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Rasoir droit, 1870-1961
Assermentation de contingent, 1962
Isidore Poirier, 1899
Avis d’enlèvement de James Richard Cross, 1970
Grand quartier général à Montréal, 1968
Saisie de la Police des liqueurs, 1955
Abbé Lucien Ouellet, 1965
Véhicules d’urgence, 1989

Intégration de la Sécurité publique de Dolbeau-Mistassini à la Sûreté du Québec

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Les policières à la Sûreté du Québec

L’intégration des femmes dans les forces policières au Québec marque un tournant historique, à la fois pour les institutions de sécurité publique et pour la société québécoise. Avec leur arrivée progressive dans les rangs policiers, les femmes ont contribué non seulement à diversifier les effectifs, mais également à modifier la culture organisationnelle des corps policiers. Cette transformation a remodelé un domaine autrefois perçu comme exclusivement masculin.

Au-delà de leur présence, les policières ont joué un rôle déterminant d’innovatrices, notamment dans les domaines du service à la communauté, de la prévention du crime, de l’aide aux victimes de violences sexuelles et conjugales, de la communication active et de la désescalade de la tension dans la gestion de crises. Elles ont aussi progressivement fait leur place dans des postes de cadres intermédiaires et de direction, souvent contre vents et marées, en redéfinissant les standards du leadership dans un environnement encore marqué par des résistances culturelles.

Intégration progressive des femmes dans la sécurité publique

Au Québec, les femmes civiles intègrent la Police provinciale dès 1920, mais leur rôle se limite au travail de bureau. En 1925, la Police provinciale embauche des matrones, surnommées également femmes de peine, pour assurer la fouille, l’escorte et la garde des prisonnières. Toutefois, elles ne disposent d’aucun pouvoir d’arrestation ni du droit de porter une arme à feu. Elles travaillent dans les établissements de détention pour femmes de Montréal et de Québec et sont payées à la journée. À partir de 1962, leur poste devient permanent. Elles reçoivent alors le même uniforme que les autres membres de l’organisation, à l’exception de l’écusson d’épaule distinctif les identifiant comme matrones.

Le 17 juin 1975, durant l’Année internationale de la femme et dans un moment charnière du féminisme québécois, Nicole Juteau devient la première policière embauchée par la Sûreté du Québec. Pourtant, le règlement n
o 7 de la Commission de police du Québec sur les normes d’embauche des policiers ne prévoit pas l’embauche de femmes, exigeant qu’un policier soit un homme d’au moins 5 pieds 8 pouces et de 140 livres. Ce règlement la prive d’exercer pleinement ses fonctions jusqu’à ce qu’il soit modifié, le 21 août 1975. En attendant, elle est cantonnée au travail de bureau jusqu’à son assermentation le 11 septembre 1975, devenant alors la première policière québécoise investie des mêmes devoirs et pouvoirs que les policiers masculins.

Ailleurs au Québec, le Service de police de Gatineau-Métro est le premier à suivre la Sûreté du Québec en embauchant une policière le 22 octobre 1975, suivi du Service de police de la Communauté urbaine de Montréal le 11 juin 1979, puis du corps de police de la Ville de Québec, qui accueille ses deux premières policières en 1980. Par effet domino, ces embauches favorisent progressivement l’intégration des femmes dans les corps policiers municipaux du Québec.

Au Canada, la Police provinciale de l’Ontario assermente ses premières policières le 21 juin 1974. La Gendarmerie royale du Canada assermente 32 femmes à travers le Canada le 16 septembre 1974, et la Force constabulaire royale de Terre-Neuve fait de même le 15 décembre 1980.

Nicole Juteau : une pionnière dans la police québécoise

En 1972, Nicole Juteau amorce un parcours hors du commun en s’inscrivant en techniques correctionnelles au collège Ahuntsic, faute de pouvoir accéder directement au programme de techniques policières, alors interdit aux femmes. L’année suivante, elle intègre finalement le cursus policier, malgré les avertissements sur son avenir professionnel limité. On l’informe qu’aucun poste ne lui sera offert comme policière à la fin de sa formation et on lui fait signer un document de désengagement d’embauche.

En janvier 1975, Nicole Juteau ainsi que deux autres femmes sont admises à l’Institut de police du Québec. Malgré les inévitables ajustements d’intégration, elle se démarque durant sa formation, notamment dans les épreuves de tir, où elle obtient quatre étoiles, soit le niveau le plus élevé. Elle se révèle également aussi performante que ses collègues masculins dans les tests physiques, obtenant globalement la troisième position de sa cohorte.

Diplômée le 9 mai 1975 de l’Institut de police du Québec à Nicolet, elle assiste aux rencontres d’embauche des organisations policières. C’est la Sûreté du Québec qui la rappelle en juin 1975, tandis que ses deux collègues trouvent un poste comme agentes de la paix à la Baie-James, sans toutefois obtenir les pleins pouvoirs policiers.

Dès son arrivée à la Sûreté du Québec, Nicole Juteau fait face à des défis d’adaptation. Durant sa première année, elle doit prouver à la Sûreté du Québec que l’embauche d’une policière était le bon choix. Elle est d’ailleurs la seule femme à être embauchée cette année-là.

Envoyée au poste de Shawinigan après son assermentation, elle y travaille six ans comme patrouilleuse. À ses débuts, elle est accueillie froidement : peu de collègues veulent faire équipe avec elle, sauf le patrouilleur-enquêteur du poste, et certaines épouses de policiers s’opposent à sa présence. Toutefois, auprès de la population, l’accueil est plutôt favorable et les mentalités évoluent progressivement.

L’uniforme lui-même est inadapté aux femmes : chemise trop large qu’elle doit épingler au niveau de la poitrine, pantalon trop grand et cravate trop longue. Progressivement, les uniformes seront ajustés à leurs besoins.

Pionnière malgré elle, Nicole Juteau ne s’est jamais perçue ainsi. Son amour du métier a surpassé les défis rencontrés et elle n’aurait rien changé à son parcours. En 1999, lors du Colloque sur la femme policière « S’unir pour grandir ensemble » à l’Institut de police du Québec, elle a déclaré : « Malgré tout, j’avais choisi le plus beau métier du monde. Ma carrière a été toute ma vie; j’en suis sortie très gagnante et très forte. » Son parcours illustre sa passion pour son métier et sa détermination à surmonter les défis qui se dressaient devant elle.

L’embauche de Nicole Juteau a marqué un tournant en ouvrant la voie à des centaines de femmes policières, toutes animées par la passion de leur métier.

Une avancée sociale majeure : quand la police ouvre la voie

Il peut sembler paradoxal qu’un milieu historiquement marqué par des valeurs masculines ait été l’un des premiers à embaucher une femme dans une profession traditionnellement réservée aux hommes. Pourtant, cette initiative a contribué à convaincre la population québécoise que la mixité professionnelle était non seulement possible, mais souhaitable. Lors de l’assermentation de Nicole Juteau, le 11 septembre 1975, le directeur général de la Sûreté du Québec, Jacques Beaudoin, a souligné l’importance historique de cet événement, affirmant que l’organisation ouvrait un nouveau chapitre de son histoire. Malgré les défis qu’elle doit affronter, son arrivée est perçue comme une avancée nécessaire et bénéfique.

L’arrivée des femmes dans les forces policières a contribué à l’évolution de la profession et à un changement profond dans les attitudes et les mentalités, tant chez les policiers que dans la société. Leur présence a favorisé une meilleure acceptation sociale de leur rôle et a transformé le service à la communauté en intégrant des approches plus diversifiées.

Le Colloque sur la femme policière
de 1999 met en lumière l’apport indéniable des femmes : elles favorisent le dialogue dans les interventions, réduisent les tensions et modèrent l’usage de la force, contribuant ainsi à l’évolution des pratiques et des mentalités au sein des corps policiers.

Au fil des années, plusieurs femmes ont été des pionnières dans diverses fonctions policières, notamment au sein des services spécialisés. Elles ont également accédé aux grades d’officier, de lieutenante jusqu’à celui de directrice générale, brisant ainsi plusieurs plafonds de verre.

Leur cheval de bataille : ne bénéficier d’aucun traitement de faveur et être considérées comme les égales de leurs collègues masculins.

La représentativité des policières

En 1986, soit 11 ans après l’embauche de la première policière, le Québec compte, selon Statistique Canada, 336 policières, qui forment 2,5 % des effectifs. Les débuts sont donc modestes. À partir de 1990, on observe en moyenne une progression annuelle de 1 % de l’effectif féminin dans les services de police du Québec.

En 1988, un protocole d’entente est signé entre le ministère de la Sécurité publique, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Science ainsi que l’Institut de police du Québec, afin de créer une attestation d’études collégiales en techniques policières. Ce diplôme ouvre une voie d’accès plus rapide au métier et facilite l’intégration d’un plus grand nombre de femmes.

Le 1
er avril 2001 entre en vigueur la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans des organismes publics (RLRQ, c. A-2.01), qui oblige les organismes publics à offrir un programme d’accès à l’égalité en emploi à leur personnel. Les femmes font partie des groupes visés, aux côtés des Autochtones ainsi que des minorités visibles et ethniques. Cette mesure permet donc de recueillir des données probantes pour orienter les décisions. Depuis 2002, la Sûreté du Québec publie ainsi dans ses rapports annuels de gestion la progression de la représentativité des femmes au sein de l’organisation ainsi que leur évolution de carrière à travers leurs promotions en grade.

Selon les rapports annuels de gestion, entre 2002 et 2024, le taux moyen d’embauche des policières à la Sûreté du Québec s’établit à 30,7 %, soit en moyenne près de 71 nouvelles recrues féminines chaque année. En 2024, ce taux atteint 33,3 %. Sur la même période, la part des femmes au sein des effectifs globaux passe de 11 % à 28,2 %. En 2024, la répartition par catégories d’emploi montre que les officières représentent 14,6 % de l’ensemble des officiers, les sous-officières 29 % et les agentes 29,1 %. Ces progrès reflètent l’effet combiné des mesures de formation, des programmes d’accès à l’égalité et d’une volonté institutionnelle affirmée de suivre de près leur ascension dans l’organisation.

En somme, ce chemin, tracé par des pionnières comme Nicole Juteau, a non seulement modifié la composition des effectifs, mais a aussi contribué à faire évoluer la culture organisationnelle et la perception sociale du métier. Par leur passion, leur compétence et leur leadership, les policières ont enrichi les pratiques policières, notamment en matière de prévention, de communication active, d’aide aux victimes et de gestion des tensions. Il est vrai que certains défis subsistent, notamment des enjeux transversaux d’équité, tels que le plafond de verre, la conciliation travail-famille ou la prévention de la discrimination. Néanmoins, l’augmentation de leur représentativité s’accompagne d’un enrichissement des perspectives, contribuant à façonner une police plus inclusive, au bénéfice de toute la société.

Aujourd’hui, la reconnaissance de la place des femmes dans la police se poursuit. Lors des cérémonies d’assermentation, la directrice générale de la Sûreté du Québec, Johanne Beausoleil, rappelle avec fierté l’importance de la représentativité des femmes et réitère son engagement envers leur présence active.


L’embauche de la première policière au Québec est un événement historique inscrit au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.


Marie-Claude Blais, bibliothécaire archiviste, 2025

Uniformes et équipement policier à la Sûreté du Québec

Au cours de son histoire, l’uniforme de la Sûreté du Québec a connu plusieurs transformations. Différents facteurs tels que des réformes, un souci de confort et de sécurité ou encore la volonté de se différencier ont contribué à cette évolution. Pendant tout près d’un siècle, soit de 1870 à 1961, l’uniforme reste relativement stable, tant dans le modèle que dans le choix des couleurs. Durant les années 1960, l’uniforme est complètement révisé pour qu’y soient introduites les nouvelles couleurs organisationnelles, le vert et le jaune. En 2016, on assiste au grand retour du noir parmi les couleurs officielles de l’organisation. Ce grand retour est marqué par une nouvelle révision de l’uniforme utilisant la nouvelle couleur.

Lors de la création de la Police provinciale en 1870, les premiers gendarmes portent une tunique longue à col haut mi-fermé, un pantalon foncé, ainsi qu’un long paletot d’hiver noir. À cela s’ajoute la coiffure régulière, soit le casque
Bobby noir d’influence britannique, le ceinturon de cuir avec une arme à feu à gauche et une matraque en bois.

Au début du 20
e siècle, la tendance de la mode policière s’oriente davantage vers un képi cylindrique haut, appelé shako. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le port de ce képi est toujours de rigueur. Par la suite, le modèle de képi bleu adopté par l’organisation ressemble davantage à celui en vigueur de nos jours.

Dans le courant des années 1930, l’uniforme change quelque peu. La tunique bleue à col montant est toujours d’un bleu très foncé, mais elle est plus courte et plus stylisée. Cependant, l’adoption du ceinturon-baudrier
Sam Browne (général Sam Browne, 1824-1901) permet alors le port d’une arme à feu de façon plus stable, donc plus sécuritaire et confortable. À noter que les menottes ne font pas encore partie de l’équipement du gendarme et que, été comme hiver, le port du képi ou du couvre-chef en fourrure est de mise.

En 1938, lors du regroupement des quatre branches sous la Sûreté provinciale (Police des liqueurs, Police judiciaire, Police de la route, Gendarmerie), les divers uniformes ne subissent aucune modification. Les policiers, selon leur groupe d’appartenance, portent toujours des uniformes distincts.

Ainsi, l’uniforme de la Police des liqueurs est d’abord gris fer et ensuite bleu foncé. Ils portent également un képi assorti et un ceinturon-baudrier en cuir
Sam Browne. À l’occasion, ils portent une tenue civile, comme les enquêteurs de la Police judiciaire. Pour sa part, la Police de la route se dote d’un modèle copiant les militaires et la cavalerie. Ces agents, les spotters, sont vêtus d’une tunique vert kaki, issue de la Première Guerre mondiale, agencée à un pantalon de cavalerie vert kaki de style breeches. Pour compléter cet uniforme, il y a le képi à pointes, le ceinturon-baudrier en cuir brun Sam Browne, les gants de cuir brun à grande ouverture et, finalement, les bottes de cuir brun.

La politique concernant le port de l’uniforme et la tenue personnelle des policiers est sans équivoque, comme en témoigne cet extrait du code de discipline sur la tenue personnelle, dans les années 1940 :
« La tenue doit être exemplaire. Sur la route ou à un poste et partout en général quand en devoir, un agent ne doit pas s’appuyer au mur, s’asseoir ou se tenir nonchalamment avec les mains dans les poches. Il doit être à l’attention. Son képi doit être droit, sa tunique propre et bien boutonnée, et les bottes, boutons, matricule et insignes bien frottés tous les matins. Tous doivent se faire faire les cheveux trois fois par mois, coupe militaire. Il est de rigueur que tous se rasent chaque matin; s’être rasé la veille n’est pas suffisant. Ceux surtout qui entrent en service devront porter une attention toute particulière à ce dernier point et toujours s’y conformer. Tenez-vous propres aussi sur votre personne, afin que vos confrères n’aient pas à se plaindre de vous. »

Lors de la grande réforme de 1960, les uniformes distincts disparaissent. Pour symboliser la coupure avec le passé, un nouvel uniforme est implanté le 2 avril 1962 et le vert olive devient la couleur prédominante. L’uniforme est composé d’une tunique à col ouvert, d’une chemise sable, du ceinturon-baudrier noir
Sam Browne, d’un cordon sable, d’un képi vert et d’un pantalon décoré d’une mince bande latérale brun foncé.

Une seule exception à cette règle : l’uniforme bleu foncé (accessoires blancs et képi bleu foncé, remplacé par le casque colonial
Wolseley pour les grandes occasions) est conservé comme tenue d’apparat jusqu’en 1967, année de l’Exposition universelle de Montréal (Expo 67).

En 1975, un souci de sécurité et de confort vient modifier l’apparence de l’uniforme : le ceinturon de cuir perd le baudrier. Les chemises à manches courtes sans cravate font leur apparition en saison estivale pour remplacer les chemises à manches longues. Les insignes de grade en métal des officiers sont changés pour des insignes à barres en tissu. L’année 1975 voit aussi l’arrivée de la première femme policière, marquant les débuts d’un uniforme féminin à la Sûreté du Québec (jupe, coiffure, chaussures).

Le 6 octobre 1987 a lieu la présentation officielle des nouveaux uniformes régulier et d’apparat, confectionnés par le couturier montréalais Simon Chang. Il s’agit de modifications majeures à toutes les tenues. Le vert olive demeure la couleur principale, et les costumes sont plus modernes et plus fonctionnels. La tunique est plus ouverte à l’avant et est plus stylisée tout comme la chemise qui arbore des pattes d’épaule plus larges. Le képi est décoré d’une ligne jaune dans sa partie circulaire supérieure. Les accessoires de l’apparat, cordon et ceinturon, passent du blanc au jaune
. Ce nouvel uniforme est progressivement implanté et utilisé dans l’organisation.

En mai 1994, le nouvel écusson d’épaule est apposé sur les uniformes et la chemise est légèrement modifiée. En octobre 1998, une nouvelle tenue est confectionnée pour les officiers : la tunique de style militaire est remplacée par un veston droit vert olive qui arbore l’emblème de la Sûreté du Québec sur la poitrine. La chemise blanche accompagne la nouvelle tenue, ainsi que l’écusson d’épaule blanc (qui demeure sable pour les agents et sous-officiers).

En avril 2004, la Direction des relations internationales et du protocole présente une nouvelle tenue d’apparat, alliant le passé et le présent. Ce nouvel uniforme s’inspire en grande partie de la première tunique d’apparat de la Sûreté provinciale, alors de couleur bleue. La nouvelle tunique à col fermé est vert olive et sa coupe est classique et sobre, tout comme les ornements qui s’y ajoutent. Une bande jaune sur toute la longueur du pantalon s’apparente à celle que l’on retrouvait en 1970, alors noire et plus étroite. Le nouvel uniforme est créé par monsieur Frank Napoli de la Maison Cooper de Montréal, alors que le chapeau est une création de madame Manon Lortie, chapelière à Sainte-Luce-sur-Mer, dans le Bas-Saint-Laurent. Ce couvre-chef vert qui complète l’uniforme s’inspire du casque colonial
Wolseley blanc porté de 1933 à 1967.

En 2016, le nouvel uniforme est révisé. Les agents et sous-officiers portent le pantalon noir, le ceinturon noir, la chemise verte à manches longues et un gilet pare-balles noir ajustable avec l’emblème de la Sûreté du Québec bien visible (de nombreux compartiments permettent aux patrouilleurs de garder une multitude d’outils de travail en tout temps). Une nouveauté bien aimée : l’arme de service peut désormais se porter à la cuisse.

L’écusson d’épaule est noir (orné d’une mince ligne dorée pour les officiers). Les enquêteurs portent une tenue de ville propre en tout temps. Les spécialistes (les techniciens en scène de crime, les reconstitutionnistes, les techniciens en explosifs, les membres du Groupe tactique d’intervention et les maîtres-chiens) portent des tenues adaptées à leurs conditions de travail sur le terrain.

L’uniforme de la Sûreté du Québec a bien évolué depuis ses origines en 1870. Il a adopté la mode du temps et a subi les influences britannique et américaine. Le milieu militaire a aussi largement contribué au développement de l’uniforme. Les dirigeants étaient souvent issus de ce milieu et apportaient avec eux leurs goûts et expériences. Au 20
e siècle, les associations de chefs de police ont également influencé des changements à l’uniforme. La participation de nos dirigeants à ces organismes et leurs échanges permettaient de connaître toutes les nouveautés sur ce plan avec la promotion d’équipements policiers.

Encore aujourd’hui, de nombreuses traditions historiques sont bien visibles sur l’uniforme, et la fierté de le porter se partage par tous. De nos jours, le vert olive, la couleur dominante depuis 1962, est complémentée par le noir, couleur présente depuis la fin du 19
e siècle. La sobriété du noir est atténuée par l’utilisation des autres couleurs de l’organisation, le jaune, le doré (or) et le bleu azur. La combinaison du noir et de l’or signifie l’honneur et la longévité, et celle du noir et du bleu, le caractère paisible. La qualité des matériaux et leur durabilité sont de rigueur, ainsi que la continuité du modèle unisexe, à l’exception de certaines pièces exclusives à la tenue féminine. De plus, l’uniforme se veut adapté aux différents climats québécois. Depuis 1870, une différence nette est établie entre les uniformes des officiers, des sous-officiers et des autres membres, ce qui est un principe de reconnaissance universelle de la hiérarchie. Tout cela illustre le caractère remarquable d’une organisation de cette envergure.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Systèmes de télécommunication à la Sûreté du Québec

En 1925, en raison de l’accroissement du nombre de véhicules automobiles sur les routes du Québec, la Police de la circulation, rattachée au département de la voirie provinciale, est créée. Dès 1938, cette police est prise en charge par la Sûreté provinciale, aujourd’hui la Sûreté du Québec.

À cette époque, les appareils de radiocommunication dans les véhicules n’existent pas. Pour joindre les patrouilleurs, les postes doivent compter sur la collaboration de citoyens qui allument une ampoule, habituellement à l’extérieur de leur maison. Cela notifie le patrouilleur qu’il doit s’arrêter pour prendre un message, parfois urgent. La notion de gestion du temps de réponse est alors inexistante.

L’entrée en opération, en 1946, d’un premier système de communication radio constitue une innovation technique sans précédent. Les négociations avec la Northern Electric Company aboutissent d’abord à l’installation d’un poste central à Montréal, soit une tour de transmission avec antenne sur le mont Royal, et de postes secondaires dans la région environnante. Cette première phase s’étant avérée concluante, le district de Québec est équipé du nouveau système de communication radio en 1948.

En 1964, la Sûreté provinciale procède à l’installation d’un réseau provincial de radiotéléphone. Avec ce système, chacun des postes est relié à ses voitures de patrouille qui sont elles-mêmes reliées entre elles, sans risque d’interférences avec les autres postes. Contrairement au précédent système, le réseau de radiotéléphones permet aux divers postes et voitures de patrouille de communiquer entre eux via le quartier général de la division. Ce nouveau système est considéré à l’époque comme le plus perfectionné au monde.

Au début des années 1970, on procède à la modification des systèmes de communication déjà existants. Les systèmes de radio, précédemment autonomes, sont regroupés à des blocs radio reliés à des centres de raccordement. Les consoles dans ces centres permettent plusieurs nouvelles possibilités dans le domaine de la télécommunication. Les communications entre les services policiers deviennent plus rapides et, étant donné l’établissement de systèmes centralisés, plus efficaces. Ces modifications permettent également de rejoindre les hélicoptères, les embarcations de l’escouade de plongée sous-marine et les membres de l’unité de recherche et de sauvetage en forêt ou en montagne lors d’opérations.

À partir de 1973, la Sûreté du Québec commence une nouvelle modernisation des appareils radiophoniques dans ses voitures de patrouille. En effet, dès le mois de mai, l’organisation acquiert de nouveaux radiotéléphones qu’elle installe dans l’ensemble de ses véhicules de patrouille. Les nouveaux appareils ont des mécanismes tout inclus connectés à la voiture elle-même. En plus de servir de système de communication, le radiotéléphone permet la diffusion à l’extérieur de l’autopatrouille par des haut-parleurs et, lorsque le policier veut se faire entendre, des sons de sirène électroniques sont incorporés dans le système.

En 1994, la Sûreté du Québec met en service un nouveau réseau de communication pour ses voitures de patrouille. Le Réseau intégré de télécommunications policières apporte de grands changements dans la télécommunication à la Sûreté du Québec. Avec ce nouveau système, les appels des citoyens, à l’extérieur des heures de travail régulières, ne se retrouvent plus sur les ondes radio. Ces appels restent dans le réseau téléphonique et sont dirigés vers un des 13 centres de télécommunications qui répartissent par la suite les demandes d’interventions policières. Cette mesure permet une plus grande confidentialité des appels des citoyens ainsi qu’une diminution de l’achalandage des ondes radio. Le réseau permet également un contact constant des policiers avec la centrale, même lorsqu’ils se trouvent à l’extérieur de la voiture.

L’apparition et l’implantation dans les voitures de patrouille de radios de communication ont grandement changé la façon de travailler des policiers. Elle a permis une réponse policière plus efficace aux demandes des citoyens ainsi qu’une meilleure coordination des efforts policiers pour combattre le crime.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Couleurs et drapeaux de la Sûreté du Québec

Selon la Société française de vexillologie, « un drapeau représente bien davantage qu’une simple pièce d’étoffe. Il traduit de manière symbolique le message qu’une collectivité […] ou qu’une personne […] entend délivrer au monde environnant et dans lequel elle proclame ses valeurs fondamentales, ses croyances, sa culture, affirme son autorité et son rang, souligne son particularisme, en bref, révèle son identité profonde ».

Le domaine illustrant parfaitement l’importance que peuvent avoir les drapeaux est l’univers militaire. Grande utilisatrice de bannières et d’étendards depuis longtemps, l’armée y a recours pour l’identification visuelle des organisations militaires, mais également pour susciter la fierté et la cohésion nécessaires à l’efficacité opérationnelle. La Sûreté du Québec, par son état d’organisation paramilitaire, poursuit cette tradition ancestrale.

À ses débuts, la Police provinciale est composée d’un seul type de policier, le gendarme. Un emblème unique et un uniforme caractéristique semblent avoir suffi à identifier le corps de police et suscité fierté et cohésion en son sein. Dans la première moitié du 20
e siècle, l’organisation a évolué en intégrant le Bureau des détectives provinciaux (1922) et la Police de la route (1938). Malgré les fusions, la nouvelle Sûreté provinciale (depuis 1938) reste séparée en plusieurs branches et les uniformes gardent une couleur et une forme spécifiques à chacune d’entre elles.

C’est pour réunir une Sûreté provinciale plutôt hétéroclite sous une identité rassembleuse et un symbolisme fort que les dirigeants créent un drapeau à la fin des années 1950. On y appose ainsi l’emblème de l’organisation en son centre et on représente en canton l’archange saint Michel, patron universel des policiers, terrassant le dragon.

En 1962, dans la foulée des réformes des années 1960, on instaure un uniforme et une couleur unique, le vert, à tous les policiers de la Sûreté provinciale. Le but avoué de ce changement est d’unifier le corps de police et d’insuffler de la fierté à ses policiers. Cette nouvelle couleur, tout comme l’emblème, deviendra rapidement reconnue et identitaire pour l’organisation.

Le drapeau s’adapte promptement à cette nouvelle réalité. Dans les années 1970, le drapeau de la Sûreté du Québec se compose d’une bande verte au guindant et au flottant, ainsi que d’une bande blanche en son centre arborant l’emblème de l’organisation entouré de feuilles de laurier. Cette bande blanche est remplacée en 1980 par une bande jaune et par les emblèmes organisationnels subséquents ; par exemple, celui de 1983 affichant la devise de la Sûreté du Québec.

L’apparition d’un drapeau organisationnel et l’adaptation de celui-ci aux valeurs fondamentales et aux particularités de la Sûreté du Québec évoluant au fil du temps démontre l’importance qu’il revêt pour les employés travaillant sous son égide. Par le fait même, il joue son rôle en suscitant la fierté et la cohésion nécessaires à l’efficacité opérationnelle de l’organisation.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021

Structure organisationnelle et desserte policière au fil du temps

La création de la Confédération canadienne en 1867 bouleverse le partage des pouvoirs existant au Canada-Uni. Le premier texte constitutionnel du Dominion du Canada, « l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, 1867 », précise notamment que les provinces sont responsables de l’application des lois et du maintien de l’ordre sur leur territoire. Fort de ce nouveau pouvoir provincial, le premier ministre conservateur du Québec, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, présente, en novembre 1869, un projet de loi afin de créer un corps de police provincial. Inspirée par la proposition de loi de 1856 faite par John A. Macdonald, cette initiative de Chauveau a pour but de doter le gouvernement provincial d’une police pour appliquer les lois ainsi que pour contrôler les émeutes et les soulèvements sur l’ensemble de son territoire, la province du Québec.

« L’Acte pour établir un système général de police en cette province » est donc sanctionné par le gouvernement le 1
er février 1870. À ses débuts, la Police provinciale est non seulement une police gouvernementale, mais également une police municipale. La nouvelle loi ouvre effectivement la porte à l’établissement de détachements de la Police provinciale dans les municipalités. Une seule cité se voit dans l’obligation d’avoir recours à la nouvelle force de police : la ville de Québec. Au cours de ses premières années d’existence, la Police provinciale fait donc office de police municipale à Québec et déploie quelques détachements dans les municipalités de Sherbrooke, Hull, Lévis et Oka. En plus de ses devoirs municipaux, le corps de police provincial se voit attribuer des mandats gouvernementaux sur l’ensemble du territoire de la province. Malgré le déploiement de quelques détachements dans certaines municipalités, le gros de la force policière est stationné dans la ville de Québec, puisque Montréal n’accepte pas d’en faire sa police municipale.

En 1877, un conflit éclate entre la ville de Québec et le gouvernement provincial. En réponse à la hausse des frais d’entretien de sa police, le gouvernement demande à la ville de Québec d’augmenter sa contribution pour celle-ci. Devant le refus de la ville, le gouvernement abolit le service municipal de la Police provinciale, ce qui oblige Québec à reformer son corps de police municipal. Incapable de régler les problèmes de frais d’entretien de sa police, le gouvernement du Québec se décide à abolir la Police provinciale un an plus tard. De 1878 à 1883, le gouvernement provincial contracte une entente avec la ville de Québec pour l’utilisation de policiers municipaux, au besoin.

En 1884, l’inefficacité de l’entente avec la ville de Québec et la prise de possession des nouveaux édifices parlementaires poussent le gouvernement à remettre sur pied la Police provinciale. Plus modeste et avec des devoirs différents, cette nouvelle mouture s’établit à Québec, tout en conservant sa compétence sur l’ensemble de la province. À ce moment, le but avoué n’est plus d’avoir un système de police uniforme dans la province, mais de mettre sur pied une police gouvernementale qui peut répondre aux besoins spécifiques du gouvernement. Sous la ferrure du nouveau commissaire, Alexandre Chauveau, la nouvelle force de police provinciale se positionne comme un élément essentiel dans le paysage policier de la fin du 19
e siècle.

Depuis le début du 20
e siècle, le Bureau des détectives provinciaux de Montréal, entité indépendante de la Police provinciale, se charge des problèmes aigus de criminalité, principalement dans la région de Montréal. Mais, en 1920, l’affaire Blanche Garneau vient bouleverser l’ordre policier établi depuis une vingtaine d’années au Québec. Menée par les détectives provinciaux, l’enquête s’enlise et s’attire l’ire du public et de l’opposition politique. En réponse au courroux populaire, le gouvernement apporte, en 1922, des changements dans le domaine policier en intégrant le Bureau des détectives provinciaux de Montréal à la Police provinciale et en mettant sur pied une commission royale d’enquête sur l’administration de la justice.

Plusieurs changements s’opèrent alors au sein de la Police provinciale. L’intégration du Bureau des détectives provinciaux crée une nouvelle branche dans l’organigramme de la Police provinciale. Maintenant, en plus de la gendarmerie, l’organisation comprend la Police judiciaire, des policiers spécialisés en enquête. On établit également une nouvelle division à Montréal pour augmenter la présence du corps de police provincial dans l’ouest du Québec. Chacune des divisions a son État-major et relève directement du procureur général. C’est donc dire qu’à cette époque, la Police provinciale possède une direction conjointe entre les chefs des divisions de Montréal et de Québec. Cette direction conjointe est en vigueur jusqu’en 1932, à la mort du chef de la Division de Québec, Augustin McCarthy. À partir de ce moment, une seule personne assume officiellement la direction de l’organisation, mais officieusement, la Division de Québec conserve une importante autonomie jusqu’en 1961.

Durant les mêmes années, le paysage des corps de police provinciaux commence à se complexifier. À cette époque, on crée plusieurs corps de police indépendants pour surveiller l’application de différentes lois spécifiques. Dès 1914, des constables à motocyclette sillonnent les routes du Québec pour surveiller la circulation et appréhender les conducteurs en infraction. À partir de 1921, la Commission des liqueurs crée son Service de surveillance, qui deviendra plus tard la Police des liqueurs, pour faire appliquer la loi concernant la distribution, la fabrication et la vente d’alcool au Québec. Pour pallier la multiplication de polices gouvernementales, le gouvernement sanctionne en 1938 la « Loi relative à la Sûreté provinciale ». Cette nouvelle loi intègre la Police de la circulation et le Service de surveillance de la Commission des liqueurs à la Sûreté provinciale, qui deviennent les troisième et quatrième branches du corps de police provincial. Le Service de surveillance de la Commission des liqueurs est cependant défusionné en 1940 et restera indépendant jusqu’en 1961.

Parallèlement aux changements structurels vécus par la Police provinciale, une région nordique entame un boum minier qui aura une incidence fondamentale sur l’organisation. La découverte d’importants gisements d’or et de cuivre par Edmund Horne sur les rives du lac Osisko en 1921 provoque la ruée vers l’or en Abitibi. Caractérisé par l’apparition subite de villages et l’arrivée massive d’aventuriers ainsi que de prospecteurs dans la région, ce « Klondike » québécois est à l’origine d’une colonisation minière hétéroclite propice à la prolifération des conflits ouvriers, de la criminalité, de l’alcool illégal et de la prostitution. L’augmentation incontrôlable de cette « débauche » pousse la Police provinciale à mettre en place un détachement temporaire dès 1925. En 1932, ce dernier devient le premier détachement permanent à l’extérieur de Montréal et de Québec. Nommé « Patrouille de l’Abitibi », ce poste situé à Noranda est alors dirigé par le sergent d’état-major Kenneth Turnbull.

Forte de son succès en Abitibi, l’organisation entreprend, à partir de 1937, la création de plusieurs postes dans les différentes régions de la province. En 1940, un poste de pesée de la Police de la route est également ouvert aux abords de chacun des huit ponts qui ceinturent l’île de Montréal. Cette vague de création de postes permet à l’organisation d’occuper tous les comtés de la province pour la première fois de son histoire.

Au début des années 1960, l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage apporte un vent de changement sur le Québec. La société est en pleine ébullition, et la Sûreté provinciale ne fait pas exception. Le nouveau directeur général, Josaphat Brunet, entreprend une réorganisation majeure de la Sûreté provinciale, allant même jusqu’à changer les uniformes utilisés depuis des décennies en introduisant un uniforme unique de couleur verte pour l’ensemble des policiers.

La structure de l’organisation est également modifiée. Les quatre grandes branches de l’organisation (gendarmerie, police de la route, police des liqueurs et police judiciaire) sont éliminées pour faire place à un corps de police unique. Le pouvoir est centralisé officiellement et officieusement entre les mains du directeur général. Le territoire desservi par la Sûreté provinciale est divisé en deux divisions (Montréal et Québec), qui sont elles-mêmes découpées en subdivisions, puis en sections et, finalement, en postes. Le but derrière cette réorganisation structurelle est de centraliser l’administration de l’organisation au Grand quartier général à Montréal et de décentraliser les activités policières dans les régions.

En 1968, une étude administrative d’envergure est confiée à la firme Raymond Ducharme et associés. Le mandat : proposer la mise en place d’une expertise administrative moderne à la Sûreté du Québec et façonner une « force policière à caractère professionnel ».

Le rapport principal est publié le 17 juillet 1968. Celui-ci souligne une trop grande autonomie des deux divisions (Montréal et Québec), une confusion en raison des multiples niveaux hiérarchiques, le morcellement des fonctions, le caractère nébuleux des politiques administratives et le fait que les fonctionnaires sont écrasés sous une structure complexe.

Le rapport recommande la création de trois niveaux hiérarchiques. Le niveau d’administration centrale déterminerait les grands objectifs de la Sûreté du Québec et approuverait les politiques élaborées par ses services spécialisés. Le niveau régional, appelé district, jouirait d’une grande autonomie de gestion opérationnelle et administrative, en plus de disposer de ressources suffisantes pour répondre rapidement et adéquatement aux besoins régionaux. Enfin, à l’échelle locale, le poste, qui deviendrait le premier niveau d’intervention où seraient concentrés les services de première ligne, serait chargé d’assurer la protection du territoire et de répondre aux besoins de la population.

Le rapport recommande également la création de plusieurs services spécialisés pour alléger la structure organisationnelle. Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec crée notamment le Service du personnel, le Service des méthodes pour la rédaction des directives, le Service de la bibliothèque et le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ).

Finalement, concernant la professionnalisation du travail policier, le rapport Ducharme propose la création de postes de conseillers spécialisés dans divers domaines, soit la « détection », qui devient les Enquêtes criminelles, la circulation, les alcools et la moralité ainsi que les mesures d’urgence. Les quatre premiers postes de conseillers sont créés en 1970, alors que celui des mesures d’urgence est mis en place en 1972.

Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec s’emploie donc à mettre en œuvre les recommandations du rapport Ducharme. En plus des différents services et conseillers mentionnés précédemment, l’organisation crée deux districts pilotes : ceux du Bas-Saint-Laurent et de l’Estrie. Ces deux districts permettent de tester les recommandations du rapport de la firme Raymond Ducharme et associés. Ce n’est que vers 1973 qu’on observe la mise en place des huit districts couvrant l’entièreté de la desserte provinciale. Deux autres districts seront ajoutés au fil du temps : celui de la Côte-Nord en 1977 et celui de la Montérégie en 1998.

À la fin du 20
e siècle et au tournant du 21e siècle, la Sûreté du Québec connaît de nouveaux changements. En 1980, les 111 policiers de la Police des autoroutes, qui patrouillaient sur les autoroutes à péage de la région de Montréal, intègrent la Sûreté du Québec. Cet ajout permet à l’organisation d’uniformiser les pratiques de surveillance et d’intervention sur les autoroutes et d’être présente partout sur l’ensemble du réseau autoroutier québécois.

Les années 1980 apportent également leur lot de changements structurels de haut niveau pour l’organisation. Sous l’autorité du procureur général depuis 1899, la Sûreté du Québec passe sous celle du Solliciteur général en 1986, puis du ministre de la Sécurité publique en 1988.

Au début des années 2000, l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » par le gouvernement du Québec modifie la desserte policière de la Sûreté du Québec. Les nouvelles mesures présentes dans cette loi, qui obligent les corps de police municipaux à offrir des services policiers d’un niveau requis par la population qu’ils desservent, poussent plusieurs municipalités à se tourner vers la Sûreté du Québec pour assurer une présence policière sur leur territoire. Près de 80 corps de police et plus de 1 500 policiers seront d’ailleurs intégrés à la Sûreté du Québec entre 1997 et 2012.

En 2016, une nouvelle réorganisation des districts est entreprise. L’organisation territoriale de la Sûreté du Québec passe de dix districts et quinze régions à quatre districts et huit régions. Cette nouvelle structure permet l’optimisation des processus et l’élimination de la gestion en silos qui étaient devenus l’apanage de l’ancien régime. Ces changements se veulent une façon d’offrir à la population une organisation plus performante, tournée vers l’avenir et mieux adaptée aux nouvelles réalités de la police d’aujourd’hui.

Tout au long de son histoire, la Sûreté du Québec a su réagir et s’adapter aux époques qu’elle a traversées. L’organisation est passée d’un corps de police pratiquement confiné à la ville de Québec à un corps de police provincial ayant une réelle présence dans l’ensemble des régions de la province. Elle a également su se moderniser et se professionnaliser au travers de tous ces changements structurels et organisationnels.


François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2024

Police communautaire et police de proximité

En décembre 2000, le ministère de la Sécurité publique publie une politique ministérielle pour favoriser l’implantation du concept de police communautaire dans l’ensemble des corps policiers du Québec. Dans cette politique ministérielle, on peut lire que quatre principes sont à la base de la police communautaire, soit : le rapprochement avec les citoyens, le partenariat avec d’autres institutions, l’approche de résolution de problèmes et le renforcement des mesures préventives. Les orientations de cette politique ministérielles sont basées sur les résultats de divers projets menés au Québec et dans d’autres pays. Pour sa part, la Sûreté du Québec a commencé à s’intéresser à la police communautaire plusieurs décennies avant cette politique ministérielle.

Vers la fin des années 1970, la Sûreté du Québec commence à implanter le concept de police communautaire en mettant sur pied, en collaboration avec différents corps policiers, des comités de prévention du crime dans les différentes régions qu’elle dessert. C’est dans cette mouvance communautaire que le comité de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean se donne comme objectif de trouver une mascotte pour promouvoir la prévention du crime. Le comité décide donc de créer Préventonix le 29 novembre 1978. Le mandat de la mascotte est simple : publiciser le programme de prévention régionale mis en place, vulgariser les concepts de prévention du crime et aider les animateurs lors de tournées dans les écoles de la région. La mascotte sera tellement populaire que d’autres régions voudront bénéficier de sa présence.

Durant les années 1980, la Sûreté du Québec décide d’orienter ses relations publiques vers les besoins de la collectivité et le partage avec cette dernière de ses responsabilités en matière de contrôle social. Pour ce faire, l’accent est mis sur les contacts avec le public et la promotion d’habitudes de prévention chez les citoyens. Au cours de cette décennie, la Sûreté du Québec va également participer à plusieurs œuvres de charité, dont la campagne de souscription de l’Association québécoise de la fibrose kystique.

En 1983, on voit l’apparition de la nouvelle mascotte Police-Ami. Cette dernière se veut un « agent de liaison entre les jeunes et la Sûreté du Québec ». Sa première apparition a lieu lors de la course de boîtes à savon annuelle de Buckingham. Cette nouvelle mascotte a comme mandat d’enseigner les dispositions du Code de la sécurité routière et de certaines lois criminelles, de servir de confident pour les jeunes en difficulté et d’assister à toutes les activités auxquelles elle sera invitée.

Depuis des décennies, la philosophie policière en Amérique du Nord définissait le succès du travail des policiers par la rapidité de l’intervention de ces derniers. Pour atteindre ce niveau de succès, les corps de police ont longtemps misé sur la technologie des communications et les patrouilles motorisées. Cependant, vers les années 1970 aux États-Unis et vers la fin des années 1980 pour la Sûreté du Québec, le bilan est évident : la course aux technologies a progressivement éloigné le patrouilleur de la population qu’il dessert. Il fallait maintenant faire changer les choses et établir une philosophie de coopération entre le patrouilleur et la collectivité.

L’année 1987 est signe du début de ce changement pour la Sûreté du Québec. Cette métamorphose commence par la création du Service des relations communautaires comprenant, à partir de 1989, une division des relations interculturelles.

Dès 1990, la Sûreté du Québec s’engage dans l’approche communautaire en mettant sur pied un projet pilote au poste de Papineauville. Ce projet permet aux citoyens de la région, par l’intermédiaire d’un comité consultatif formé de représentants de tous les milieux de la municipalité, de participer de manière active à la sécurité de leur communauté. L’année 1990 témoigne également de la mise en place, par le ministère de la Sécurité publique, d’un code de déontologie unique pour tous les corps policiers du Québec. Ce dernier permet une plus grande transparence du processus de traitement des plaintes.

En 1991, la collaboration entre la Sûreté du Québec et les Caisses Desjardins mène à la création de l’Agent C. Populaire. Le mandat de ce robot éducateur est de diffuser aux enfants des messages concernant la prévention. Il sera présent dans différents événements communautaires impliquant l’organisation.

C’est également en ce début des années 1990 que nous assistons aux prémices de la réorganisation de la carte policière québécoise. En effet, en 1991, une première loi vient bouleverser l’ordre établi depuis 1968. Dorénavant, les petites municipalités qui étaient desservies gratuitement par la Sûreté du Québec doivent payer les coûts de la sécurité publique qu’elles requièrent. Cette réforme pousse inévitablement les municipalités à tenter de réaliser des économies d’échelle par le biais d’ententes régionales. Ces changements incitent la Sûreté du Québec à implanter plus rapidement le modèle de police communautaire.

Entre 1992 et 1994, la Sûreté du Québec installe progressivement des comités consultatifs dans une centaine de postes. Cette période coïncide aussi avec l’intégration du processus permanent de consultation de la clientèle au mode de gestion de l’organisation et à l’adoption de l’approche stratégique de résolution de problème. Le poste de police local devient le pivot de la structure d’intervention de la Sûreté du Québec.

En 1996, la « Loi modifiant la loi de police et d’autres dispositions législatives » stabilise la desserte policière et oblige les municipalités de moins de 5000 habitants à recourir aux services de la Sûreté du Québec. La mise en œuvre des ententes de desserte policière découlant de cette loi donne lieu à l’implantation d’une police de proximité au sein de l’organisation.

En 1997, la Sûreté du Québec lance le programme de réconfort mettant en vedette la mascotte et les oursons en peluche Polixe. Cette initiative vise à soutenir et consoler les enfants ayant vécu une situation difficile. Des milliers d’oursons seront distribués dans les voitures de patrouille afin que les patrouilleurs puissent avoir recours à leur service lorsque requis.

En 2001, l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » vient une fois de plus bouleverser la desserte policière. En effet, à compter du 21 juin 2001, ce sont les municipalités de moins de 50 000 habitants qui tombent sous la juridiction du corps de police nationale. L’urbanisation du mandat de la Sûreté du Québec confirme l’importance de l’implantation de la police de proximité dans l’organisation.

Voyant l’urbanisation de ses mandats, la Sûreté du Québec profitera de ce vent de changement pour consolider le modèle de police de proximité en bonifiant la formation offerte. Cette nouvelle formation reprend les cinq grands axes de la police de proximité tout en y intégrant les différentes tâches des policiers. Les cinq grands axes sont : la présence familière des policiers dans les municipalités, la qualité des services offerts aux citoyens, le partenariat avec la population, la consultation de la clientèle et la résolution de problèmes de sécurité publique.

L’évolution de la police communautaire et l’implantation d’une police de proximité à la Sûreté du Québec auront permis à cette dernière d’être prête à affronter les défis émanant de ses nouveaux mandats et des réformes de la desserte policière au Québec.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Police des liqueurs

Au début du 20e siècle, la prohibition s’installe partout en Amérique du Nord. Seul le Québec fait exception à la règle. En effet, la Belle Province se dote, en 1921, d’une loi créant un monopole d’État sur l’alcool, la « Loi concernant les liqueurs alcooliques ». Pour respecter la nouvelle législation, on met sur pied une nouvelle organisation étatique, la Commission des liqueurs. En plus de gérer le monopole de l’alcool, l’ancêtre de la Société des alcools du Québec doit mettre en application et faire respecter la loi en matière d’alcool. Pour s’aider dans cette tâche, elle se dote d’une police gouvernementale possédant des pouvoirs d’enquête, de perquisition, d’arrestation et d’imposition d’amendes dans les domaines de la distribution, de la fabrication et de la vente d’alcool.

À ses débuts, cette police provinciale, dont les policiers sont rapidement surnommés « les liqueurs », se compose de 35 agents, sous-inspecteurs et inspecteurs. D’abord nommée « Service de surveillance » de la Commission des liqueurs, elle devient définitivement la Police des liqueurs en 1934. Les policiers sont embauchés grâce à leurs relations avec le parti politique au pouvoir et ils ne reçoivent que peu de formation. À l’époque, le travail s’apprend « sur le tas ». À la création de ce corps policier, ce sont généralement des vétérans de la Première Guerre mondiale, des détectives privés ou même des anciens agents de la Police provinciale qui composent ses rangs.

Dans les années 1920-1930 au Québec, la demande d’alcool illégal vient surtout des réseaux du crime organisé étatsunien. Les Américains sont subitement assoiffés de whisky canadien, de vin St-Georges ou d’alcool frelaté québécois. Pour répondre à la demande, des contrebandiers, aussi connus sous le nom de
bootleggers, commencent à apparaître très rapidement sur tout le territoire québécois. La plupart des grandes villes sont affectées, mais les régions frontalières sont touchées plus sérieusement en raison de leur proximité avec les États-Unis.

Devant l’ampleur du phénomène, la Police des liqueurs s’adapte pour répondre à cette criminalité en croissance. Le corps se développe rapidement : d’à peine 35 hommes en 1921, elle triple ses effectifs en l’espace de cinq ans d’existence. L’ampleur des réseaux force aussi ses policiers à développer les premières méthodes d’enquête modernes, notamment la collecte et l’échange de renseignements, l’utilisation d’agents doubles ou de délateurs et la filature en véhicule. L’automobile devient l’outil privilégié des
bootleggers puisqu’elle fait son apparition au Québec à l’époque. Malgré sa modestie, la Police des liqueurs mène des opérations partout dans la province.

La contrebande d’alcool du temps s’accroît de plus en plus dans les années 1920 et elle devient même incontrôlable. Ce trafic entraîne d’autres crimes plus graves comme des vols, des agressions armées, des meurtres, des enlèvements et de la prostitution dans toute la province. Ainsi, le mandat limité d’application de la « Loi sur les boissons alcooliques » mène la Police des liqueurs à mettre en place des projets de collaboration avec les policiers québécois, canadiens et étatsuniens. Ce sont donc les premières opérations conjointes de l’histoire policière québécoise.

Avec la fin de la prohibition américaine en 1933, la Police des liqueurs redirige ses opérations principalement vers les grandes villes du Québec. Le crime organisé s’y est résolument implanté. Les villes de Québec, Montréal et Hull sont fortement touchées. De grandes opérations policières sont déclenchées dont des arrestations massives de centaines d’individus à la fois, des saisies d’alcool, la destruction publique d'appareils de jeu ainsi que des perquisitions de bars. C’est l’époque du « Red Light » de Montréal et du « Petit Chicago » de Hull.

Dans le Québec des années 1940 et 1950, le rôle de la Police des liqueurs demeure fortement critiqué. Le comportement de certains de ses membres à l’occasion d’élections favorables à l’Union nationale de Duplessis, des procès retentissants, des allégations de corruption et le favoritisme lors de perquisitions font couler beaucoup d’encre et ternissent fortement l’image de ce corps policier provincial. Également, au tournant des années 1950, la législation entourant la vente et la consommation d’alcool au Québec est vue comme trop restrictive, voire dépassée.

La mort de Duplessis en 1959 et l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage en 1960 jettent les bases de la Révolution tranquille. Un des projets du nouveau premier ministre est d’ailleurs de transformer la Police des liqueurs et la Sûreté provinciale de l’époque en les réformant de fond en comble. Au début des années 1960, la Police des liqueurs appartient donc à une époque révolue. La Commission des liqueurs et sa police sont abolies, laissant la place à la fameuse Régie des alcools. Par ailleurs, les lois deviennent moins strictes, et la lutte à la contrebande d’alcool et aux débits clandestins perd de son importance. À cette époque, le crime organisé au Québec et ailleurs commence à délaisser graduellement ce secteur au profit de celui des drogues et stupéfiants.

Avec les réformes policières de la Révolution tranquille, la plupart des membres de la Police des liqueurs sont intégrés à la Sûreté provinciale et deviennent « l’escouade des alcools » en 1961-1962. Près de 60 ans après son intégration à la Sûreté du Québec, force est de constater que la Police des liqueurs a marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le perfectionnement des techniques d’enquête et la création des unités conjointes et des « équipes volantes » se traduisent par le succès de la lutte aux premières formes de crime organisé, soulignant par le fait même l’importance de la collaboration policière au Québec.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Commémoration de nos policiers morts en devoir

Au tournant du 19e siècle, les grandes révolutions citoyennes provoquent des changements majeurs au sein des sociétés occidentales. L’apparition des armées citoyennes et du concept de nation bouleverse la représentation conceptuelle du soldat dans les pays occidentaux. La reconnaissance du sacrifice du citoyen-soldat commence alors à prendre le dessus sur la valorisation des généraux illustres. L’hommage offert aux soldats disparus devient ainsi un élément important dans la formation d’une identité nationale puisqu’il commémore le sacrifice offert par les citoyens pour protéger le pays. C’est l’expression du deuil collectif de la nation.

De nombreux monuments sont érigés et des journées commémoratives sont promulguées. Ces manifestations commémoratives permettent aux anciens combattants de se souvenir et de rendre hommage à leurs anciens camarades de combat ayant donné leur vie pour la protection de la population.

Ces us et coutumes s’implantent tranquillement chez les forces policières au début du 20
e siècle. Le danger associé au travail des policiers et la culture paramilitaire inhérente à la fonction policière favorisent l’essor de cette tradition à la Police provinciale. L’évolution de cet usage contribue non seulement à la formation d’un esprit de corps au sein même de l’organisation, mais également entre les différentes forces constabulaires de la province. C’est l’expression du deuil collectif des policiers.

Les premières mentions au sujet d’honneurs funèbres rendus aux policiers de la Sûreté du Québec font état de la tenue de funérailles officielles dites « civiques » (civiles). À partir des années 1930, d’imposants cortèges funèbres sont formés afin de souligner le sacrifice des policiers décédés en devoir. Ces cortèges sont habituellement composés d’un fort contingent de policiers provinciaux, mais également de représentants de plusieurs corps de police et parfois même de représentants d’autres entités similaires, telles que des services d’incendie ou des corps d’armée. Le cortège se voit souvent accompagné d’objets personnels évoquant la carrière du défunt au sein du corps de police provincial. En effet, plusieurs pièces d’équipements symboliques sont utilisées en ce sens, telles que le képi, les gants ou les bottes de policiers de la route, ou encore le casque à pointe
Wolsley. Dans le cas du décès d’un policier de la route, la motocyclette du défunt prend également une place prépondérante dans le cortège.

Bien que ce type de funérailles honore le défunt dans l’immédiat, au fil du temps et à l’extérieur du cercle familial, celui-ci risque de sombrer dans l’oubli le plus complet. Pour remédier à la situation, la Sûreté du Québec inaugure, en mai 1973, son premier monument commémoratif pour ses policiers tués en service. Il s’agit d’un tableau d’honneur situé dans le hall d’entrée du Grand quartier général de la Sûreté du Québec, à Montréal. Malheureusement, les nombreuses réfections du hall d’entrée réalisées au fil du temps ont mené à la modification du tableau d’honneur et, ultimement, à son retrait, dans les années 1990. Il est à noter qu’un tableau d’honneur plus modeste a également été érigé au quartier général de Québec dans les années 1980-1990.

En juin 1986, sous le directeur général Jacques Beaudoin, on décide de planter 13 chênes sur le terrain du Grand quartier général, à Montréal. Chacun des chênes commémore le sacrifice d’un policier de l’organisation tué en service (homicide) ou de façon héroïque. Par ce geste, l’organisation veut rendre un hommage vivant et tangible à ces policiers. Un quatorzième chêne est ajouté au début des années 1990 pour commémorer le décès du caporal Marcel Lemay lors des événements de juillet 1990, survenus à Oka. Encore une fois, le temps et les rénovations extérieures contribuent à dépersonnaliser les chênes commémoratifs et faire tomber dans l’oubli leur raison d’être.

À partir du milieu des années 1980, la Sûreté du Québec cherche une solution permanente pour honorer tous ses morts occupationnels. En 1994, l’organisation inaugure en ce sens un jardin hommage. Érigé dans l’arboretum du Jardin botanique de Montréal, et plus précisément dans la chênaie, il honore la mémoire des policiers de la Sûreté du Québec décédés en devoir, et ce, peu importe les circonstances. C’est la première fois que les décès accidentels sont inclus au cénotaphe de l’organisation.

Beaucoup plus élaboré que les installations qui l’ont précédé, le cénotaphe du Jardin botanique de Montréal intègre plusieurs éléments symbolisant la Sûreté du Québec et la vie du policier. Dans un document remis lors de l’inauguration, le Jardin hommage est décrit comme suit :

« Le Jardin hommage est érigé au pied d’un chêne imposant à triple ramifications [
sic] et en face de trois autres chênes pédonculés fastigiés. À la tête du Jardin, un aménagement de 14 arbustes rappelle les 14 chênes plantés autour du grand quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal.

Situé dans la partie nord du Jardin botanique, on accède au Jardin hommage de la Sûreté du Québec par un imposant portail ou arche en acier inoxydable. Ce matériau, à la fois noble et moderne, est solide et durable […]. D’une hauteur de plus de quatre mètres, l’arche donne accès au site et inspire un caractère grandiose au Jardin hommage.

Pour se rendre à la tête du Jardin, on emprunte un sentier formé de douze pierres semi-polies de granite, symbole du cheminement de la vie, du temps […] et des grandes étapes de l’histoire de la Sûreté du Québec. Un axe perpendiculaire qui coupe le sentier […] suggère l’arrivée d’événements inattendus de la vie dans l’exercice de la fonction policière.

On accède ensuite à la tête du cénotaphe où sont regroupées trois (3) pierres en granite surélevées à la surface polie. La plus imposante, haute d’environ un mètre, renferme l’urne funéraire métallique et […] porte l’inscription ILS ONT DONNÉ LEUR VIE. Elle renferme le nom de tous les membres policiers et civils tués de façon violente dans l’accomplissement du mandat de la Sûreté du Québec. »

Pour garder le Jardin hommage vivant, le directeur général et son état-major font une visite annuelle et un jour du Souvenir de la Sûreté du Québec est proclamé.

Le 20 juin 2006, après des négociations avec l’École nationale de police du Québec, le cénotaphe du Jardin hommage de la Sûreté du Québec est déménagé sur le terrain de l’École. Selon le directeur général de l’époque, monsieur Normand Proulx, ce nouvel emplacement du cénotaphe de la Sûreté du Québec en facilitera l’accès aux familles et aux confrères voulant rendre hommage aux personnes défuntes.

Un lieu de recueillement pour tous les policiers : le cas du Québec et celui du Canada

À partir des années 1980, le projet d’ériger un cénotaphe pour l’ensemble des membres des forces policières québécoises morts en devoir voit le jour. L’hésitation entre le terrain de l’Institut de police du Québec et la colline parlementaire comme site d’érection, les questions de financement et les différentes modalités entourant le projet en retardent l’aboutissement. C’est finalement le 8 novembre 1991 qu’on dévoile le premier cénotaphe dédié à l’ensemble des policiers québécois morts en service. Don de la 171e promotion de l’Institut de police du Québec, le monument est finalement érigé sur le terrain de l’école. L’Institut décrète également une journée du souvenir dans le cadre de la Semaine de la police pour rendre hommage annuellement aux policiers tombés dans l’exercice de leurs fonctions.

Le 14 mai 2007, presque un an après le déménagement du Jardin hommage de la Sûreté du Québec sur le terrain de l’École nationale de police du Québec, c’est le cénotaphe conjoint de l’Association des directeurs de police du Québec et du Service de police de la Ville de Montréal qui y prend place. Le même jour, on célèbre également la première cérémonie consacrée à la mémoire de tous les policiers québécois décédés dans l’exercice de leurs fonctions. La Sûreté du Québec et plusieurs autres corps de police participent annuellement à cette cérémonie. L’ajout du nouveau monument et la célébration annuelle d’une telle cérémonie consacrent alors l’École comme le lieu où tous les policiers québécois peuvent se recueillir à la mémoire de leurs collègues.

En 2022, en plus des cénotaphes précédemment cités, le site commémoratif de l’École nationale de police du Québec comprend le cénotaphe de la Gendarmerie royale du Canada ainsi que le cénotaphe des corps de police autochtones.

Au fédéral, une cérémonie commémorative annuelle est célébrée sur la colline parlementaire, à Ottawa, depuis 1978. Consacrée à l’origine à tous les policiers canadiens abattus en service, elle inclut, depuis 1995, l’ensemble des agents de la paix décédés en fonction. En 1998, le gouvernement canadien proclame le dernier dimanche du mois de septembre Jour commémoratif national des policiers et des agents de la paix. Vingt ans après sa création, la cérémonie commémorative devient dès lors une journée nationale officielle au Canada. Comme elle le fait à la cérémonie commémorative québécoise qui se tient à l’École nationale de police du Québec, la Sûreté du Québec participe chaque année à la cérémonie fédérale à Ottawa.

Pour immortaliser le nom des policiers du Canada morts en devoir, le projet d’un pavillon commémoratif est entamé au début des années 1990. C’est en 1994 qu’on inaugure le nouveau Pavillon commémoratif canadien des policiers décédés en service. Ce monument est composé d’un pavillon d’été et d’un cénotaphe où se retrouve le nom de tous les policiers canadiens qui ont donné leur vie dans le cadre de leurs fonctions.

La mise en place d’un lieu commémoratif pancanadien situé sur la colline parlementaire et la proclamation du Jour commémoratif national des policiers et des agents de la paix consacrent le Pavillon commémoratif canadien des policiers décédés en service comme le lieu où tous les policiers canadiens peuvent se recueillir à la mémoire de leurs collègues.

Que ce soit par un cortège funéraire, un tableau d’honneur, un cénotaphe ou une cérémonie de commémoration, l’importance de souligner le sacrifice des policiers qui ont donné leur vie pour protéger les citoyens est ancrée au sein de la Sûreté du Québec. L’organisation participe non seulement aux cérémonies commémoratives québécoises et canadiennes, mais se joint également à d’autres corps de police lors d’événements tragiques dans d’autres provinces ou même aux États-Unis. C’est l’expression du deuil collectif des membres de la Sûreté du Québec.


ILS ONT DONNÉ LEUR VIE

1874 – Thomas Dobbin
1875 – George Clarke
1877 – Lazare Doré
1933 – Joseph Lafleur
1936 – Bernard Juneau
1937 – Léopold Châteauneuf
1937 – Émile Perras
1940 – Gérard Bouchard
1940 – Gérard Bourgeault
1940 – Roland W. J. Allen
1941 – Ovila Roy
1946 – Charlemagne Bouchard
1954 – Robert Lévesque
1954 – Fabien Galipeault
1955 – Florian Poirier
1958 – Jean-Davila Lévesque
1958 – Roger Beaupré
1960 – Émilia Nadeau (Morel)
1960 – Lucien Danis
1960 – Jean-Marc Godmer
1961 – Gérard Richard
1961 – Gérard Bernier
1961 – Fredeau Simard
1962 – Roger Robidoux
1962 – Marius Trépanier
1963 – Philippe Mailhot
1963 – Émile Lachance
1964 – David Chénard
1965 – Guy Renaud
1965 – Georges Hélie
1966 – Claude Guay
1968 – Ghislain Martineau
1968 – André Duhaime
1968 – Alain Falardeau
1969 – Robert Dumas
1973 – Marc-André Gagnon
1973 – Richard Mérette
1973 – Normand Tremblay
1976 – Michel Bédard
1976 – Gérald Desfossés
1977 – Bernard Brassard
1977 – Robert Brabant
1977 – Guy Samson
1980 – Gilles Lamarre
1980 – André Simard
1981 – Serge Lamy
1981 – Jacques Martin
1982 – Laurier Bédard
1983 – Richard Dubé
1986 – Jacques Hamel
1986 – Dany Tremblay
1988 – Rolland Larochelle
1988 – Gaétan Boutin
1988 – Mario Camiré
1988 – Richard Rochefort
1990 – Marcel Lemay
1990 – Jean-Claude Cadieux
1992 – Chantal Mattio
1993 – Georges Doneys
1993 – Gaston Paradis
1994 – Stéphane Roy
2002 – Antonio Arseneault
2003 – Patrick Lévesque
2010 – Sébastien Coghlan-Goyette
2012 – Katia Hadouchi
2012 – Donovan Lagrange
2016 – Jacques Ostigny
2023 – Maureen Breau


François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2023

Événements majeurs

Cette section se penche sur les événements majeurs ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.

Dans ces textes, la Sûreté du Québec est en mode réaction face à des événements soudains, tels que des catastrophes naturelles, des crises ou des décès de masse. L’implication de la Sûreté du Québec dans ces moments d’urgence est cruciale pour sauver des vies et aider les citoyens en danger.

Crimes célèbres

Cette section regroupe l’histoire de crimes ayant marqué l’imaginaire québécois. Pour que ces événements soient pris en compte, ils doivent avoir été fortement médiatisés, avoir eu un impact sur la société québécoise et avoir fait l’objet d’une enquête de la Sûreté du Québec.

Chaque texte présente l’implication de la Sûreté du Québec au travers d’une contextualisation historique, au cœur de l’enquête et des démarches judiciaires.

Opérations majeures

Cette section examine certaines des opérations majeures ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.

Les opérations de sécurité planifiées par la Sûreté du Québec y sont présentées sous différentes facettes. On peut donc y retrouver des événements tels que la visite de dignitaires, la tenue de sommets et la présentation de grandes manifestations sociales ou sportives. Le rôle et l’implication de la Sûreté du Québec dans ces événements de grande envergure sont au centre de ces textes.

Création d'escouades ou de services spécialisés

Cette section plonge dans l’histoire, dans l’évolution et dans le quotidien des différentes unités ayant jalonné l’histoire de la Sûreté du Québec, bien souvent à partir de leurs débuts.

Nous y présentons les changements qu’a vécus chacune de ces unités, ainsi que la création de celles-ci et l’impact qu’elles ont eu sur l’organisation et le travail policier au Québec.

Personnages importants

Cette section illustre la carrière de différents personnages clés qui ont marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le cadre d’emploi du personnage n’est pas un facteur déterminant de son importance; ce sont plutôt les réussites, les réformes ainsi que les événements majeurs auxquels celui-ci a participé qui importent.

Affaire Donald Morrison

22 juin 1888

L’affaire éclate en 1888 dans les cantons de Mégantic et de Compton. Donald Morrison, fils d’immigrants écossais, retourne au pays après un séjour de 10 ans dans l’Ouest américain. Morrison constate que l’endettement force ses parents à vendre leur terre; il va à la rencontre du nouveau propriétaire avec qui une querelle éclate. Morrison tire du fusil sur ce dernier, incendie un de ses bâtiments et prend la fuite. Normalement, la tâche de retrouver Morrison incombe au constable du district, un homme de loi embauché par le juge de paix Joseph Morin, mais un guide et chasseur américain, Lucius « Jack » Warren, se porte également volontaire. Il est dûment assermenté par le juge Morin, qui lui remet le mandat d’arrestation.

Cependant, Morrison réussit à abattre Warren qui tente de l’arrêter devant l’American Hotel de Mégantic. Plusieurs accusations fusent contre Morrison, dont celles de meurtre, de tentative de meurtre et d’incendie criminel.

Le comté de Mégantic, de par son relief accidenté et boisé, n’est pas un terrain propice pour les recherches. De plus, la sympathie d’une partie de la population écossaise des cantons envers le fugitif rend les recherches plus ardues.

Après des recherches infructueuses, le gouvernement du Québec décide de déployer la Police provinciale dans le comté de Mégantic. Elle y reste pendant plusieurs mois. La population locale épie les faits et gestes des constables et signale leur arrivée à Morrison. Elle refuse même de leur louer des voitures, de sorte que ces derniers doivent se déguiser en cultivateurs pour passer incognito.

Le gouvernement émet des proclamations offrant une récompense pour quiconque arrête le fugitif : 1 200 dollars en octobre 1888 et 3 000 dollars en février 1889. Ni la promesse de récompense ni les menaces de punition aux compatriotes du fuyard n’ont eu raison de Morrison.

Toutes les agences publiques et privées chargées à l’époque du maintien de l’ordre envoient leurs représentants dans la région. Cette forte présence policière attire la presse et les curieux. L’arrivée des agents engendre l’arrestation de complices, ce qui ébranle le bloc de sympathisants écossais, dont la solidarité semblait sans faille. Certains d’entre eux tentent même de convaincre leur compatriote de se rendre.

Après avoir réussi à échapper à plusieurs battues générales, Morrison accepte de rencontrer un juge des sessions de la paix en secret. La négociation est ardue; en raison du refus des autorités de lui payer une forte somme d’argent ou de lui rendre la terre paternelle, il s’esquive à nouveau.

Ce sont des agents acharnés travaillant pour la Police provinciale, le constable municipal de Montréal James McMahon et un mercenaire et garde forestier d’origine française Pierre Leroyer, qui surprennent le fugitif, le 21 avril 1889, alors qu’il vient saluer ses parents. Ils reçoivent une récompense, mais ils doivent la partager avec la foule de policiers et de chasseurs d’hommes sur place. Les policiers provinciaux détiennent l’homme à la prison de Sherbrooke jusqu’à son incarcération au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul, le 13 octobre 1889. Au terme de cette chasse à l’homme, plus de 50 % des effectifs de la Police provinciale ont séjourné dans la région.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Joseph-Adrien Robert devient directeur général de la Sûreté provinciale

1er novembre 1965

Joseph-Adrien Robert est directeur général de la Sûreté provinciale de 1965 à 1968.

Âgé de 59 ans lors de sa nomination, monsieur Robert reste en poste pendant trois ans. Il est assisté par les directeurs généraux adjoints Roméo Courtemanche de 1966 à 1968 et Maurice St-Pierre en 1968, ainsi que par les directeurs adjoints Jean-Paul Dessureau à Montréal et Lucien Descent à Québec. Policier de carrière, il est d’abord constable à la Police provinciale en 1930 puis détective en 1934. Il quitte cet emploi en 1936. Il occupe le poste de chef de la police municipale de Hull pendant 25 ans, puis celui de directeur de la police de Montréal de 1961 à 1965. Il décède à l’âge de 63 ans le 26 mai 1970.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Guy Coulombe devient directeur général de la Sûreté du Québec

13 mai 1998

Guy Coulombe est directeur général de la Sûreté du Québec de mai 1998 à novembre 1998.

Sociologue de formation et gestionnaire, monsieur Coulombe, fonctionnaire de carrière et dirigeant d’entreprises québécoises publiques et privées, est à la tête de la Sûreté du Québec pendant deux ans. Il est successivement secrétaire général du gouvernement du Québec (1975), président-directeur général de la Société générale de financement (1978) puis d’Hydro-Québec (1982) et président de la papetière Consolidated Bathurst (1988). Le 20 novembre 1996, âgé de 60 ans, il prend la direction de la Sûreté du Québec de façon intérimaire, puis est confirmé dans son poste de directeur général le 13 mai 1998, fonction qu’il occupe jusqu’en novembre. Par la suite, il devient directeur général de la Ville de Montréal (1999), et il présidera ensuite une commission gouvernementale sur les forêts publiques du Québec (2003).

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021

Philippe-Auguste Piuze devient chef de la Police provinciale

1er octobre 1937

Le lieutenant-colonel Philippe-Auguste Piuze est le dirigeant de l’organisation de 1937 à 1940. Il porte le titre de chef de la Police provinciale jusqu’en 1938, puis commissaire de la Sûreté provinciale jusqu’en 1940.

Nommé à 48 ans, monsieur Piuze assume cette fonction durant un peu plus de deux ans. Militaire de carrière, il occupe aussi des postes importants dans les pénitenciers et les prisons. Il est assisté de Léon Lambert, commissaire adjoint, et de monsieur Redmond Roche, surintendant à Montréal. Il meurt à l’âge de 78 ans, le 8 septembre 1967.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021

Philippe Aubé devient chef de la Police provinciale

5 septembre 1936

Philippe Aubé est chef de la Police provinciale de 1936 à 1937.

Âgé de 39 ans lors de sa nomination à titre temporaire, monsieur Aubé, un avocat de formation, demeure en poste durant un an. Il est secondé par Léon Lambert à Québec. Il est nommé juge de la Cour du bien-être social en 1957. Le 26 juillet 1961, il décède à l’âge de 64 ans.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Création de l’unité de protection rapprochée

11 octobre 1970

Avec la construction du nouveau palais législatif à Québec en 1883, et suite à l’attentat à la bombe visant celui-ci en 1884, le gouvernement du Québec mandate la Police provinciale, nouvellement reconstituée, pour garder les édifices gouvernementaux. Les constables sont également appelés à faire la garde lors des réceptions faites à Spencer Wood, résidence des lieutenants-gouverneurs du Québec de 1870 à 1966. La prise en charge de ces nouvelles tâches est le premier pas de l’organisation vers la protection physique immédiate des personnalités publiques et des dignitaires. Pendant de nombreuses décennies, la Police provinciale se limitera à cette infime partie du travail dévolu à la première unité de protection rapprochée permanente de la Sûreté du Québec : la sécurité des lieux de travail et de certains édifices gouvernementaux, ainsi que la protection ponctuelle de certains dignitaires lors de réceptions.

Jusqu’au début des années 1970, la sécurité physique immédiate des personnalités publiques et des dignitaires n’est pas systématique et organisée. La Sûreté provinciale accorde ce genre de protection à des personnalités politiques seulement si des menaces le justifient ou si le climat social l’exige. Sinon, le premier ministre et ses ministres jouissent de la présence de chauffeurs payés par le gouvernement, mais d’aucun garde du corps gouvernemental officiel. Pour sa part, le premier ministre Maurice Duplessis s’octroie le privilège d’une protection physique immédiate privée en la personne de monsieur Walter Duchesnay qui le suit partout, sauf en période électorale. En effet, lors d’une campagne électorale, un sergent de la Sûreté provinciale est libéré et obtient la responsabilité de la protection rapprochée du premier ministre.

De leurs côtés, les dignitaires étrangers ont, dans la majorité des cas, droit à une certaine forme de sécurité physique lors de leurs passages au Québec. La plupart du temps, cette sécurité se matérialise sous forme d’escorte en motocyclette comme lors de la visite de Leurs Majestés le roi George VI et la reine Élisabeth en 1939 ou de haie de protection comme lors de la visite de Leurs Altesses Royales la princesse Élisabeth et le duc d'Édimbourg en 1951.

Ce n’est cependant qu’à partir de 1970 que la Sûreté du Québec implante une équipe permanente de protection rapprochée. Les circonstances tragiques entourant l’enlèvement du ministre du Travail, Pierre Laporte, en octobre 1970, poussent l’organisation à prioriser cet aspect de la sécurité des parlementaires (premier ministre, ministres et leurs familles), dignitaires et magistrats. Un nouveau service est créé et plus d’une centaine de policiers y sont mutés, ceux-ci provenant de diverses escouades et unités. Dans l’urgence, aucun critère de sélection n’est établi et aucune formation spécifique n’est donnée. Le mandat du nouveau service ne se limite pas seulement à la sécurité physique immédiate, mais également à la sécurité des résidences, des lieux de travail et de certains édifices parlementaires.

Cet énorme mandat est réduit en 1972 lorsque le Service de sécurité interne du ministère de la Justice est créé par arrêté en conseil. Ce nouveau service du ministère de la Justice obtient le mandat de fournir le transport et la protection de tous les ministres n’étant pas sous la juridiction de la Sûreté du Québec. Seuls les premier ministre, vice-premier ministre et ministre de la Justice conservent les services du corps de police provinciale.

En 1976, l’arrivée du Parti québécois au pouvoir impose de grands changements aux effectifs de l’unité de protection rapprochée. Le nouveau Premier ministre n’accordant pas une importance aussi grande à sa sécurité que son prédécesseur, la Sûreté du Québec s’adapte en réduisant les effectifs de l’unité et en utilisant des moyens électroniques pour surveiller la résidence du premier ministre et ses bureaux. C’est également à ce moment que la responsabilité de la surveillance des édifices gouvernementaux passe sous la responsabilité du Service de sécurité interne du ministère de la Justice avant de revenir dans le giron de la Sûreté du Québec après l’attentat perpétré par le caporal Lortie en 1984.

Pour appuyer la souveraineté du Québec, le gouvernement souverainiste de 1976 demande à la Sûreté du Québec une plus grande implication dans la protection des dignitaires étrangers visitant la Province, tâche qui incombait presque exclusivement à la Gendarmerie royale du Canada à cette époque. L’unité de protection est donc impliquée dans plus de 112 visites officielles de représentants étrangers, dont celle de Leurs Majestés le roi Beaudoin 1
er et la reine Fabiola de Belgique en 1977. À cela s’ajoute plus de 50 événements spéciaux et d'envergure nécessitant un déploiement de sécurité à la fin des années 1970.

La fin des années 1970 marque également le début d’une formation professionnelle spécifique pour les gardes du corps. En effet, avant 1978, les techniques et les façons de faire sont transmises de bouche à oreille. Pour améliorer et uniformiser les techniques de travail, une formation obligatoire est donc mise en place. Celle-ci est peaufinée et améliorée tout au long des décennies 1980 et 1990, au gré des transformations de l’unité de protection rapprochée.

En 1982, l’unité de protection rapprochée accueille madame Sylvie Guimond, première femme garde du corps de la Sûreté du Québec. Elle est surtout affectée à la protection des dignitaires en visite au Québec. Madame Guimond quitte l’unité en 1989 lorsqu’elle est promue caporale au poste de Candiac. Son passage au sein de l’unité a contribué à l’abolition des préjugés voulant que la grandeur et la force physique soient un important prérequis pour effectuer ce travail.

La visite au Québec de Sa Sainteté Jean-Paul II en 1984 est un événement d’importance dans l’histoire de la province. La majeure partie des effectifs de la Sûreté du Québec est mobilisée lors de cette visite et l’unité de protection rapprochée fait bien évidemment partie de ceux-ci. Puisque le Pape effectue alors une visite pancanadienne, la protection immédiate de celui-ci est assurée par la Gendarmerie royale du Canada. La Sûreté du Québec s’est plus particulièrement occupée de la sécurité des sites et des visiteurs, de la protection du train papal et des voies ferrées contre les attentats potentiels ainsi que du cortège papal et de sa cavalcade.

Les années 1980 et 1990 sont également synonymes de compressions budgétaires et d’une vision gouvernementale plus minimaliste de la protection du premier ministre aboutissant à une réduction des effectifs de l’unité. Plus spécifiquement, les années 1990 voient la diminution graduelle du mandat de protection des dignitaires étrangers en visite au Québec au profit de la Gendarmerie royale du Canada.

À cette même époque, en 1996, une première femme se voit confier la direction de l’unité de protection rapprochée. Madame Jocelyne Caron occupe le poste de responsable jusqu’en 1998.

Au début des années 2010, un changement de l’offre de service accordée par l’unité de protection rapprochée est mis en place. Après les élections provinciales de 2012, la Sûreté du Québec décide de concentrer sa protection sur le premier ministre et laisse la protection des chefs de l’opposition au Service de protection des personnalités du ministère de la Sécurité publique. La seule exception est lors des campagnes électorales. Durant cette période, la Sûreté du Québec offre sa protection à tous les chefs des principaux partis politiques.

La protection des dignitaires étrangers se fait en partenariat avec la Gendarmerie royale du Canada qui a pour mandat la protection des chefs d’état étranger. Après une évaluation du risque et du niveau de sécurité requis, un partage des responsabilités est effectué entre les deux organisations.

Lors de visites interprovinciales, l’unité de protection rapprochée assure la surveillance du premier ministre du Québec, mais également celle des premiers ministres provinciaux en visite dans la Belle province. Le Conseil de la fédération est un bel exemple de cette protection offerte par la Sûreté du Québec aux différents premiers ministres provinciaux. Ce conseil se réunit une fois par an dans chacune des provinces. Donc, le Québec accueille ce conseil une fois tous les dix ans.

Depuis sa création officielle en 1970, cette unité spécialisée de la Sûreté du Québec a su démontrer son professionnalisme et son expertise auprès des dignitaires pour lesquelles elle s’est impliquée.

François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2021

Marcel Gaboury devient directeur de la Sûreté provinciale

1er février 1940

Marcel Gaboury est directeur de la Sûreté provinciale de 1940 à 1944.

Nommé à l’âge de 39 ans, monsieur Gaboury, un avocat de formation, reste en poste durant quatre ans et demi. Il est secondé par le directeur adjoint Léon Lambert, à Québec, et les directeurs adjoints suppléants Louis-Jean Jargailles, à Montréal, et maître Bernard Sarrazin, à Québec. Ce dernier est remplacé par Henri Charland en 1942. Nommé juge en 1961, il prend sa retraite deux décennies plus tard. Il décède le 3 novembre 1993 à l’âge de 93 ans.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Mario Laprise devient directeur général de la Sûreté du Québec

13 novembre 2012

Monsieur Mario Laprise est directeur général de la Sûreté du Québec d’octobre 2012 à août 2014.

Mario Laprise a d’abord été policier à la Sûreté du Québec pendant près de 26 ans, soit de 1979 à 2005. Au cours de ces années, il a exercé différentes fonctions de patrouilleur, d’enquêteur et d’officier. Il a, entre autres, été capitaine responsable de l’Escouade Carcajou (1996-1998) et responsable du Service des enquêtes sur les projets conjoints (1998-2005), à titre d’inspecteur. À cet égard, il a été coordonnateur provincial de la lutte au crime organisé et a contribué à l’implantation de sept escouades régionales mixtes, symboles de partenariats policiers. Il a de plus été un acteur-clé de la coordination de l’opération policière connue sous l’appellation de « Printemps 2001 ».

Approché par Hydro-Québec en 2005, monsieur Laprise a accepté de relever les nouveaux défis qu’on lui a présentés et de prendre en charge la Direction de la sécurité industrielle, et ce, jusqu’à son retour à la Sûreté du Québec en tant que directeur général. Il s’est alors démarqué par sa vision stratégique du concept de sécurité de l’entreprise. Au cours de ces années, il a aussi réalisé des études de maîtrise en administration publique dans le domaine de la gestion, de même que des études diversifiées en fonction de spécialités policières recherchées.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

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