par la suite, le modèle de képi bleu adopté par l’organisation ressemble davantage à celui en vigueur de nos jours.

Dans le courant des années 1930, l’uniforme change quelque peu. La tunique bleue à col montant est toujours d’un bleu très foncé, mais elle est plus courte et plus stylisée. Cependant, l’adoption du ceinturon-baudrier
Sam Browne (général Sam Browne, 1824-1901) permet alors le port d’une arme à feu de façon plus stable, donc plus sécuritaire et confortable. À noter que les menottes ne font pas encore partie de l’équipement du gendarme et que, été comme hiver, le port du képi ou du couvre-chef en fourrure est de mise.

En 1938, lors du regroupement des quatre branches sous la Sûreté provinciale (Police des liqueurs, Police judiciaire, Police de la route, Gendarmerie), les divers uniformes ne subissent aucune modification. Les policiers, selon leur groupe d’appartenance, portent toujours des uniformes distincts.

Ainsi, l’uniforme de la Police des liqueurs est d’abord gris fer et ensuite bleu foncé. Ils portent également un képi assorti et un ceinturon-baudrier en cuir
Sam Browne. À l’occasion, ils portent une tenue civile, comme les enquêteurs de la Police judiciaire. Pour sa part, la Police de la route se dote d’un modèle copiant les militaires et la cavalerie. Ces agents, les spotters, sont vêtus d’une tunique vert kaki, issue de la Première Guerre mondiale, agencée à un pantalon de cavalerie vert kaki de style breeches. Pour compléter cet uniforme, il y a le képi à pointes, le ceinturon-baudrier en cuir brun Sam Browne, les gants de cuir brun à grande ouverture et, finalement, les bottes de cuir brun.

La politique concernant le port de l’uniforme et la tenue personnelle des policiers est sans équivoque, comme en témoigne cet extrait du code de discipline sur la tenue personnelle, dans les années 1940 :
« La tenue doit être exemplaire. Sur la route ou à un poste et partout en général quand en devoir, un agent ne doit pas s’appuyer au mur, s’asseoir ou se tenir nonchalamment avec les mains dans les poches. Il doit être à l’attention. Son képi doit être droit, sa tunique propre et bien boutonnée, et les bottes, boutons, matricule et insignes bien frottés tous les matins. Tous doivent se faire faire les cheveux trois fois par mois, coupe militaire. Il est de rigueur que tous se rasent chaque matin; s’être rasé la veille n’est pas suffisant. Ceux surtout qui entrent en service devront porter une attention toute particulière à ce dernier point et toujours s’y conformer. Tenez-vous propres aussi sur votre personne, afin que vos confrères n’aient pas à se plaindre de vous. »

Lors de la grande réforme de 1960, les uniformes distincts disparaissent. Pour symboliser la coupure avec le passé, un nouvel uniforme est implanté le 2 avril 1962 et le vert olive devient la couleur prédominante. L’uniforme est composé d’une tunique à col ouvert, d’une chemise sable, du ceinturon-baudrier noir
Sam Browne, d’un cordon sable, d’un képi vert et d’un pantalon décoré d’une mince bande latérale brun foncé.

Une seule exception à cette règle : l’uniforme bleu foncé (accessoires blancs et képi bleu foncé, remplacé par le casque colonial
Wolseley pour les grandes occasions) est conservé comme tenue d’apparat jusqu’en 1967, année de l’Exposition universelle de Montréal (Expo 67).

En 1975, un souci de sécurité et de confort vient modifier l’apparence de l’uniforme : le ceinturon de cuir perd le baudrier. Les chemises à manches courtes sans cravate font leur apparition en saison estivale pour remplacer les chemises à manches longues. Les insignes de grade en métal des officiers sont changés pour des insignes à barres en tissu. L’année 1975 voit aussi l’arrivée de la première femme policière, marquant les débuts d’un uniforme féminin à la Sûreté du Québec (jupe, coiffure, chaussures).

Le 6 octobre 1987 a lieu la présentation officielle des nouveaux uniformes régulier et d’apparat, confectionnés par le couturier montréalais Simon Chang. Il s’agit de modifications majeures à toutes les tenues. Le vert olive demeure la couleur principale, et les costumes sont plus modernes et plus fonctionnels. La tunique est plus ouverte à l’avant et est plus stylisée tout comme la chemise qui arbore des pattes d’épaule plus larges. Le képi est décoré d’une ligne jaune dans sa partie circulaire supérieure. Les accessoires de l’apparat, cordon et ceinturon, passent du blanc au jaune
. Ce nouvel uniforme est progressivement implanté et utilisé dans l’organisation.

En mai 1994, le nouvel écusson d’épaule est apposé sur les uniformes et la chemise est légèrement modifiée. En octobre 1998, une nouvelle tenue est confectionnée pour les officiers : la tunique de style militaire est remplacée par un veston droit vert olive qui arbore l’emblème de la Sûreté du Québec sur la poitrine. La chemise blanche accompagne la nouvelle tenue, ainsi que l’écusson d’épaule blanc (qui demeure sable pour les agents et sous-officiers).

En avril 2004, la Direction des relations internationales et du protocole présente une nouvelle tenue d’apparat, alliant le passé et le présent. Ce nouvel uniforme s’inspire en grande partie de la première tunique d’apparat de la Sûreté provinciale, alors de couleur bleue. La nouvelle tunique à col fermé est vert olive et sa coupe est classique et sobre, tout comme les ornements qui s’y ajoutent. Une bande jaune sur toute la longueur du pantalon s’apparente à celle que l’on retrouvait en 1970, alors noire et plus étroite. Le nouvel uniforme est créé par monsieur Frank Napoli de la Maison Cooper de Montréal, alors que le chapeau est une création de madame Manon Lortie, chapelière à Sainte-Luce-sur-Mer, dans le Bas-Saint-Laurent. Ce couvre-chef vert qui complète l’uniforme s’inspire du casque colonial
Wolseley blanc porté de 1933 à 1967.

En 2016, le nouvel uniforme est révisé. Les agents et sous-officiers portent le pantalon noir, le ceinturon noir, la chemise verte à manches longues et un gilet pare-balles noir ajustable avec l’emblème de la Sûreté du Québec bien visible (de nombreux compartiments permettent aux patrouilleurs de garder une multitude d’outils de travail en tout temps). Une nouveauté bien aimée : l’arme de service peut désormais se porter à la cuisse.

L’écusson d’épaule est noir (orné d’une mince ligne dorée pour les officiers). Les enquêteurs portent une tenue de ville propre en tout temps. Les spécialistes (les techniciens en scène de crime, les reconstitutionnistes, les techniciens en explosifs, les membres du Groupe tactique d’intervention et les maîtres-chiens) portent des tenues adaptées à leurs conditions de travail sur le terrain.

L’uniforme de la Sûreté du Québec a bien évolué depuis ses origines en 1870. Il a adopté la mode du temps et a subi les influences britannique et américaine. Le milieu militaire a aussi largement contribué au développement de l’uniforme. Les dirigeants étaient souvent issus de ce milieu et apportaient avec eux leurs goûts et expériences. Au 20
e siècle, les associations de chefs de police ont également influencé des changements à l’uniforme. La participation de nos dirigeants à ces organismes et leurs échanges permettaient de connaître toutes les nouveautés sur ce plan avec la promotion d’équipements policiers.

Encore aujourd’hui, de nombreuses traditions historiques sont bien visibles sur l’uniforme, et la fierté de le porter se partage par tous. De nos jours, le vert olive, la couleur dominante depuis 1962, est complémentée par le noir, couleur présente depuis la fin du 19
e siècle. La sobriété du noir est atténuée par l’utilisation des autres couleurs de l’organisation, le jaune, le doré (or) et le bleu azur. La combinaison du noir et de l’or signifie l’honneur et la longévité, et celle du noir et du bleu, le caractère paisible. La qualité des matériaux et leur durabilité sont de rigueur, ainsi que la continuité du modèle unisexe, à l’exception de certaines pièces exclusives à la tenue féminine. De plus, l’uniforme se veut adapté aux différents climats québécois. Depuis 1870, une différence nette est établie entre les uniformes des officiers, des sous-officiers et des autres membres, ce qui est un principe de reconnaissance universelle de la hiérarchie. Tout cela illustre le caractère remarquable d’une organisation de cette envergure.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Aumônerie à la Sûreté du Québec

Dans les organisations militaires et paramilitaires, la nomination d’un aumônier d’office est chose courante. Au cours de son histoire, la Sûreté du Québec n’a pas fait exception à la règle.

Pour l’organisation, le rôle de l’aumônier consiste à apporter son soutien et à prodiguer des conseils moraux et spirituels aux policiers dans leur travail quotidien, bien souvent ponctué de situations émotionnellement difficiles. L’aumônier est disponible de jour comme de nuit pour ses ouailles. De plus, il préside des cérémonies officielles, telles que les assermentations de recrues, les cérémonies de reconnaissance ou encore, les cérémonies de commémoration des policiers morts en devoir et les funérailles civiques de policiers morts en devoir. Sa grande disponibilité pour les policiers ainsi que sa présence aux cérémonies officielles font de lui un symbole protocolaire important de l’organisation.

Début d’une aumônerie

C’est au milieu des années 1930 qu’on retrouve les traces d’un premier aumônier au sein des forces policières provinciales. Vers 1931, l’abbé Oscar Valiquette devient aumônier du Club social des policiers de la circulation et, par la suite, du service de la Circulation provinciale. Lui succède dans cet office, en mars 1938, l’abbé Henri A. Gaboury.

Avec la mise en application de la « Loi relative à la Sûreté provinciale » le 8 mai 1938, la création d’une nouvelle Sûreté provinciale du Québec regroupant les trois grands corps de police provinciale (Police provinciale, Police de la route et Police des liqueurs) bouleverse le paysage policier du Québec. Le chapelain du service de la Circulation provinciale (Police de la route) se retrouve intégré à la nouvelle entité. La Sûreté provinciale voulant se doter d’une aumônerie, elle nomme l’abbé Henri A. Gaboury aumônier général le 19 septembre 1938. Il occupera ses fonctions jusqu’en 1940, où il sera remplacé par le père Pierre Trudel.

Le 3 octobre 1943, à la demande du lieutenant-colonel Léon Lambert, directeur adjoint à Québec, Son Éminence le cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve instaure une aumônerie dans le district de Québec. C’est à partir de ce moment qu’on retrouvera un aumônier pour chacun des districts de la Sûreté provinciale, soit Montréal et Québec.

Le premier aumônier du district de Québec, l’abbé Georges Laberge, est nommé le 21 septembre 1943, quelques jours avant la création de la nouvelle aumônerie. Sa nomination précoce est directement liée avec la mise en place d’une retraite spirituelle précédant l’inauguration officielle. Selon le souhait du directeur adjoint Lambert, cette récollection était obligatoire pour tous les employés de confession catholique du district.

L’abbé Laberge reste en poste jusqu’à sa mort en décembre 1951. Le poste vacant est ensuite occupé par l’abbé Lomer Gagné. L’office est par la suite octroyé à l’abbé Raymond Lavoie vers 1957 et à l’abbé Raymond Mercier vers 1958. Après une année à titre d’aumônier suppléant, l’abbé Lucien Ouellet est nommé aumônier de la Sûreté provinciale à Québec le 18 octobre 1964. Il garde cette fonction jusqu’en 1977.

Malgré l’instauration de la nouvelle aumônerie à Québec, le père Trudel continue son office dans le district de Montréal jusqu’en 1951. À son départ, on nomme le père Arthur Dubois aumônier de la Sûreté provinciale pour Montréal. Il sera remplacé en 1968 par le père Florimond Noiseux jusqu’à la retraite de ce dernier en 1977.

Centralisation de l’aumônerie

Avec le départ du père Florimond Noiseux en 1977, la Sûreté du Québec prend la décision de nommer l’abbé Lucien Ouellet aumônier de l’ensemble de l’organisation. Il occupe le poste jusqu’à la fin de son contrat, soit le 2 avril 2018, date de l’abolition du poste d’aumônier. Tout au long de sa carrière dans l’organisation, l’abbé Lucien Ouellet obtient successivement le grade de capitaine, d’inspecteur (1987) et finalement d’inspecteur-chef (1995). Il porte l’uniforme et les insignes du grade qui lui est attribué. Il détient par ailleurs de nombreuses décorations, notamment la Médaille de la police pour services distingués (avec barrettes).

Les 53 années de loyaux services du dernier aumônier de l’organisation représentent plus de la moitié des 80 années d’existence d’une aumônerie à la Sûreté du Québec. Au cours de ses nombreuses années d’office, l’abbé Lucien Ouellet a vu défiler des milliers de policiers sous le directorat de treize dirigeants, en commençant par le directeur général Josaphat Brunet en 1964, jusqu’au directeur général Martin Prud’homme, en 2018.

Retraite spirituelle et saint patron

Dès sa nomination comme aumônier général de la Sûreté provinciale, l’abbé Henri A. Gaboury propose une récollection à l’intention des employés de l’organisation lors de la semaine sainte de 1939. Ce type de retraite fermée devait permettre aux policiers de se ressourcer et de se livrer à une introspection dans un cadre religieux. Elle donna lieu à plusieurs autres séances durant la période pascale les années subséquentes.

L’année 1939 ne voit pas seulement le début des retraites fermées à la Sûreté provinciale, mais également le début d’une longue odyssée pour offrir un saint patron à l’organisation, qui se terminera par une nomination internationale. Tout commence par la nomination de l’archange saint Michel comme saint patron de l’Association des chefs de police et de pompiers de la province par Son Éminence le cardinal Villeneuve le 20 juillet 1939. En procédant à cette nomination, le prélat acquiesce à la demande faite par le lieutenant-colonel Léon Lambert de choisir un protecteur céleste pour ses hommes. Cependant, pour le lieutenant-colonel Lambert et Son Éminence le Cardinal Villeneuve, ce choix se devait d’être ratifié par le souverain pontife. Après l’envoi d’une demande de ratification par le prélat de Québec et plusieurs années de réflexion, Sa Sainteté Pie XII proclame l’archange saint Michel patron universel des policiers du monde entier le 9 mai 1950. C’est donc une initiative québécoise qui est à l’origine de cette nomination internationale.


François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2021

Couleurs et drapeaux de la Sûreté du Québec

Selon la Société française de vexillologie, « un drapeau représente bien davantage qu’une simple pièce d’étoffe. Il traduit de manière symbolique le message qu’une collectivité […] ou qu’une personne […] entend délivrer au monde environnant et dans lequel elle proclame ses valeurs fondamentales, ses croyances, sa culture, affirme son autorité et son rang, souligne son particularisme, en bref, révèle son identité profonde ».

Le domaine illustrant parfaitement l’importance que peuvent avoir les drapeaux est l’univers militaire. Grande utilisatrice de bannières et d’étendards depuis longtemps, l’armée y a recours pour l’identification visuelle des organisations militaires, mais également pour susciter la fierté et la cohésion nécessaires à l’efficacité opérationnelle. La Sûreté du Québec, par son état d’organisation paramilitaire, poursuit cette tradition ancestrale.

À ses débuts, la Police provinciale est composée d’un seul type de policier, le gendarme. Un emblème unique et un uniforme caractéristique semblent avoir suffi à identifier le corps de police et suscité fierté et cohésion en son sein. Dans la première moitié du 20
e siècle, l’organisation a évolué en intégrant le Bureau des détectives provinciaux (1922) et la Police de la route (1938). Malgré les fusions, la nouvelle Sûreté provinciale (depuis 1938) reste séparée en plusieurs branches et les uniformes gardent une couleur et une forme spécifiques à chacune d’entre elles.

C’est pour réunir une Sûreté provinciale plutôt hétéroclite sous une identité rassembleuse et un symbolisme fort que les dirigeants créent un drapeau à la fin des années 1950. On y appose ainsi l’emblème de l’organisation en son centre et on représente en canton l’archange saint Michel, patron universel des policiers, terrassant le dragon.

En 1962, dans la foulée des réformes des années 1960, on instaure un uniforme et une couleur unique, le vert, à tous les policiers de la Sûreté provinciale. Le but avoué de ce changement est d’unifier le corps de police et d’insuffler de la fierté à ses policiers. Cette nouvelle couleur, tout comme l’emblème, deviendra rapidement reconnue et identitaire pour l’organisation.

Le drapeau s’adapte promptement à cette nouvelle réalité. Dans les années 1970, le drapeau de la Sûreté du Québec se compose d’une bande verte au guindant et au flottant, ainsi que d’une bande blanche en son centre arborant l’emblème de l’organisation entouré de feuilles de laurier. Cette bande blanche est remplacée en 1980 par une bande jaune et par les emblèmes organisationnels subséquents ; par exemple, celui de 1983 affichant la devise de la Sûreté du Québec.

L’apparition d’un drapeau organisationnel et l’adaptation de celui-ci aux valeurs fondamentales et aux particularités de la Sûreté du Québec évoluant au fil du temps démontre l’importance qu’il revêt pour les employés travaillant sous son égide. Par le fait même, il joue son rôle en suscitant la fierté et la cohésion nécessaires à l’efficacité opérationnelle de l’organisation.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021

La Patrouille de l’Abitibi : un détachement plus que centenaire

La présence des policiers provinciaux sur l’ensemble du territoire de la province s’est faite de façon progressive tout au long de l’histoire de l’organisation. Les débuts de la Police provinciale sont marqués par un cantonnement des forces policières dans les deux grands centres urbains de la province, soit Québec et Montréal. Malgré une législation permettant l’envoi de détachements policiers en région pour le maintien de la paix et pour réprimer les troubles, une politique financière restrictive en la matière limite les interventions des constables aux seuls cas d’urgences. Cette situation perdure jusqu’au milieu des années 1920.

La colonisation de l’Abitibi-Témiscamingue

Au début du 20
e siècle, des changements majeurs s’opèrent dans des régions éloignées comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean et l’Abitibi. Ces changements provoquent un développement rapide de ces régions basées sur l’exploitation des ressources naturelles. À partir de 1925, la Police provinciale doit envoyer des constables au Saguenay et en Abitibi pour y maintenir l’ordre. « Dans la plupart de ces régions, les constables ne sont pas établis en permanence, mais par alternance au gré des besoins et des saisons. À une exception près : l'Abitibi. » (Leclerc, 1989) C’est donc dans cette région éloignée que s’installe graduellement le premier détachement permanent de la Police provinciale hors de Québec et de Montréal.

Le peuplement de l’Abitibi s’effectue en deux phases : la phase rurale et la phase minière. La colonisation rurale commence dans les années 1910 avec la construction du chemin de fer National Transcontinental qui permet l’installation des premières paroisses agricoles et des premiers villages tels qu’Amos, La Sarre, Macamic et Senneterre. Cette colonisation agricole est également soutenue par l’exploitation forestière qui permet aux agriculteurs de travailler en forêt pendant les longs mois d’hiver pour compléter leurs revenus.

Quant à la colonisation minière, elle commence dans les années 1920 et se fait le long de la Faille de Cadillac. Le tout s'amorce avec la découverte d’importants gisements d’or et de cuivre par Edmund Horne sur les rives du lac Osisko en 1921. Cette trouvaille provoque alors une ruée vers l’or en Abitibi. L’arrivée massive d’aventuriers ainsi que de prospecteurs dans la région est à l’origine de l’apparition subite de villages de « squatters » tels que Rouyn, Val-d’Or et Roc-d’Or. De leur côté, les compagnies minières créent des villes qu’ils contrôlent entièrement afin de loger leurs employés et leurs cadres. C’est ainsi qu’on voit apparaître des villes comme Noranda, Bourlamaque et Malartic.

Les débuts de la Police provinciale en Abitibi-Témiscamingue

Une dichotomie s’installe entre les villes de compagnie et les villes de « squatters ». Les premières sont entièrement contrôlées par les compagnies; de l’urbanisme jusqu’à la gestion de la vie courante. Les secondes s’établissent de façon chaotique jusqu’à leur incorporation en ville. Cet établissement aléatoire les rend propices à la prolifération de la criminalité, de l’alcool illégal et de la prostitution.

Devant la montée du fléau criminel en Abitibi, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer une présence policière dans la région de Rouyn. C’est en 1925 que la Police provinciale répond aux demandes successives de l’abbé Lévesque, en mission à Rouyn au début de la même année, et de la compagnie Rouyn-Dasserat Goldfield Ltd., propriétaire du site où se sont installés les « squatters ». Deux constables sont alors envoyés par la Division de Québec, Éphrem Bégin et Michael Tobin. Ils prennent tout d’abord le train à Québec pour se rendre à Macamic. En attendant de pouvoir continuer leur chemin vers Rouyn, les deux constables entreprennent de recueillir des renseignements sur la vie et l’ambiance dans ce nouveau village. Ils demandent alors des renseignements auprès des villageois, du curé de la paroisse et de l’abbé Lévesques, de passage à Macamic. Selon une lettre du constable Bégin, tous à Macamic sont unanimes « […] Rouyn est une place très dure, sur tout [sic] les rapports […] il faudrait au moins 20 hommes et bien armés pour pouvoir faire une cause » (BAnQ, 08Y,P166,S1,D199,1925011).

C’est donc le 9 mars 1925 à 10 heures du matin que nos deux constables quittent Macamic à bord du traîneau du postillon Conrad Luneau. Accompagné dans leur voyage par l’abbé Lévesques, qui retourne à Rouyn pour une mission, ils arrivent le 10 mars en après-midi et ils mettent pied à terre devant l’Hôtel Osisko des frères Green. Selon les dires de l’abbé Lévesques, « Le tout Rouyn monté sur les bancs de neige assistait à l’arrivée. […] Les uns étaient contents, les autres moins. Les « bootleggers », les « gamblers », les tenancières furent mécontents prévoyant qu’un frein serait vite mis à leur important commerce. » (Leury, 1940, p.22)

Logés à l’Hôtel Osisko dès leur arrivée, les constables Bégin et Tobin entreprennent une tournée du village en uniforme le lendemain, question de faire comprendre à la population que la Police provinciale est maintenant présente. Le travail n’est pas facile pour les premiers policiers dans la région. Tout d’abord, ils sont aux prises avec une criminalité élevée. Selon leurs correspondances, il y a beaucoup de problèmes de prostitution, de jeux de hasard et d’alcool illégal dans la région. En effet, dans leurs lettres ils mentionnent la présence de 14 femmes de joie et l’arrivée par la poste de 25 sacs remplis de boisson pour une population d’environ seulement 300 personnes. À cette criminalité élevée, s’ajoutent des problèmes de communications avec le quartier général de la Division de Québec à certaines périodes de l’année telle le printemps où les chemins deviennent difficilement accessibles. Les premiers policiers ont également des problèmes logistiques puisqu’aucun poste de police ou prison n’existe à Rouyn à cette époque. D’ailleurs, ils se plaignent dans leurs rapports journaliers d’être obligés de recevoir les plaignants ou ceux qui ont des renseignements devant l’ensemble des clients de l’hôtel où ils vivent. Lors d’arrestations, ils doivent également garder à vue les prisonniers à l'hôtel et, puisqu’il n’y a pas de palais de justice à Rouyn, les transporter à Ville-Marie ou à Amos pour qu’ils soient jugés. Au bout de trois mois, les constables Bégin et Tobin sont remplacés par leurs homologues venus de Québec.

À partir de l’été 1925, les constables cantonnés à Rouyn vivent dans une maison de pension appartenant à Oliver Burke. Cette maison est située sur la rue Perreault, entre l’avenue Galipeau (aujourd’hui Larivière) et l’avenue Dufault (qui croisait la rue Perreault à l’époque). Ce n’est pas avant 1926 que les policiers provinciaux bénéficieront d’un poste de police et d’une prison. En effet, c’est entre le mois d’août et le mois d’octobre 1926 que la Police provinciale s’établit dans deux cabanes en bois ronds louées à la famille Dumulon. Elles sont situées sur les lots 56 et 57 juste à côté de l’ancien hôtel de ville et au coin de la rue Taschereau et de l’avenue du Portage. Trois policiers occupent ce premier poste de police à Rouyn : les constables de la Police provinciale John Power et Aimé Pettigrew ainsi qu’un inspecteur du Service de surveillance de la Commission des liqueurs.

La peur du communisme et la Patrouille de l’Abitibi

L’établissement des différents complexes miniers en Abitibi occasionne une colonisation cosmopolite de la région. Pour combler la grande demande d’ouvriers provoquée par le « boom » minier, les industries se tournent vers les immigrants de l’Europe de l’Est, travailleurs réputés dans le domaine minier. En plus des communautés canadienne-française et canadienne-anglaise, on voit donc s’établir d’autres communautés telles que les Finlandais, les Polonais et les Ukrainiens.

En réaction à la Grève générale de Winnipeg de 1919 et au bouillonnement ouvrier du début des années 1920 et 1930, le Canada se dote d’outils législatifs pour contrer ce type de désordre qualifié de « communiste ». L’implication du Parti communiste canadien dans les revendications ouvrières de l’époque étaye la peur du communisme qui s’installe au Canada. Rapidement, le Parti est considéré par les autorités comme un élément prônant des activités séditieuses et est déclaré illégal. Sa participation aux revendications du prolétariat en Abitibi et sa popularité parmi les immigrants récents, notamment ceux originaires d'Ukraine et de Finlande, pousse la Police provinciale à revoir son déploiement dans cette région.

C’est donc en 1932 que l’organisation décide d’établir d’une façon permanente son détachement en Abitibi. Pour ce faire, on octroie le nom officiel de « Patrouille de l’Abitibi » au détachement et on l’installe dans un nouveau bâtiment situé au coin de la 2
e Avenue (aujourd’hui l’avenue Murdoch) et de la 8e Rue à Noranda. Un sous-officier est également déployé pour prendre en charge le détachement, il s’agit du sergent d’état-major Kenneth Turnbull. La Patrouille de l’Abitibi devient ainsi le premier poste permanent de la Police provinciale à l’extérieur des grands centres de Montréal et de Québec.

La Patrouille de l’Abitibi est rapidement mise à l’épreuve par trois événements marquants en trois ans. En 1932, la manifestation du Premier mai (Journée internationale des travailleurs) prend la tournure d’une émeute à Rouyn et à Noranda lorsque les manifestants refusent d’obéir aux forces de l’ordre et que le chef Lapointe de la police municipale de Rouyn est atteint par un projectile d’arme à feu. La Patrouille de l’Abitibi procède alors à une enquête sur les événements qui aboutit à l’arrestation de plusieurs personnes qualifiées de communistes. La crainte de débordements similaires lors de manifestations futures pousse le sergent d’état-major Turnbull, en collaboration avec le chef Lapointe, à faire fabriquer des bâtons de contrôle de foule pour ses constables.

En 1933, de nouveaux troubles surviennent dans la région de Rouyn. Ce sont les bûcherons de la Canadian International Paper Company (C.I.P.) du district de Clérion qui entrent en grève à la fin de l’automne. La chute du prix du bois depuis le milieu des années 1920 et le krach boursier de 1929 poussent les compagnies forestières à trouver des solutions pour diminuer leurs pertes. Partout en province, les bûcherons subissent des diminutions de salaire et une détérioration de leurs conditions de travail. Constatant la présence d’une certaine grogne chez les bûcherons du district de Clérion, quelques représentants syndicaux d’obédience communiste, provenant du nord de l’Ontario, se présentent dans les camps forestiers et prônent la grève afin d’améliorer le sort des travailleurs. Leurs paroles trouvent alors écho chez plusieurs bûcherons de ces camps. Au début décembre 1933, environ 400 grévistes convergent vers les bureaux de la C.I.P. à Noranda pour faire valoir leurs revendications. Le rejet de leurs demandes par la compagnie et la réouverture des camps forestiers par cette dernière poussent les grévistes à former une ligne de piquetage sur la route menant auxdits camps. Le but de cette ligne de piquetage : empêcher les ouvriers et les briseurs de grève de se rendre dans les installations de la compagnie.

La Police provinciale, par l’intermédiaire du sergent d’état-major Turnbull, intervient verbalement plusieurs fois auprès des grévistes pour faire respecter la loi. Pour le sergent d’état-major Turnbull, cette grève doit se dérouler légalement ou elle ne se déroulera pas du tout! Il en informe d’ailleurs Baillargeon, un des membres du comité de grève, tel qu’il le rapporte dans son rapport : « I sternly rebuked Baillargeon, telling him that in so far as I was concerned, this particular strike was going to be conducted legally or else not at all, and that if I received any more complaints whatsoever in regard to the picket lines, I would immediately ban all picketeting. » (Province de Québec. « Rapport sur la grève des bûcherons … », 1934, p. 1) Malgré les interventions de la compagnie C.I.P. pour que la Police provinciale procède à des arrestations rapidement, le sergent d’état-major Turnbull tente de les éviter autant que possible tout en veillant à ce que la loi soit respectée. Cependant, en dépit de plusieurs avertissements de la Police provinciale, le 11 décembre, 200 grévistes se rassemblent sur la ligne de piquetage et empêchent les ouvriers de se rendre dans les camps. Le non-respect de la loi par les grévistes pousse le sergent d’état-major Turnbull à l’action. Il rassemble ses hommes, les armes de ses nouveaux bâtons de contrôle de foule et se dirige vers la ligne de piquetage. On amorce alors des discussions avec les grévistes pour les inciter à se disperser. Devant leur refus, le magistrat Tardif, accompagnant la Police provinciale, entame la lecture de l’Acte des Émeutes : « Notre Souverain le Roi enjoint et commande à tous ceux ici présents de se disperser immédiatement et de retourner paisiblement à leurs domiciles ou à leurs occupations légitimes sous peine d'être déclarés coupables d'une infraction qui peut être punie de l'emprisonnement à perpétuité » (Catta, 1985, p. 43). Trente-deux minutes suivant cette lecture, la Police provinciale se déploie. Des gaz lacrymogènes sont laissés dans la foule et les policiers interviennent. Soixante et onze personnes sont arrêtées et ramenées à Rouyn. Une partie des contrevenants sont transférés à Ville-Marie par avion pour leur procès alors qu’une autre partie est jugée à Rouyn et à Amos.

En 1934, la première grève de mineurs en Abitibi éclate à la mine Horne à Noranda. Elle portera le nom de « grève des Fros ». Seulement une partie des travailleurs de la mine sont impliqués, soit 300 des 1 400 employés. Ces grévistes sont majoritairement des travailleurs immigrants, d’où l’appellation de « Fros » (dérivé du mot
Foreigner), rattachés à la Mines Workers Union of Canada, syndicat affilié à la ligue communiste Workers Unity League. Leurs revendications : « […] reconnaissance du droit d'adhérer à un syndicat, observance de la journée de 8 heures sous terre, amélioration de la ventilation, réembauche des militants syndicaux congédiés, augmentation de 10 % des salaires et paiement du surtemps à taux et demi » (Gourd, 2021). Rapidement déclarée illégale par les autorités, la Police provinciale, la Gendarmerie royale du Canada ainsi que les corps de police municipaux de Rouyn et de Noranda interviennent auprès des grévistes. La grève des « Fros » est brisée en seulement 10 jours par de nombreux facteurs tels que : la présence massive des policiers, « […] la proclamation de la loi d'émeute, l'embauche de briseurs de grève parmi les chômeurs de la ville, l'arrestation des organisateurs du syndicat et le congédiement par la mine de centaines d'immigrants » (Gourd, 2021). Les grévistes n’obtiennent aucun gain lors de cette grève, cependant ils ouvrent la voie aux revendications ouvrières dans les mines de l’Abitibi.

Réorganisation à la Sûreté provinciale

Coup sur coup, plusieurs changements viennent chambouler la Patrouille de l’Abitibi. Le tout débute en 1936 par le déménagement du poste de Noranda dans une construction neuve située au 142, chemin Trémoy à Noranda, au coin de la 10
e Rue. Par la suite, la nomination du lieutenant-colonel Philippe-Auguste Piuze à la tête de la Police provinciale le 1er octobre 1937 ouvre la porte à des changements majeurs dans la structure de l’organisation. Le lieutenant-colonel Piuze s’inspire du modèle de la Gendarmerie royale du Canada et décide d’installer des postes et des avant-postes permanents dans plusieurs districts judiciaires de la province. Le but derrière cette décision est de diminuer les frais de déplacement du personnel et d’assurer une présence policière sur tout le territoire avec le moins d’hommes possible, tout en offrant un service efficace. Dans les régions de l’Abitibi et du Témiscamingue, cette expansion territoriale se traduit par la création de plusieurs postes et avant-postes. C’est donc à partir de 1937 que des détachements s’établissent dans les villes de Val-d’Or (temporairement à Sullivan, puis déménagé à Bourlamaque la même année), Amos, Kewagama (Cadillac), Malartic, La Sarre, Senneterre, Ville-Marie et Belleterre. À ces nouveaux détachements, s’ajoute celui de Noranda, toujours en fonction. C’est donc la fin de la Patrouille de l’Abitibi exclusive à Noranda.

La nomination de Marcel Gaboury à la tête de la Sûreté provinciale en février 1940 annonce encore de nouveaux changements au sein de l’organisation. Sous la gouverne du nouveau directeur, une réorganisation s’amorce et vient chambouler l’ordre établi en Abitibi depuis 1937. En effet, en plus d’une diminution du nombre de postes, le quartier général de la région est transféré à Amos et tombe sous la gouverne d’un lieutenant qui contrôle l’entièreté de l’Abitibi et du Témiscamingue. Ce lieutenant se rapporte directement à la Division de Montréal, car depuis le 1
er septembre 1938, la région de l’Abitibi est passée officiellement de la Division de Québec à celle de Montréal. Étant donné leur situation de régions éloignées, l’Abitibi et le Témiscamingue font chambre à part en matière de gestion des effectifs. Contrairement aux autres districts, les policiers travaillant en Abitibi et au Témiscamingue sont des résidents permanents de ces régions. Dans les autres districts, un système de roulement d’effectifs est mis en place, ce qui est considéré comme plus efficace par l’État-major de l’époque.

En 1942, les villes de Rouyn et de Noranda obtiennent leur district judiciaire : le district judiciaire de Rouyn-Noranda. Depuis leurs débuts, les deux villes sœurs sont sous la dépendance du district judiciaire de Pontiac mais possèdent également une relation particulière avec le district judiciaire d’Amos. En prenant en considération le tribunal installé dans l’hôtel de ville de Rouyn, la gestion des prévenus entre Rouyn, Amos et Ville-Marie (Pontiac) devenait chaotique. La création de ce nouveau district judiciaire simplifie la chose et mène à la construction d’un premier Palais de justice à Rouyn 13 ans plus tard. Inauguré en 1955, ce palais de justice héberge également la Sûreté provinciale et la Police des liqueurs dans de nouveaux locaux au sous-sol de l’édifice.

La création d’un district régional

Au début des années 1960, l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage apporte un vent de changement sur le Québec. La société est en pleine ébullition, et la Sûreté provinciale ne fait pas exception. Le nouveau directeur général, Josaphat Brunet, entreprend une réorganisation majeure de la Sûreté provinciale qui affecte également l’Abitibi-Témiscamingue. En effet, vers 1961, la région passe sous l’autorité de la Subdivision de Hull et transfère son quartier général d’Amos à Rouyn. Le choix de Rouyn fut judicieux, car en 1966, le gouvernement du Québec officialise la nomination de Rouyn-Noranda comme chef-lieu de la nouvelle région administrative du Nord-Ouest (ancien nom de la région administrative de l’Abitibi-Témiscamingue). « Les principaux atouts qui ont joué en faveur de Rouyn-Noranda sont l'importance de sa population, sa position géographique au cœur de la région et son rôle de carrefour des communications entre le Témiscamingue, la zone minière de la Faille de Cadillac et l'Abitibi rural [sic]. » (Laquerre, 2021) Depuis le début des années 1960, le quartier général de la région est situé à Rouyn-Noranda sauf pour un intermède d’un an, en 1970, où le quartier général est déplacé à Val-d’Or. Par ailleurs, en1968, juste avant ce transfert, l’organisation déménage ses effectifs du Palais de justice de Rouyn à l’ancien Hôtel Georges situé au 87, rue Gamble Ouest à Rouyn.

« En 1968, une étude administrative d’envergure est confiée à la firme Raymond Ducharme et associés. Le mandat : proposer la mise en place d’une expertise administrative moderne à la Sûreté du Québec et façonner une ‘’force policière à caractère professionnel’’. Le rapport principal est publié le 17 juillet 1968. Celui-ci […] recommande [notamment] la création de trois niveaux hiérarchiques. Le niveau d’administration centrale déterminerait les grands objectifs de la Sûreté du Québec et approuverait les politiques élaborées par ses services spécialisés. Le niveau régional, appelé district, jouirait d’une grande autonomie de gestion opérationnelle et administrative, en plus de disposer de ressources suffisantes pour répondre rapidement et adéquatement aux besoins régionaux. Enfin, à l’échelle locale, le poste, qui deviendrait le premier niveau d’intervention où seraient concentrés les services de première ligne, serait chargé d’assurer la protection du territoire et de répondre aux besoins de la population. » (Beaudoin, 2024)

Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec s’emploie donc à mettre en œuvre les recommandations du rapport Ducharme. Après une période d’essai dans les districts pilotes du Bas-Saint-Laurent et de l’Estrie, c’est à l’ensemble de la province que le modèle est appliqué. En 1973, on inaugure donc les autres districts. Dans le cas de l’Abitibi-Témiscamingue, le district est inauguré le 16 juillet 1973 sous le nom de District du Nord-Ouest.

Dans les années 1970, le développement hydro-électrique du Nouveau-Québec vient modifier la desserte de la Sûreté du Québec dans cette région. La Sûreté provinciale établit ses premiers postes au Nouveau-Québec à Fort-Chimo (1962) et Poste-de-la-Baleine (1965). Un troisième poste est établi en 1973 à Fort-Georges. Ces trois postes sont hiérarchiquement situés sous la Division ou le District (selon l’époque) de Montréal jusqu’en 1976. La signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois en 1975 provoque un changement de structure au sein de la Sûreté du Québec. En 1976, l’organisation décide de regrouper les postes de l’Ouest québécois concernés par la Convention sous le District du Nord-Ouest. Les postes de Poste-de-la-Baleine et Fort-Georges passent donc sous l’égide de Rouyn-Noranda. Pour sa part, le poste de Fort-Chimo passe du District de Montréal au District de la Côte-Nord la même année. Fait intéressant, la création du Service de sécurité publique de la municipalité de la Baie-James en 1972 et l’ampleur du projet hydro-électrique de la Grande Rivière, poussent la Sûreté du Québec à déménager le poste de Fort-Georges à Radisson le 18 mai 1976. En 1979, la Sûreté du Québec change le vocable du poste de Fort-Chimo en « poste de Kuujjuaq » et le transfère au District du Nord-Ouest.

Au tournant des années 1980, quelques changements sont effectués en Abitibi-Témiscamingue. En 1978, un nouveau déménagement du poste de Rouyn et du quartier général du District du Nord-Ouest est effectué. Les bureaux de la Sûreté du Québec à Rouyn passent de l’ancien Hôtel Georges à l’ancien bâtiment de l'École des infirmières de Rouyn et Noranda situé au 1, 9
e Rue à Noranda. En 1981, c’est le nom du district qui change. Pour se conformer au changement du nom de la région administrative de l’Abitibi-Témiscamingue et pour refléter l’ajout de la région administrative du Nouveau-Québec dans le district, ce dernier prend le nom de District de l’Abitibi-Témiscamingue et Nouveau-Québec. C’est le début de l’utilisation du fameux acronyme A.T.N.Q. qui perdure encore aujourd’hui.

En 1998, on procède une nouvelle fois à un changement de nom pour le district. Il devient le District de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord du Québec. Cette nouvelle appellation s’arrime avec le nouveau nom de la région administrative du Nouveau-Québec, qui porte le nom de Nord-du-Québec depuis 1987.

« Au début des années 2000, l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » par le gouvernement du Québec modifie la desserte policière de la Sûreté du Québec. Les nouvelles mesures présentes dans cette loi, qui obligent les corps de police municipaux à offrir des services policiers d’un niveau requis par la population qu’ils desservent, poussent plusieurs municipalités à se tourner vers la Sûreté du Québec pour assurer une présence policière sur leur territoire. » (Beaudoin, 2024) C’est dans ce contexte que la Sûreté du Québec intègre trois corps de police municipaux en Abitibi-Témiscamingue. En 2002, ce sont le Service de police d’Amos et la Sécurité publique de Val-d’Or qui se joignent à la Sûreté du Québec. Puis, en 2003, c’est le Service de police de la Ville de Rouyn-Noranda qui est intégré dans le corps de police provinciale. En tout, ce sont 97 policiers et 23 employés civils qui ajoutent leur expertise à l’organisation.

En 2000, un nouveau bâtiment gouvernemental est construit à Rouyn-Noranda pour accueillir le quartier général du district qui quitte ses locaux du 1, 9
e Rue. Situé au 205, boulevard Rideau, le nouveau bâtiment accueille également le poste de Rouyn-Noranda lors de l’intégration du corps de police municipale de la ville en 2003.

L’Abitibi-Témiscamingue au sein du District Nord

« En 2016, une nouvelle réorganisation des districts est entreprise. L’organisation territoriale de la Sûreté du Québec passe de dix districts et quinze régions à quatre districts et huit régions. Cette nouvelle structure permet l’optimisation des processus et l’élimination de la gestion en silos qui étaient devenus l’apanage de l’ancien régime. » (Beaudoin, 2024) En Abitibi-Témiscamingue, ces changements se traduisent par la fusion de trois districts en un seul. Les districts de l’Abitibi-Témiscamingue – Nord-du-Québec, du Saguenay – Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord deviennent le District Nord. L’Abitibi-Témiscamingue devient alors une région du nouveau district et conserve son quartier général de région à Rouyn-Noranda. Cependant, le quartier général du district déménage à Saguenay.

L’histoire de la Sûreté du Québec en Abitibi-Témiscamingue est une histoire de résilience, d’adaptation et de passion. À travers les époques, les policiers déployés ont dû faire preuve de résilience face aux défis d’une région en pleine colonisation où tout était à faire. Ils ont été obligés de s’adapter aux différents changements vécus au fil du temps et aux grandes distances à parcourir dans le cadre de leur travail. Mais surtout, ils ont eu une passion certaine pour la région et pour sa population.

La Sûreté du Québec en Abitibi-Témiscamingue, c’est plus de cent ans de sécurité civile.


François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2025

Les policières à la Sûreté du Québec

L’intégration des femmes dans les forces policières au Québec marque un tournant historique, à la fois pour les institutions de sécurité publique et pour la société québécoise. Avec leur arrivée progressive dans les rangs policiers, les femmes ont contribué non seulement à diversifier les effectifs, mais également à modifier la culture organisationnelle des corps policiers. Cette transformation a remodelé un domaine autrefois perçu comme exclusivement masculin.

Au-delà de leur présence, les policières ont joué un rôle déterminant d’innovatrices, notamment dans les domaines du service à la communauté, de la prévention du crime, de l’aide aux victimes de violences sexuelles et conjugales, de la communication active et de la désescalade de la tension dans la gestion de crises. Elles ont aussi progressivement fait leur place dans des postes de cadres intermédiaires et de direction, souvent contre vents et marées, en redéfinissant les standards du leadership dans un environnement encore marqué par des résistances culturelles.

Intégration progressive des femmes dans la sécurité publique

Au Québec, les femmes civiles intègrent la Police provinciale dès 1920, mais leur rôle se limite au travail de bureau. En 1925, la Police provinciale embauche des matrones, surnommées également femmes de peine, pour assurer la fouille, l’escorte et la garde des prisonnières. Toutefois, elles ne disposent d’aucun pouvoir d’arrestation ni du droit de porter une arme à feu. Elles travaillent dans les établissements de détention pour femmes de Montréal et de Québec et sont payées à la journée. À partir de 1962, leur poste devient permanent. Elles reçoivent alors le même uniforme que les autres membres de l’organisation, à l’exception de l’écusson d’épaule distinctif les identifiant comme matrones.

Le 17 juin 1975, durant l’Année internationale de la femme et dans un moment charnière du féminisme québécois, Nicole Juteau devient la première policière embauchée par la Sûreté du Québec. Pourtant, le règlement n
o 7 de la Commission de police du Québec sur les normes d’embauche des policiers ne prévoit pas l’embauche de femmes, exigeant qu’un policier soit un homme d’au moins 5 pieds 8 pouces et de 140 livres. Ce règlement la prive d’exercer pleinement ses fonctions jusqu’à ce qu’il soit modifié, le 21 août 1975. En attendant, elle est cantonnée au travail de bureau jusqu’à son assermentation le 11 septembre 1975, devenant alors la première policière québécoise investie des mêmes devoirs et pouvoirs que les policiers masculins.

Ailleurs au Québec, le Service de police de Gatineau-Métro est le premier à suivre la Sûreté du Québec en embauchant une policière le 22 octobre 1975, suivi du Service de police de la Communauté urbaine de Montréal le 11 juin 1979, puis du corps de police de la Ville de Québec, qui accueille ses deux premières policières en 1980. Par effet domino, ces embauches favorisent progressivement l’intégration des femmes dans les corps policiers municipaux du Québec.

Au Canada, la Police provinciale de l’Ontario assermente ses premières policières le 21 juin 1974. La Gendarmerie royale du Canada assermente 32 femmes à travers le Canada le 16 septembre 1974, et la Force constabulaire royale de Terre-Neuve fait de même le 15 décembre 1980.

Nicole Juteau : une pionnière dans la police québécoise

En 1972, Nicole Juteau amorce un parcours hors du commun en s’inscrivant en techniques correctionnelles au collège Ahuntsic, faute de pouvoir accéder directement au programme de techniques policières, alors interdit aux femmes. L’année suivante, elle intègre finalement le cursus policier, malgré les avertissements sur son avenir professionnel limité. On l’informe qu’aucun poste ne lui sera offert comme policière à la fin de sa formation et on lui fait signer un document de désengagement d’embauche.

En janvier 1975, Nicole Juteau ainsi que deux autres femmes sont admises à l’Institut de police du Québec. Malgré les inévitables ajustements d’intégration, elle se démarque durant sa formation, notamment dans les épreuves de tir, où elle obtient quatre étoiles, soit le niveau le plus élevé. Elle se révèle également aussi performante que ses collègues masculins dans les tests physiques, obtenant globalement la troisième position de sa cohorte.

Diplômée le 9 mai 1975 de l’Institut de police du Québec à Nicolet, elle assiste aux rencontres d’embauche des organisations policières. C’est la Sûreté du Québec qui la rappelle en juin 1975, tandis que ses deux collègues trouvent un poste comme agentes de la paix à la Baie-James, sans toutefois obtenir les pleins pouvoirs policiers.

Dès son arrivée à la Sûreté du Québec, Nicole Juteau fait face à des défis d’adaptation. Durant sa première année, elle doit prouver à la Sûreté du Québec que l’embauche d’une policière était le bon choix. Elle est d’ailleurs la seule femme à être embauchée cette année-là.

Envoyée au poste de Shawinigan après son assermentation, elle y travaille six ans comme patrouilleuse. À ses débuts, elle est accueillie froidement : peu de collègues veulent faire équipe avec elle, sauf le patrouilleur-enquêteur du poste, et certaines épouses de policiers s’opposent à sa présence. Toutefois, auprès de la population, l’accueil est plutôt favorable et les mentalités évoluent progressivement.

L’uniforme lui-même est inadapté aux femmes : chemise trop large qu’elle doit épingler au niveau de la poitrine, pantalon trop grand et cravate trop longue. Progressivement, les uniformes seront ajustés à leurs besoins.

Pionnière malgré elle, Nicole Juteau ne s’est jamais perçue ainsi. Son amour du métier a surpassé les défis rencontrés et elle n’aurait rien changé à son parcours. En 1999, lors du Colloque sur la femme policière « S’unir pour grandir ensemble » à l’Institut de police du Québec, elle a déclaré : « Malgré tout, j’avais choisi le plus beau métier du monde. Ma carrière a été toute ma vie; j’en suis sortie très gagnante et très forte. » Son parcours illustre sa passion pour son métier et sa détermination à surmonter les défis qui se dressaient devant elle.

L’embauche de Nicole Juteau a marqué un tournant en ouvrant la voie à des centaines de femmes policières, toutes animées par la passion de leur métier.

Une avancée sociale majeure : quand la police ouvre la voie

Il peut sembler paradoxal qu’un milieu historiquement marqué par des valeurs masculines ait été l’un des premiers à embaucher une femme dans une profession traditionnellement réservée aux hommes. Pourtant, cette initiative a contribué à convaincre la population québécoise que la mixité professionnelle était non seulement possible, mais souhaitable. Lors de l’assermentation de Nicole Juteau, le 11 septembre 1975, le directeur général de la Sûreté du Québec, Jacques Beaudoin, a souligné l’importance historique de cet événement, affirmant que l’organisation ouvrait un nouveau chapitre de son histoire. Malgré les défis qu’elle doit affronter, son arrivée est perçue comme une avancée nécessaire et bénéfique.

L’arrivée des femmes dans les forces policières a contribué à l’évolution de la profession et à un changement profond dans les attitudes et les mentalités, tant chez les policiers que dans la société. Leur présence a favorisé une meilleure acceptation sociale de leur rôle et a transformé le service à la communauté en intégrant des approches plus diversifiées.

Le Colloque sur la femme policière
de 1999 met en lumière l’apport indéniable des femmes : elles favorisent le dialogue dans les interventions, réduisent les tensions et modèrent l’usage de la force, contribuant ainsi à l’évolution des pratiques et des mentalités au sein des corps policiers.

Au fil des années, plusieurs femmes ont été des pionnières dans diverses fonctions policières, notamment au sein des services spécialisés. Elles ont également accédé aux grades d’officier, de lieutenante jusqu’à celui de directrice générale, brisant ainsi plusieurs plafonds de verre.

Leur cheval de bataille : ne bénéficier d’aucun traitement de faveur et être considérées comme les égales de leurs collègues masculins.

La représentativité des policières

En 1986, soit 11 ans après l’embauche de la première policière, le Québec compte, selon Statistique Canada, 336 policières, qui forment 2,5 % des effectifs. Les débuts sont donc modestes. À partir de 1990, on observe en moyenne une progression annuelle de 1 % de l’effectif féminin dans les services de police du Québec.

En 1988, un protocole d’entente est signé entre le ministère de la Sécurité publique, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Science ainsi que l’Institut de police du Québec, afin de créer une attestation d’études collégiales en techniques policières. Ce diplôme ouvre une voie d’accès plus rapide au métier et facilite l’intégration d’un plus grand nombre de femmes.

Le 1
er avril 2001 entre en vigueur la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans des organismes publics (RLRQ, c. A-2.01), qui oblige les organismes publics à offrir un programme d’accès à l’égalité en emploi à leur personnel. Les femmes font partie des groupes visés, aux côtés des Autochtones ainsi que des minorités visibles et ethniques. Cette mesure permet donc de recueillir des données probantes pour orienter les décisions. Depuis 2002, la Sûreté du Québec publie ainsi dans ses rapports annuels de gestion la progression de la représentativité des femmes au sein de l’organisation ainsi que leur évolution de carrière à travers leurs promotions en grade.

Selon les rapports annuels de gestion, entre 2002 et 2024, le taux moyen d’embauche des policières à la Sûreté du Québec s’établit à 30,7 %, soit en moyenne près de 71 nouvelles recrues féminines chaque année. En 2024, ce taux atteint 33,3 %. Sur la même période, la part des femmes au sein des effectifs globaux passe de 11 % à 28,2 %. En 2024, la répartition par catégories d’emploi montre que les officières représentent 14,6 % de l’ensemble des officiers, les sous-officières 29 % et les agentes 29,1 %. Ces progrès reflètent l’effet combiné des mesures de formation, des programmes d’accès à l’égalité et d’une volonté institutionnelle affirmée de suivre de près leur ascension dans l’organisation.

En somme, ce chemin, tracé par des pionnières comme Nicole Juteau, a non seulement modifié la composition des effectifs, mais a aussi contribué à faire évoluer la culture organisationnelle et la perception sociale du métier. Par leur passion, leur compétence et leur leadership, les policières ont enrichi les pratiques policières, notamment en matière de prévention, de communication active, d’aide aux victimes et de gestion des tensions. Il est vrai que certains défis subsistent, notamment des enjeux transversaux d’équité, tels que le plafond de verre, la conciliation travail-famille ou la prévention de la discrimination. Néanmoins, l’augmentation de leur représentativité s’accompagne d’un enrichissement des perspectives, contribuant à façonner une police plus inclusive, au bénéfice de toute la société.

Aujourd’hui, la reconnaissance de la place des femmes dans la police se poursuit. Lors des cérémonies d’assermentation, la directrice générale de la Sûreté du Québec, Johanne Beausoleil, rappelle avec fierté l’importance de la représentativité des femmes et réitère son engagement envers leur présence active.


L’embauche de la première policière au Québec est un événement historique inscrit au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.


Marie-Claude Blais, bibliothécaire archiviste, 2025

Cinémomètres et surveillance de la vitesse

Le contrôle de la vitesse sur les routes du Québec n’est pas l’apanage du 20e et du 21e siècle. Dès la première moitié du 19e siècle, avant même la création de la Police provinciale en 1870, des lois sont votées pour réduire l’allure des cavaliers et des attelages à certains endroits névralgiques, comme les grandes villes et leurs alentours ou les routes entourant les lieux de culte. Sans aucun moyen précis d’évaluer la vitesse des passants, les officiers de la paix doivent s’en remettre à leur observation et leur jugement, ce qui rend leur évaluation subjective et inégale. Une infraction pour le dépassement de la vitesse maximale prescrite par la loi, le trot ordinaire, est à l’époque punissable par une amende, ou lorsque le paiement est impossible, par un emprisonnement du contrevenant.

À partir du début du 20
e siècle, l’augmentation de la circulation automobile est fulgurante au Québec. Pour améliorer la sécurité routière, le gouvernement provincial légifère et impose des règlements et des limites de vitesse. Une « police de la route » est également créée en 1914. Sous la dépendance du département de la Voirie du Québec, elle a pour tâche de patrouiller le réseau routier de la province et de mettre en application les règlements et les limites de vitesse en vigueur sur les routes. L’évaluation subjective de la vitesse des usagers est cependant toujours en application. Sans outils spécialisés pour détecter la vitesse d’un objet en mouvement, les policiers doivent s’appuyer sur des méthodes réfutables et peu précises. La grosseur du nuage de poussière soulevé par une automobile sur un chemin de terre, le chronométrage du déplacement d’un automobiliste entre deux points fixes ou la vérification du temps parcouru entre deux barrières de contrôle routier comme aux entrées du parc des Laurentides ne sont que quelques exemples des moyens qui pouvaient être utilisés à l’époque.

En 1938, la Police de la route est intégrée à la Sûreté provinciale, mais les techniques de détection de la vitesse ne changent pas. Il faudra attendre les années 1960 pour voir apparaître un appareil scientifique et fiable au sein de l’organisation, et qui viendra révolutionner le domaine : le radar (
radio detection and ranging).

Inventé à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale, le radar est un appareil qui émet de façon régulière des ondes radioélectriques et qui collecte celles réfléchies par les objets rencontrés sur leur chemin. Fort utile pour repérer les avions et les navires ennemis durant le conflit, cette technologie militaire s’implante par la suite dans différents secteurs d’activité civils.

Arrive alors John Baker, un ingénieur qui a travaillé sur le radar durant le conflit. Il fait breveter un appareil de contrôle du trafic. Ce cinémomètre, jumelant la technologie du radar et l’effet Doppler, permet maintenant de déterminer la vitesse d’un objet en mouvement. Cette nouvelle technologie prometteuse s’implante tranquillement dans les différents corps de police nord-américains et aboutit finalement à la Sûreté provinciale en 1962. Pour la première fois, les patrouilleurs de l’organisation ont accès à un outil précis et fiable pour contrôler la vitesse des usagers de la route, améliorant ainsi la sécurité routière dans la province.

Les premières opérations radar de la Sûreté provinciale ont lieu à l’été 1962. Les patrouilleurs sont alors équipés d’un radar analogique et d’un appareil à charte graphique enregistrant les résultats captés par le radar. Le système, plutôt lourd, s’avère compliqué à installer et à manipuler. En plus du système de radar et de l’appareil à charte graphique, l’opérateur doit transporter une bouteille d’encre et un support en bois pour installer l’appareil ainsi qu’un niveau pour tout mettre en place. Par la suite, l’opérateur doit tester le radar à l’aide de diapasons de différentes longueurs d’onde. En 1963, devant la complexité de tout ce processus, l’École de police du Québec décide d’instaurer une formation d’opérateur de radar pour les policiers de la Sûreté provinciale. L’arrivée de cette nouvelle technologie au sein de la Sûreté provinciale procure une efficacité et une précision accrues lors d’opérations de surveillance de la vitesse. Elle offre également une preuve scientifique de l’infraction. Le radar fait partie des différentes innovations du milieu du 20
e siècle qui ont mené à la professionnalisation du métier de policier.

Après quelques années d’utilisation, l’organisation décide de retirer les appareils à charte graphique pour simplifier le travail des policiers. En effet, l’utilisation de cet appareil lors d’une opération radar requiert beaucoup de temps de travail administratif de la part du policier, ce qui réduit, par le fait même, le temps qu’il consacre à la surveillance de la circulation.

Devant l’évolution technologique des cinémomètres, la Sûreté du Québec décide d’utiliser une approche prudente pour éviter les retours en arrière. La première grande innovation des cinémomètres radar adoptée par l’organisation est l’affichage numérique. Apparu au cours des années 1970, l’affichage numérique simplifie la lecture de la vitesse par l’opérateur du radar, ce qui facilite le travail du policier et apporte une plus grande précision que la version analogique. C’est également durant les années 1970 que l’organisation se dote d’un premier cinémomètre radar portatif, soit de type pistolet : le Muni Quip T-3 de la compagnie Tribar Industries Inc.

Au tournant des années 1980, la Sûreté du Québec met à l’essai différents modèles d’un nouveau type de radar : le radar dynamique. Cette nouvelle technologie permet de capter la vitesse des véhicules non seulement lorsque l’autopatrouille est en position stationnaire, mais également lorsqu’elle est en mouvement. Une révolution pour l’époque puisqu’auparavant, le patrouilleur devait immobiliser son véhicule en bordure de la route pour effectuer une opération radar.

Au début des années 1990, une nouvelle technologie fait son apparition sur le marché et au sein de l’organisation : le cinémomètre laser. En utilisant un lidar (
light detection and ranging) qui projette des ondes lumineuses, ces appareils peuvent cibler directement une voiture, ce qui permet une identification précise et exacte du véhicule en infraction. De plus, puisque la technique utilisée n’est pas la même que pour le radar, le cinémomètre laser aide à déjouer les détecteurs de radar conventionnels, ce qui constitue un très grand avantage pour le patrouilleur à l’époque et encore aujourd’hui.

Les deux types de technologies coexistent toujours dans l’arsenal de la Sûreté du Québec. Leur utilisation est dictée par leurs forces et leurs faiblesses respectives. Certains modèles de cinémomètre sont plus utilisés en milieu rural, alors que d’autres le sont en milieu urbain ou encore, dans le cadre d’activités récréotouristiques.

En 2009, un nouvel outil de surveillance de la vitesse fait son apparition sur les routes du Québec : le cinémomètre photographique. Fruit de la collaboration de plusieurs organismes gouvernementaux et policiers du Québec, ce projet pilote devient permanent à partir de 2012. Le but de ces appareils est d’améliorer la sécurité sur les routes en ciblant des endroits reconnus accidentogènes et où il est difficile, voire dangereux pour les policiers d’effectuer de la surveillance.

L’implication de la Sûreté du Québec dans le projet est multiple. Celle-ci « […] gère le Centre de traitement de la preuve où s’effectuent notamment la gestion des appareils fixes et la vérification de leur bon fonctionnement, ainsi que la confection des rapports d’infraction généraux (RIG); ces rapports sont produits à partir des dossiers générés par tous les ACA [appareils de contrôle automatisés] installés. De plus, elle gère et coordonne les opérations policières liées à l’utilisation des ACA mobiles vitesse sur le réseau routier pour lequel elle assure la surveillance. Également, elle soutient et conseille les corps policiers municipaux dans leurs activités associées au projet pilote de coopération municipale. La SQ [Sûreté du Québec] assure aussi la formation de tout le personnel appelé à utiliser les différents équipements liés au contrôle automatisé. » (Direction générale de la sécurité et du camionnage, 2018, p. 93)

Pour la Sûreté du Québec, l’utilisation du cinémomètre n’a pas seulement une vocation répressive, mais elle peut également être un outil de sensibilisation. Un des exemples les plus récents est le recours, pour la première fois au printemps 2022, d’un radar vivant lors d’une opération de sensibilisation à l’importance de respecter la limite de vitesse dans les zones scolaires. Cet outil choc développé par la Société de l’assurance automobile du Québec et le Service de police de la Ville de Laval s’inscrit dans la philosophie de prévention, de sensibilisation et d’éducation prônée par la Sûreté du Québec.

Le concept est simple. Sous la supervision d’un policier, un enfant porte un sac à dos contenant un cinémomètre radar et arborant un panneau qui affiche la vitesse des automobilistes. À la vue de l’enfant, les conducteurs ont tendance à prendre conscience de leur vitesse et à ralentir instantanément.

Depuis longtemps, la surveillance de la vitesse sur les routes se veut un moyen d’améliorer la sécurité routière. Plusieurs techniques ont été utilisées au fil du temps, mais l’arrivée du cinémomètre bouleverse les façons de faire à la Sûreté du Québec. Que ce soit par la répression ou la prévention, le cinémomètre permet aux conducteurs de prendre conscience de leur vitesse et de diminuer les risques d’accidents sur la route.


François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2023

Les origines des mesures d’urgence à la Sûreté du Québec

Les mouvements de contestation populaires sont inévitables dans une société et le Québec n’y fait pas exception. Ces mouvements façonnent les sociétés, mais nécessitent souvent une intervention étatique pour éviter les débordements. De nos jours, la tâche incombe aux policiers, mais ce ne fut pas toujours le cas. Que ce soit sous le régime français ou sous le régime britannique, l’armée a souvent eu un rôle à jouer dans ce type de situation. À la ratification du Traité de Paris de 1763, alors que la France cède sa colonie d’Amérique du Nord à la Grande-Bretagne, Sa Majesté le roi George III émet une proclamation royale instaurant le droit criminel britannique dans sa nouvelle colonie. Par ce geste, le Roi uniformise le droit criminel dans ses colonies d’Amérique du Nord et rend applicable le « Riot Act » adopté en 1714 en Grande-Bretagne. Cette loi britannique permet l’utilisation de la force pour mater les émeutes et applique une sentence de mort aux émeutiers refusant de se disperser après la lecture de l’Acte par un représentant du gouvernement. À l’origine, cette loi se voulait une façon d’octroyer aux autorités civiles le pouvoir d’utiliser les représentants de l’ordre. Toutefois, elles ont rapidement pris l’habitude de demander aux troupes militaires de participer à la dispersion des émeutiers. Cette technique de contrôle social a été utilisée par les autorités civiles durant la période trouble du milieu du 19e siècle au Canada. Les troupes britanniques ont notamment été utilisées lors de l’émeute électorale à Montréal en 1832, lors du conflit entre les membres du Doric Club et des Fils de la liberté en 1837 ainsi que lors de l’incendie de l’hôtel du Parlement du Canada-Uni à Montréal en 1849. À la naissance de la Confédération du Canada en 1867, le « Riot Act » se retrouve d’office enchâssé dans le Code criminel du nouveau dominion. Il sera lu à de rares occasions par la suite, comme lors de la Grève des bûcherons de la Canadian International Paper à Rouyn en 1933, un événement auquel la Police provinciale prend part.

La militarisation du contrôle de foule est une facette importante du maintien de la paix au 19
e siècle. Or, au fil de la libéralisation et de la démocratisation de la société, ce mandat se démilitarise et tombe entre les mains du pouvoir civil. À la demande du gouvernement, la Police provinciale est alors de plus en plus mobilisée lors des événements marquants du milieu du 20e siècle. Des détachements sont envoyés lors des grandes grèves ouvrières telles que celles d’Asbestos (1949) et de Murdochville (1957), mais également lors de manifestation politique ou sociale. Les détachements sont alors composés de policiers issus de différentes branches de l’organisation (gendarmerie, police de la route, police judiciaire) à qui on donne une simple matraque en guise d’équipement. À cette époque, aucune unité ou formation spécialisée en contrôle de foule, aucune vision stratégique et aucune structure des mesures d’urgence n’existent de façon permanente dans l’organisation. On se contente de réagir aux événements en déployant des hommes pour tenter de maintenir l’ordre.

Il faut attendre la décennie 1960, une époque où la tension sociale est à son comble au Québec, pour que des changements s’amorcent au sein de la Sûreté provinciale. La société québécoise vit alors sa « Révolution tranquille » et est en pleine évolution. La présence de la Sûreté provinciale est donc requise lors de plusieurs événements d’envergure. Le déploiement massif de policiers à l’occasion de ces événements et les résultats mitigés de ces opérations permettent à l’organisation de constater différentes lacunes. Devant ces résultats, la Sûreté provinciale amorce une réflexion qui aboutit à un changement dans sa façon d’aborder les opérations policières d’envergure et à l’adoption d’un nouveau paradigme : les mesures d’urgence.

La tenue de l’Exposition universelle de 1967 à Montréal offre l’occasion à la Sûreté provinciale de tester quelques notions de mesures d’urgence. L’envergure de cet événement laisse entrevoir une affluence massive de visiteurs à Montréal. Une augmentation du nombre de policiers nécessaire dans la région métropolitaine est donc à prévoir. La Sûreté provinciale met en place, au quartier général à Montréal, un centre de contrôle et de coordination pour gérer les éventuels problèmes de circulation. Le local fonctionnel est également pourvu des moyens technologiques nécessaires à la réalisation de la mission. L’organisation instaure ensuite un commandement central, élabore un plan d’intervention et met sur pied de multiples équipes de travail.

À la fin des années 1960, une grande réorganisation administrative s’amorce à la Sûreté du Québec. La mise en application du rapport de la firme Ducharme vise à moderniser la gouvernance administrative et opérationnelle de l’organisation. Cette période de grands changements et de modernisation s’avère être une occasion idéale de mettre en place une philosophie et une structure en mesures d’urgence au sein de la Sûreté du Québec.

En 1969, le nouveau coordonnateur en circulation, l’inspecteur Yvan Aubin, obtient le mandat d’établir les concepts relatifs aux mesures d’urgence qui devront être intégrés à la Sûreté du Québec. L’inspecteur Aubin entreprend la phase de conception des mesures d’urgence à l’aide des Forces armées canadiennes et de leur expertise. Consciente de l’importance de la mobilité et de la préparation, l’organisation met sur pied ses deux premières unités d’urgence permanentes dès la première année du processus d’intégration. Les unités sont établies à Montréal et à Québec et comportent chacune deux pelotons. Les premières formations spécialisées en mesures d’urgence sont également données à l’interne à la Sûreté du Québec à partir de 1969. Malgré ces avancées importantes, le projet d’élaboration et d’adoption d’une philosophie et d’une structure en mesures d’urgence est ralentie par les différents événements majeurs prenant place au tournant des années 1970 tels que la grève des policiers du Service de police de Montréal et la Crise d’octobre.

Une première opération policière suivant les nouveaux concepts des mesures d’urgence est finalement organisée à l’été 1970 lors du Festival pop de Manseau. D’importants effectifs policiers sont déployés sur place pour le maintien de l’ordre. Malgré l’échec d’un point de vue événementiel, le Festival pop de Manceau s’avère un succès opérationnel et logistique pour la Sûreté du Québec.

Forte de son expérience positive de l’été 1970, l’organisation entreprend donc l’intégration définitive des mesures d’urgence. Le tout commence par l’élaboration d’un plan pour les mesures d’urgence par le Service de méthodes et le conseiller en circulation. On estime également que les deux unités d’urgence de Montréal et de Québec ne seront pas suffisantes pour répondre à la demande. On prévoit ainsi la mise sur pied d’unités d’urgence auxiliaires dans les futurs districts en cours de création. En août 1971, l’organisation met sur pied un comité des unités d’urgence présidé par le capitaine Jacques Beaudoin, chef du Service de la formation et du perfectionnement. Le comité reçoit alors le mandat de structurer et de former les futures unités d’urgence auxiliaires. Les formations sont offertes au camp Bouchard des Forces armées canadiennes à Blainville lors de l’hiver 1971-1972.

À l’été 1972, le conseiller en circulation perd le mandat des mesures d’urgence. Un premier conseiller autonome en mesures d’urgence est alors nommé, l’inspecteur Yvan Aubin. C’est le début d’une unité dédiée entièrement à la veille stratégique et à l’application de pratiques opérationnelle en mesures d’urgence au sein de la Sûreté du Québec. C’est d’ailleurs lors de cette même année que les premières directives sur les mesures d’urgence sont publiées. C’est également en 1972 que les premières unités d’urgence auxiliaires permanentes deviennent opérationnelles au sein des deux districts pilotes : les districts de l’Estrie et du Bas St-Laurent. Le déploiement des unités d’urgence auxiliaires permanentes sera achevé lors de l’ouverture des nouveaux districts en 1973. Ces unités seront par la suite abolies en 1995.

En 1974, la structure des mesures d’urgence est consolidée par de nouvelles directives définissant les rôles des intervenants. La même année, quatre pilotes du Service aérien du ministère des Transports sont mis à la disposition de la Sûreté du Québec de façon permanente. Ce changement maximise le recours aux deux hélicoptères utilisés par l’organisation, mais accroît également la mobilité des unités spécialisées lors d’opération. La Sûreté du Québec acquiert son premier poste de commandement mobile en prévision des Jeux olympiques de Montréal de 1976. Ce type de poste de commandement est un outil important pour la gestion des opérations. Il permet de déployer rapidement un centre de direction des opérations sur le terrain.

En 1976, les mesures d’urgence, récemment intégrées dans l’organisation, sont sollicitées pour une première grosse opération : l’opération Olympique 1976. Les Jeux olympiques de Montréal s’avèrent une occasion idéale pour la Sûreté du Québec de mettre en œuvre sa structure des mesures d’urgence. Plus de six villes au Québec accueillent des compétitions et 1 400 policiers de la Sûreté du Québec sont déployés dans la région métropolitaine seulement, mettant à l’épreuve la souplesse et l’adaptabilité de la structure des mesures d’urgence de la Sûreté du Québec. L’opération est une réussite sur toute la ligne. Les Jeux olympiques de Montréal sont encore aujourd’hui considérés comme étant parmi les jeux les plus sécuritaires de l’ère olympique moderne.

Au courant des années 1970-1980, l’offre de service de la Sûreté du Québec se diversifie de plus en plus et d’autres composantes spécialisées se joignent progressivement à l’équipe des mesures d’urgence. L’équipe est essentiellement constituée d’unités de contrôle de foule à ses débuts, puis s’ajoutent l’escouade canine en 1973, l’escouade de plongée sous-marine en 1979, le groupe tactique d’intervention de 1981 jusqu’au début des années 1990, et les techniciens en explosif de 1987 jusqu’à 2019. Plusieurs mandats sont également ajoutés aux unités d’urgence tels que la recherche et le sauvetage, la surveillance héliportée, le soutien en sécurité routière, la patrouille récréotouristique et bien plus.

Après la période d’établissement des années 1970, c’est la période d’amélioration et de bonification de l’offre de service en matière de mesures d’urgence qui débute. En 1981, on améliore la structure des mesures d’urgence en créant un premier centre de contrôle opérationnel permanent au Grand quartier général à Montréal. Tout au long des années 1980 et 1990, l’organisation offre de la formation continue aux différents acteurs des mesures d’urgence. La Sûreté du Québec travaille également à l’amélioration de la sécurité du public en offrant des formations de plus en plus spécialisées à ses employés tels que des formations en recherche terrestre (1998) et en recherche et sauvetage lors d’une avalanche (2002). L’organisation participe également à la mise en place du Plan national de sécurité civile issu de la Crise du verglas de 1998 et à Concerto, le programme d’exercices en sécurité civile du gouvernement du Canada (2003). En somme, la Sûreté du Québec tente continuellement d’améliorer la qualité et la rapidité de ses interventions en situation d’urgence.

Depuis ses débuts, les mesures d’urgence s’imposent comme un élément indispensable pour la Sûreté du Québec lors d’événements majeurs. La souplesse et l’adaptabilité de la structure des mesures d’urgence lui permettent d’être déployée lors de différentes opérations telles que tout type de manifestation ou de rassemblement (conflits de travail, rassemblements, manifestations avec risque de débordement), toute catastrophe ou tout désastre naturel (inondations, tornades, glissements de terrain) et tout type de recherches en forêt ou en montagne.

Les principes et la structure des mesures d’urgence de la Sûreté du Québec ont été déployés lors de nombreux événements marquants, dont la courte liste non exhaustive suivante :

1970 – Festival pop de Manseau
1970 – Crise d’octobre
1976 – Jeux olympiques de Montréal
1980 – Jeux olympiques de Lake Placid
1981 – Sommet du G7 à Montebello
1984 – Visite de Sa Sainteté le pape Jean-Paul II
1988 – Incendie d’un entrepôt de BPC à Saint-Basile-le-Grand
1990 – Incendie d’un dépotoir de pneus à Saint-Amable
1990 – Crise d’Oka
1996 – Déluge du Saguenay
1998 – Crise du verglas
2001 – Sommet des Amériques à Québec en 2001
2007 – Sommet des leaders nord-américains à Montebello
2008 – Sommet de la Francophonie à Québec
2012 – Manifestation étudiante
2013 – Accident ferroviaire de Lac-Mégantic
2014 – Incendie d’une résidence de personnes âgées à L’Isle-Verte
2018 – Sommet du G7 à La Malbaie
2020 – Pandémie de COVID-19
2022 – Visite de Sa Sainteté le pape François 1
er
2023 – Feux de forêt dans le nord du Québec
Inondations saisonnières sur le territoire du Québec


François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2024

Opérations majeures

Cette section examine certaines des opérations majeures ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.

Les opérations de sécurité planifiées par la Sûreté du Québec y sont présentées sous différentes facettes. On peut donc y retrouver des événements tels que la visite de dignitaires, la tenue de sommets et la présentation de grandes manifestations sociales ou sportives. Le rôle et l’implication de la Sûreté du Québec dans ces événements de grande envergure sont au centre de ces textes.

Création d'escouades ou de services spécialisés

Cette section plonge dans l’histoire, dans l’évolution et dans le quotidien des différentes unités ayant jalonné l’histoire de la Sûreté du Québec, bien souvent à partir de leurs débuts.

Nous y présentons les changements qu’a vécus chacune de ces unités, ainsi que la création de celles-ci et l’impact qu’elles ont eu sur l’organisation et le travail policier au Québec.

Crimes célèbres

Cette section regroupe l’histoire de crimes ayant marqué l’imaginaire québécois. Pour que ces événements soient pris en compte, ils doivent avoir été fortement médiatisés, avoir eu un impact sur la société québécoise et avoir fait l’objet d’une enquête de la Sûreté du Québec.

Chaque texte présente l’implication de la Sûreté du Québec au travers d’une contextualisation historique, au cœur de l’enquête et des démarches judiciaires.

Personnages importants

Cette section illustre la carrière de différents personnages clés qui ont marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le cadre d’emploi du personnage n’est pas un facteur déterminant de son importance; ce sont plutôt les réussites, les réformes ainsi que les événements majeurs auxquels celui-ci a participé qui importent.

Événements majeurs

Cette section se penche sur les événements majeurs ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.

Dans ces textes, la Sûreté du Québec est en mode réaction face à des événements soudains, tels que des catastrophes naturelles, des crises ou des décès de masse. L’implication de la Sûreté du Québec dans ces moments d’urgence est cruciale pour sauver des vies et aider les citoyens en danger.

Alexandre Chauveau devient commissaire de la Police provinciale

8 mai 1880

Le juge Alexandre Chauveau est commissaire de la Police provinciale de 1880 à 1899.

Âgé de 33 ans lors de sa nomination, monsieur Chauveau demeure en poste durant près de 19 ans. Il est en même temps juge des sessions de la paix et, précédemment, avocat (1868), ministre (1870) et politicien (1872). Les sergents Édouard Harpe et Michael Burke le secondent. Le 7 mars 1916, il meurt à l’âge de 69 ans.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Grève de l’amiante à Asbestos

14 février 1949

Par sa durée et sa médiatisation, la grève à la Canadian Johns-Manville d’Asbestos, en 1949, dessine un portrait peu flatteur de la Sûreté provinciale. Pourtant, son déroulement n’est pas exceptionnel pour l’époque. Il rappelle d’autres conflits qui éclatent dans des petites villes dont la prospérité dépend directement d'une ou deux industries. La grève d’Asbestos devient l’étendard des opposants au gouvernement Duplessis, non seulement à cause des principes qu'elle défend (meilleurs salaires, cotisation syndicale, participation à la gestion), mais aussi par le mouvement inédit de sympathie qu'elle suscite dans le public, fort de l'appui d'une grande partie du clergé catholique et de la visibilité des médias. C’est pourtant un ouvrage publié en 1956 sous la direction de Pierre Elliott Trudeau, réunissant les textes des intellectuels engagés de l’époque, qui inscrit pour longtemps ce conflit dans la mémoire populaire.

Dans ce type de localité mono-industrielle, la solidarité locale autour des grévistes est plus forte qu’à Montréal et, conséquemment, les opérations policières plus observées et commentées. Systématiquement, l’arrivée des briseurs de grève embauchés par les employeurs provoque des violences et des demandes d’intervention. Avant 1930, la Sûreté provinciale peut envoyer, tout au plus, une quinzaine de policiers sur le terrain. Le renforcement de la gendarmerie et l’intégration partielle des autres corps de police en 1938 donnent ensuite au gouvernement une force importante prête à être mobilisée en cas de conflits majeurs.

Le scénario des interventions de la Sûreté provinciale dans ce type de conflit ouvrier se répète de façon presque monotone. Les policiers sont envoyés par le département du Procureur général avec ou sans l'accord des autorités locales. Ils s'installent ensuite sur les propriétés de la compagnie. Leurs efforts pour empêcher la formation de lignes de piquetage et faciliter l'entrée des briseurs de grève finissent par provoquer des heurts avec les grévistes. Le conflit s'éternise, et il suffit de quelques incidents pour que se déclenche une guerre ouverte dont les conséquences sont l'envoi de renforts et le durcissement des mesures répressives.

Les arrestations qui s'ensuivent ont pour effet d'envenimer le conflit et de convaincre la population ouvrière de la partialité des forces de l'ordre. Chaque fois, l'image de la police gouvernementale, bras armé de l'État provincial, sort ternie auprès de la population locale liée par le travail ou la famille avec les grévistes. Dans tous les cas, l’attitude hostile ou tolérante des gouvernements envers les syndicats influence la stratégie policière et l’issue du conflit. Comme dans toutes opérations, la stratégie des officiers qui dirigent les opérations sur place a aussi un impact déterminant.

L'intransigeance manifestée par le gouvernement Duplessis face aux revendications syndicales ne se dément pas au cours des années d'après-guerre. Son parti pris pour les employeurs et les nombreux obstacles opposés à l'action syndicale créent un climat de confrontation qui alimente la violence des conflits ouvriers. C’est donc dans un climat social tendu que s’inscrit la grève d’Asbestos.

Amorcées en décembre 1948, les négociations entre la Fédération de l'industrie minière, affiliée à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada, et les compagnies minières de la région sont rompues au début de 1949. Le 13 février, les employés de la Canadian Johns-Manville d'Asbestos rejettent l'idée de recourir à l'arbitrage, car ce mécanisme joue rarement en faveur des ouvriers, et décident de déclencher un arrêt de travail bientôt déclaré illégal.

À cette époque, le Québec produit 85 % de l'amiante extrait dans le monde entier. Pour ne pas trop perturber la production mondiale d’amiante, la compagnie engage rapidement des briseurs de grève.

En février 1949, le gouvernement du Québec déploie un contingent de 114 hommes de la Sûreté provinciale pour ramener l’ordre, principalement des policiers de la route et des gendarmes des districts de Québec et de Montréal. Les membres de l'État-major logent à l'Hôtel Iroquois, propriété de la compagnie qui assume les frais de séjour. Les hommes de troupe, pour leur part, séjournent dans des baraques aux limites de la ville. Évidemment, la présence des policiers ne fait qu’envenimer la situation. Au cours des mois qui suivent, ce sont environ 265 policiers de diverses branches de la Sûreté provinciale qui convergent vers la petite ville d’Asbestos, soit environ la moitié de l’effectif de la Sûreté provinciale sur le territoire provincial.

Le conflit stagne, et la ville oscille entre des moments de tranquillité et de tension, de manifestations et de calme plat. Tout au long de la grève, des accrochages et des arrestations musclées suivies de longs interrogatoires ont lieu, alors que l’appui aux grévistes augmente dans la population et même dans le clergé. La journée du 5 mai 1949 est particulièrement tendue. En riposte à une attaque contre quelques policiers, la Sûreté provinciale investit la ville, et ses 265 policiers procèdent à l’arrestation de 135 grévistes.

La grève prend fin le 1
er juillet 1949 grâce à la médiation de monseigneur Roy. Malgré la mobilisation syndicale et l’appui populaire, les grévistes n’obtiennent pas de concessions intéressantes. Les maigres résultats du conflit n’empêchent toutefois pas la grève d’Asbestos d’être reconnue comme un marqueur à la fois de son époque et de la mémoire populaire, jouant ainsi un rôle crucial dans l'esprit des intellectuels québécois au cours des années qui mènent à la Révolution tranquille.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Création de l'escouade canine

1er janvier 1973

Bien que l’escouade officielle des maîtres-chiens à la Sûreté du Québec ait été créée en 1973, les chiens policiers étaient utilisés par l’organisation dès 1962. Les deux premiers maîtres-chiens sont le caporal Jacques Laferrière et le sergent Georges Clark, qui sont respectivement basés à Saint-Hubert et à Québec. Le sergent Clark quitte l’organisation quelques mois plus tard et est remplacé par l’agent Gilles Aubin. Jusqu’en 1971, seulement deux maîtres-chiens seront en service dans la province.

À cette époque, les maîtres-chiens portent le même uniforme que celui des autres policiers. Ils ont un véhicule de type familial et reçoivent une prime de 1,50 $ par jour pour compenser la perte de terrain occasionnée par l’installation de la niche sur leur propriété.

L’utilisation de chiens policiers à la Sûreté du Québec est temporairement abolie en 1971, mais aussitôt rétablie en 1973 lors de la création officielle de l’escouade cynophile. Pour l’occasion, de nouveaux maîtres-chiens sont formés, dont l’agent Fernand Yelle et son chien, Rex, ainsi que deux autres agents. Fort de ses connaissances et de son expertise, l’agent Yelle forme la majorité des maîtres-chiens de la Sûreté du Québec à partir de 1977, jusqu’à son départ en 1990. Maître-chien durant 17 années, Yelle est le policier ayant occupé cette fonction le plus longtemps dans l’histoire de l’organisation.

Durant les années 1980, la Sûreté du Québec souhaite avoir l’exclusivité sur la formation de ses maîtres-chiens. Ainsi, dès 1981, les maîtres-chiens de l’organisation commencent à se rencontrer sur la base militaire de Farnham pour échanger leurs expériences et leurs techniques. Cette même année, l’escouade canine de Montréal forme son premier chien spécialisé en explosifs.

Ce n’est cependant qu’en 1990 qu’un premier complexe d’entraînement et de formation de chiens adaptés au travail policier est installé à Saint-Hubert. Ce sont les policiers de la ville de Québec qui s’en servent en premier en 1990, suivis de la Sûreté du Québec en 1993 et du Service de police de Montréal en 1995. L’expérience est toutefois de courte durée puisqu’en 1999, le poste d’instructeur-chef maître-chien est aboli et les nouveaux maîtres-chiens sont désormais formés par la Police provinciale de l’Ontario ou la Police d’État du Vermont.

En 2000, nous voyons l’entrée d’une première femme dans la fonction de maître-chien, l’agente Chantale Noël, avec son chien Jess. Cette dernière œuvrera six ans comme agente et quatre ans comme responsable de l’escouade.

Durant les années 1990, l’organisation compte neuf équipes de maîtres-chiens, dont six à Montréal et trois à Québec. En 2005, ce nombre est réduit à sept équipes, dont quatre à Montréal et trois à Québec.

Au fil des ans, l’équipe cynophile s’est illustrée dans plusieurs domaines tels que la détection de stupéfiants, la détection d’explosifs, la recherche et le sauvetage ainsi que la sécurité lors des grands événements ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. L’expertise ainsi acquise bénéficie à toutes les sphères opérationnelles de la Sûreté du Québec.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Pierre-Antoine Doucet devient commissaire de la Police provinciale

1er avril 1870

Le juge Pierre-Antoine Doucet est commissaire de la Police provinciale de 1870 à 1877.

Âgé de 55 ans au moment de sa nomination, monsieur Doucet demeure en poste durant sept ans. Il est greffier de la paix à Québec et membre du Bureau de police de la Ville de Québec avant de cumuler les fonctions de commissaire et de juge des sessions de la paix. Les surintendants Ludger-Napoléon Voyer et Henry Heigham sont ses adjoints. Il meurt en 1878.

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Joseph-Adrien Robert devient directeur général de la Sûreté provinciale

1er novembre 1965

Joseph-Adrien Robert est directeur général de la Sûreté provinciale de 1965 à 1968.

Âgé de 59 ans lors de sa nomination, monsieur Robert reste en poste pendant trois ans. Il est assisté par les directeurs généraux adjoints Roméo Courtemanche de 1966 à 1968 et Maurice St-Pierre en 1968, ainsi que par les directeurs adjoints Jean-Paul Dessureau à Montréal et Lucien Descent à Québec. Policier de carrière, il est d’abord constable à la Police provinciale en 1930 puis détective en 1934. Il quitte cet emploi en 1936. Il occupe le poste de chef de la police municipale de Hull pendant 25 ans, puis celui de directeur de la police de Montréal de 1961 à 1965. Il décède à l’âge de 63 ans le 26 mai 1970.

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Josaphat Brunet devient directeur de la Sûreté provinciale

15 août 1960

Josaphat Brunet est le dirigeant de la Sûreté provinciale de 1960 à 1965. Il porte le titre de directeur de la Sûreté provinciale jusqu’en 1961, puis directeur général de la Sûreté provinciale jusqu’en 1965.

Nommé à l’âge de 58 ans, monsieur Brunet assume le poste durant un peu plus de cinq ans. Il est secondé par le directeur général adjoint Léopold Trottier, à Montréal, et par les directeurs adjoints Jean-Paul Dessureau, à Montréal, et Lucien Descent, à Québec. Policier retraité de la Gendarmerie royale du Canada, il devient chef de la sécurité à la Banque canadienne nationale avant d’être nommé à la Sûreté provinciale, en août 1960. Il décède le 6 juillet 1974 à l’âge de 71 ans.

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Robert Lavigne devient directeur général de la Sûreté du Québec

1er novembre 1988

Robert Lavigne est directeur général de la Sûreté du Québec de 1988 à 1995.

Âgé de 46 ans lors de sa nomination en 1988, monsieur Lavigne occupe la fonction de directeur général pendant sept ans. Il entreprend sa carrière de policier à la Sûreté du Québec en 1962. C’est l’Abitibi-Témiscamingue qui l’accueille pendant une quinzaine d’années. À partir de 1977, il est successivement conseiller en police autochtone, commandant adjoint au district de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nouveau-Québec, commandant au district de l’Outaouais, responsable du Service de l’emploi et du placement à Montréal et responsable du Service des mesures d’urgence. En 1986, il est promu directeur général adjoint à la Surveillance du territoire puis, en 1987, adjoint exécutif du directeur général.

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Affaire Charles Marion

6 août 1977

C’est le 6 août 1977, dans son chalet à Stoke, que Charles Marion et son amie sont interpellés par deux individus masqués et armés. Ces derniers enlèvent Marion et séquestrent son amie. Les ravisseurs embarquent Marion dans une auto et laissent l’amie de ce dernier ligotée dans le chalet d’invité. Elle n’est retrouvée qu’environ 18 heures plus tard par la femme de Marion.

Les ravisseurs conduisent Charles Marion au milieu de la forêt et l’enferment dans un réduit aménagé sous terre dans la région de Gould. Il y passe plusieurs semaines dans des conditions atroces. Ses ravisseurs lui apportent peu de nourriture, mais beaucoup d’alcool et de tranquillisants pour l’aider à passer à travers sa captivité. En plus d’être face au manque de nourriture, il doit éloigner les mulots et les rats qui s’introduisent dans le réduit.

Après l’enlèvement, les ravisseurs soumettent une demande de rançon d’un million de dollars à l’employeur de Charles Marion, alors directeur de crédit à la Caisse populaire de Sherbrooke-Est. C’est à partir de ce moment que plusieurs communications s’établissent entre la Sûreté du Québec et les ravisseurs. La Sûreté du Québec mobilise près de 200 policiers pour tenter d’attraper les preneurs d’otage. Au fur et à mesure que les semaines passent, les exigences pécuniaires des rançonneurs diminuent.

Le 23 septembre, les journalistes Claude Poirier et Normand Maltais se rendent à Saint-Gérard pour déposer deux valises contenant du papier. Plusieurs policiers sont postés dans les environs pour attraper les ravisseurs. Le plan échoue, car personne ne vient chercher les valises. Six jours plus tard, le piège de la fausse rançon est tenté de nouveau. Lorsqu’ils se rendent compte que les valises ne contiennent aucun billet de banque, les preneurs d’otage tentent de s’échapper. Sitôt la fausse rançon récupérée, une vaste opération policière est mise en branle dans les Cantons-de-l’Est pour attraper les kidnappeurs. Malgré les effectifs importants mobilisés pour cette opération, les ravisseurs réussissent à se faufiler entre les mailles du filet.

Avec tous ces bouleversements et l’enlèvement qui s’éternise, des questionnements commencent à naître quant à l’implication réelle de Charles Marion dans ce ravissement. L’a-t-il orchestré lui-même? La question demeure en suspens au sein de la population.

Vers la fin du mois d’octobre, les ravisseurs finissent par demander une somme de 50 000 $ pour la libération de Charles Marion. Le fils de ce dernier, Pierre Marion, réunit péniblement la somme et, accompagné par un ami et un policier de la Sûreté du Québec, se rend dans la région de Cookshire pour déposer la rançon. Le lendemain, en soirée, Charles Marion est retrouvé près de l’aéroport d’East Angus, non loin de Sherbrooke.

Ce n’est qu’environ huit mois plus tard que les policiers mettent la main au collet d’un premier ravisseur. La police réussit à l’associer à l’enlèvement de Charles Marion à l’aide des billets marqués qu’il a en sa possession et qui ont servi pour la rançon. Au total, trois personnes sont déclarées coupables dans cette affaire.

Dès sa libération, Charles Marion réfute les allégations concernant son implication dans l’enlèvement. Cependant, ce n’est qu’à la fin des procédures judiciaires que la preuve de son innocence est établie. Malgré cette preuve, plusieurs personnes ont, pendant des décennies, continué à croire en l’implication de Charles Marion dans son propre ravissement. Il n’a jamais été capable de retourner travailler et il se suicide le 2 décembre 1999, 22 ans après son enlèvement.

Charles Marion a été séquestré pendant 82 jours; c’est l’enlèvement le plus long de l’histoire du Canada.

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